Homélie des Rameaux et de la Passion 2025
Nous entrons dans la Semaine Sainte, ce temps privilégié de notre vie de chrétiens.
C’est vrai, nos autres activités vont se poursuivre, mais, je le souhaite, nous donnerons plus de temps à prier ensemble, à nous retrouver pour la liturgie.
Ce dimanche, je suis toujours frappé par le grand contraste, même la contradiction que nous fait vivre cette messe.
Nous commençons dans l’allégresse, nous acclamons Jésus avec les foules de Jérusalem, et, une fois entrés dans l’église, nous lisons la Passion et aussi des textes qui parlent de rejet, de souffrance, de mort… Vous avez entendu le prophète Isaïe.
D’ailleurs, c’est sans doute moins le cas maintenant, mais dans le passé, certains choisissaient de ne pas vivre ce contraste : on venait pour faire bénir le buis, et sitôt cela fait, on repartait chez soi, sans participer à la messe.
Pourtant, même avec le geste du buis, on ne pouvait échapper à la mort, puisqu’il est de tradition de le déposer sur les tombes, lieux de la mort, mais aussi d’une espérance avec cette branche aux feuilles toujours vertes.
Oui, contraste et même contradiction, dans les gestes, dans la liturgie, et surtout chez les foules qui, en quelques jours, quelques heures, passent des acclamations aux cris de haine : “En croix ! En croix !”
Ceci peut conduire à ne pas tenir en haute estime les êtres humains.
Aucune persévérance, aucune fidélité ; capables de changer d’opinion en quelques heures.
Il me semble qu’il y a là le grand danger qui nous guette tous, non pas celui de la versatilité, du “retournement de veste” pour le dire autrement, mais le danger de ne plus avoir aucune estime pour les êtres humains, comme aussi pour nous-même.
“Voyez de quoi ils sont capables !”
On acclame Jésus, puis on le conduit à la mort.
Tentation douloureuse, tentation qui vient du dépit, des espoirs déçus.
Reconnaissons que nous pouvons tous connaître cela.
Il y a là un poison qui s’instille lentement, mais un poison ô combien destructeur.
Il détruit tout, l’estime de soi, mais aussi toute capacité à accorder sa confiance… S’il ou si elle est capable de tellement changer, de se renier, qui peut-on croire ?
Et cela touche aussi nos relations en Eglise.
Vous le savez bien, ma présence parmi vous est exceptionnelle, vous en savez la cause, la décision que j’ai prise au sujet du prêtre de votre paroisse, et de ce que j’ai appris à son sujet.
Le mal, la déception, les regrets, le déni aussi, se nourrissent eux-mêmes.
Dire ce qui ne va pas est nécessaire, mais, en tout cas dans un premier temps, cela développe la souffrance, les accusations, les divisions.
Il faut en avoir conscience, aussi pour ne pas se laisser se développer ces poisons en nous et autour de nous.
Il ne faut pas se répandre en accusations infondées.
Oui, les êtres humains ont le cœur parfois malade, et nous sommes tous de ces êtres humains.
Ne pensons pas que les foules de Jérusalem étaient pires que nous, plus coupables, ou moins innocentes.
Alors… Y a-t-il quelque chose à espérer, à attendre, des hommes et des femmes ? D’hier et d’aujourd’hui ?
Jésus n’aurait-il pas pu être traversé par ces mêmes questions ? Connaître aussi cette même tentation de douter de la nature humaine ?
L’Evangile nous dit qu’il a été tenté ; nous l’avons entendu le premier dimanche de Carême.
Mais, à chaque fois, il s’est tourné vers son Père.
Il nous montre que succomber à la tentation, en particulier celle de désespérer des autres, voire de soi-même, détruit tout.
Combien de raisons avait-il pourtant… ainsi des foules de Jérusalem, mais aussi de ses plus proches : le récit de la Passion vient de nous rappeler les attitudes des Apôtres, dont celle de Pierre, lorsque Jésus est arrêté.
Pourtant, Jésus combat, Jésus refuse le piège de Satan, celui qui conduit à désespérer et de Dieu et des hommes.
Il nous suffit d’entendre les paroles que Jésus prononce lorsqu’il est suspendu à la croix.
Aucune condamnation, mais une prière, une intercession : “Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font”.
De même pour l’un des malfaiteurs crucifiés avec lui : “Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis”.
Et enfin, ce qu’il dit au Père, alors que la foule le pousse à se moquer : “Père, entre tes mains, je remets mon esprit”.
Pour tenir de telles paroles, il faut, sans doute, d’une manière ou d’une autre, passer par la croix.
Je veux dire qu’il faut faire taire toutes les pensées négatives qui peuvent nous assaillir.
Car, oui, le mal existe bien.
Le manque de courage aussi, les trahisons… Et je pourrais poursuivre la liste de ce dont nous pouvons tous nous rendre coupables d’une manière ou d’une autre.
Mais, Jésus, l’Evangile, toute la Bible nous appellent à résister à toutes les formes de désespérance, en soi-même, dans les autres.
Seigneur, aide-nous, aide-moi, à espérer, encore et encore, même en ceux qui me déçoivent.
Aide-moi, aide-nous à nous tourner vers ton Père et notre Père, certains qu’il écoute, soutient, aime, sauve.
Seigneur, aide-moi, aide-nous à laisser nos pensées négatives et désespérées mourir sur la croix pour que l’espérance soit plus vive en nous au matin de Pâques.
