Pâques 2020
Il y a eu le confinement.
Nous aurions voulu célébrer la résurrection du Christ, au matin de Pâques, avec les jeunes du diocèse.
Au lever du soleil, près du Puits d'Hiver, dans la nature. Nous n'avons pas pu.
Mais nous étions en lien. En voici quelques témoignages.
Bonne lecture.
MATIN DE PÂQUES 2020
6H15, mon réveil sonne. J'ai prévu d'aller voir le lever du soleil comme nous devions le faire, au Puits d'Hiver, avec un groupe œcuménique de jeunes.
J'entends la pluie sur le velux de ma chambre. Déception !
Je tente quand même une sortie, l'averse terminée.
J'emprunte le chemin derrière ma maison et grimpe au milieu d'un petit bois.
Le chant des oiseaux me réjouit et l'odeur des végétaux mouillés emplit mes narines. Tout en haut, le chemin débouche sur un plateau : de grandes étendues cultivées et quelques fermes éparpillées. Je scrute l'horizon, ne sachant exactement d'où surgira le soleil. J'aperçois au loin un liseré orangé entre deux couches de nuages. La cime des arbres, à cet endroit, forme comme une cuvette au creux de laquelle le liseré se transforme en dentelle. Comme un œuf au cœur d'un nid, le soleil, couleur safran, peu à peu s'élève. Miracle de chaque jour dont je reprends conscience à cet instant. Je cligne des yeux tant sa brillance m'éblouit. Je ne verrai pas, ce matin, le soleil en entier, juste son passage tout en douceur. Il disparait derrière la couche supérieure des nuages. Invisible et pourtant présent par la lumière qu'il diffuse, il enchante le ciel de couleurs tendres. Un dernier regard avant de redescendre, le cœur comblé et nourri par tant de beauté.
"Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin ?" Luc 24 32.
Je reviens chez moi par un autre trajet... Descente vers le centre du village.
Quelques rares voitures circulent. Je longe le supermarché et la déchetterie.
Gratitude pour celles et ceux qui assurent l'approvisionnement des produits de première nécessité mais aussi interrogation sur notre façon de consommer.
Un peu plus loin, des cars alignés, à l'arrêt depuis plusieurs semaines, attendent le signal pour redémarrer. Sur l'un d'eux, je lis en guise de publicité : "Emmène-moi là où je veux !". Etonnant pour un moyen de transport collectif !
Me reviennent ces paroles de Jésus s'adressant à Pierre : "Quand tu seras vieux, tu étendras les mains et c'est un autre qui te mettra ta ceinture pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller." Jean 21 18
Les évènements de nos vies ne nous conduisent pas toujours où nous le souhaiterions. Puissions-nous faire preuve de créativité pour transformer ce qui peut l'être et consentir, librement, à ce qui advient lorsque nous ne pouvons le changer.
Maryline C._____________________________________________________________________________________
COMMENT JE VIS LA FETE DE PÂQUES 2020
Cette année je vivrai Pâques chez moi, confiné dans mon petit appartement. Et à 11 heures je serai devant mon écran pour suivre la retransmission du Jour du Seigneur, en union et participation avec l'Eglise toute entière, avec tous ceux que je connais, avec tous. Et cela, pas du tout dans la tristesse ou le regret, mais en fêtant cette Victoire du Christ, très simplement, me rappelant que la Résurrection s'est vécue comme un événement très discret : pas de témoins, quelques apparitions seulement, pas de manifestations triomphalistes. Le Christ aurait pu se montrer à ses bourreaux, à ceux qui l'avaient condamné … Il ne l'a pas fait !
Fêter Pâques dans la simplicité, dans la discrétion.
Fêter Pâques, ce n'est pas oublier la Croix, les épreuves. Mais avec une foi renouvelée c'est accueillir le dynamisme de l'Esprit pour compatir, servir, vivre une solidarité (laquelle s'est exercée de bien des manières ces semaines-ci), vivre l'Espérance.
Que la joie de Pâques nous investisse et nous pousse à faire advenir un monde nouveau.
Bernard Thourigny_________________________________________________________________________________
Les Frères de Brienon proposent cet extrait d'Elena Lasida (Nos fragilités : des semences d'a-venir)
Apprends-nous à espérer contre toute espérance. Et à traverser nos fragilités comme le grain
qui traverse les entrailles de la terre. Apprends-nous à attendre contre toute impatienceet à voir dans nos faiblesses et dans nos limites les germes d'un nouveau possible.________________________________________________________________
MONTÉE VERS PÂQUES 2020
Jeudi saint, nous lisions un texte qui nous parlait du service, et là je mesurais combien chaque petit geste donné et reçu est tout simplement l'expression de notre Foi.
Vendredi-Saint : Jour où j'ai ressenti le poids de souffrances de ces jours que nous traversons, à trop y penser je finis par être tout à fait plombée, cela me dépasse vraiment, y a t-il une sortie possible ? Oui le monde est complexe et nous dépasse, pas de solution miracle. J'ai écouté ce jour-là une formation à la coopération (Instercoop), cela demande de la patience, cela demande de nous prendre chacun avec notre histoire et d'être à l'écoute de ce qui n'est pas dit, de l'implicite, tout un chemin qui appelle à mettre le choix de coopération avant la réalisation des projets, une vraie conversion. Serais-je à la hauteur ? Seule certainement pas !
Samedi-Saint, je me réveille paisible dans l'attente. Une lecture qui me parle de Marie qui accompagne Jésus jusqu'au bout, qui ne l'abandonne pas. Oui nous ne sommes pas abandonnés, elle est là avec nous auprès de chacun et bien sûr ceux qui souffrent, ceux qui meurent seuls. Je fais juste ma part, je peux me tranquilliser, chacun fait la part qu’il lui est possible.
Et dimanche de Pâques, c’est demain, déjà je rêve des leçons de vie que nous tirerons de ces jours de confinement. Je sens l’intensité des moments dans la nature, des échanges au téléphone, sur WhatsApp, avec les enfants, les amis. Et puis je sens la présence des amis même si l’occasion ne nous ai pas donnée de partager de vive voix. L’importance de la réflexion sur notre manière de vivre ensemble et préserver la planète. Oui je pressens l’intensité de la Vie.
Marie-Agnès S-C_________________________________________________________________________________________
Pour Pâques, je voudrais partager un passage du "testament spirituel" de Mère Téresa qui m'a touchée.
« Je vais t'apporter ma lumière. Je viens écarter les ténèbres et tous les doutes de ton cœur. Je viens avec mon pouvoir capable de te porter toi-même et de porter tous tes fardeaux. Je viens avec ma grâce pour toucher ton cœur et transformer ta vie. Je viens avec ma paix, qui va apporter le calme et la sérénité à ton âme. Je te connais de part en part. Je connais tout de toi. Même les cheveux de ta tête, je les tous comptés. Rien de ta vie n'est sans importance à mes yeux. Je t'ai suivi à travers toutes ces années et je t'ai toujours aimé, même lorsque tu étais sur des chemins de traverse. Je connais chacun de tes problèmes. Je connais tes besoins et tes soucis. »
« Oui, je connais - je connais tous tes péchés, mais je te le redis une fois encore : je t'aime, non pas pour ce que tu as fait, non pas pour ce que tu n'as pas fait. Je t'aime pour toi-même, pour la beauté et la dignité que mon Père t'a données en te créant à son image et à sa ressemblance. C'est une dignité que tu as peut-être souvent oubliée, une beauté que tu as souvent ternie par le péché, mais je t'aime tel que tu es. »
Marie-Aleth V-B________________________________________________________________________________________________
PÂQUES POUR MOI CETTE ANNÉE ?
- Je ne peux pas évoquer Pâques sans penser à tout ce qui se vit dans le monde autour du covid : malades, soignants, mourants, familles en deuils … Je pense que c’est Pâques dans un hôpital chaque fois que quelqu’un guérit, chaque fois qu’il y a des gestes d’entraide et d’amitié qui font du bien à ceux qui sont sur le pont …
- Et puis chez moi, dans mon confinement, Pâques c’est cette éclosion magnifique de la nature, je regarde chaque jour les bourgeons grossir. C’est aussi toute cette bienveillance qu’il y a entre les voisins ; je me sens plus proche des voisins qu’avant le confinement. C’est notre voisine qui vient de passer 15 jours à l’hôpital pour une septicémie et vient de sortir …
- Ce sont les sourires des petits-enfants entrevus sur l’écran
- Curieusement, les célébrations paroissiales ne me manquent pas vraiment ... J’apprécie les longs moments de lecture, de prière, de silence, les célébrations télévisées quand elles sont très simples
Du fait que la vie est ralentie, chaque petit geste d’attention reçu peut être vécu comme une petite résurrection. Si j’en tire une leçon : accorde plus d’importance aux petites choses du quotidien ! C‘est au quotidien que Pâques se vit.
Henriette G._____________________________________________________________________________________
Drôle de semaine sainte. Abreuvés à plus soif, sur internet, de messages des évêques sur la liturgie : messes le matin, offices le midi, messes le soir dans un concours où chaque paroisse, chaque prêtre, veut sa messe sur Youtube, souvent avec des fastes comme pour une assemblée de milliers de personnes…
… Eglise institution, paroissiens endormis, que faisons-nous de notre frère ? ouvrons les yeux, sortons au monde, relisons l’évangile de Jean : « Aimez-vous les uns les autres ». Mais Jésus, en cette semaine sainte, est certainement à l’hôpital et pas forcément dans toutes nos assemblées virtuelles. Et moi, j’ai beau savoir que Dieu m’aime, combien j’ai besoin de sa miséricorde pour toutes mes fautes.
Hubert G.___________________________________________________________________________________________
SEMAINE SAINTE
Semaine Sainte ? comme toute semaine devrait l’être en fait… Mais nous avons besoin de rites, d’autant en cette période où le temps s’est mis en mode pause pour nombre d’entre nous… semaine donc bien particulière.
Ce jeudi saint s’est vécu en fait pas tant dans les églises vides que dans les hôpitaux , les EPHAD, au domicile des personnes âgées ou handicapées accompagnées par des aides-soignantes, mais aussi tous ces salariés des commerces alimentaires et autres services essentiels….avec toutes ces femmes et ces hommes à genoux qui prennent soin ( c’est-à-dire au chevet, mais aussi épuisés) : notre Dieu à genoux est bien là, à travers toutes ces personnes, présent, souffrant avec l’humanité souffrante. Je pense aussi à tous ces membres d’associations solidaires qui tentent de maintenir coûte que coûte le lien avec les personnes à la rue, les migrants, les familles en précarité, les familles où sévit la violence…Être croyant, n’est-ce pas s’approcher au plus près de l’autre : Aimer !
Les applaudissements à 20 h, du moins en ville, car au fond de nos campagnes nous sommes un peu seuls…, ces applaudissements, ne sont –ils pas dans le MERCI qu’ils expriment le sens profond de l’eucharistie ( eucharistos qui signifie la reconnaissance)… un moment ou les uns , les autres se rejoignent avec gravité et joie.
Ce vendredi saint, le chemin de croix, s’est là encore aussi vécu ailleurs que dans les lieux de cultes habituels : Simon de Cyrène c’est bien la foule de ces personnes soignantes en réanimation, en soins palliatifs, qui tentent de recueillir le dernier souffle de ceux qu’ils accompagnent autant que possible, de ceux qui s’occupent des morts.
La mort, la grande faucheuse est bien là : aujourd’hui plus de 100.000 morts dans le monde, 12.000 en France sans compter tous ceux qui ne s’en remettront pas malgré le soudain et étonnant déblocage de milliards d’euros ou dollars.
Samedi saint, demain, mais déjà imprégné d’un grand silence...dans le lointain, une maison aux fenêtres sans doute ouvertes où quelqu’un(e) joue des gammes de « jeux interdits »… Samedi saint confiné, comme tous les jours depuis bientôt quatre semaines… Nous sommes dans la chambre haute comme les disciples, la porte fermée à clef ! Nous ne faisons pas les fiers, les marioles, la peur sinon l’inquiétude est bien là pour nous, pour nos proches, pour nos compagnons de marche et d’aventure, pour notre humanité. Les bras m’en tombent, je suis re-traité, en retrait donc, il m’est demandé pour être utile de surtout ne rien faire d’autre que de ne pas bouger : C’est bien paradoxal... je ronge mon frein…Le temps est là de relire les évènements de ces derniers jours et dernières années…, de nous interroger sur nos manières de vivre à chacune, chacun, sur aussi la conduite du monde par ceux que nous avons élus…Temps de lecture , de relecture… Nous sommes confinés et en même temps ouverts au monde tout entier… Ces liens téléphoniques, par SMS, par mail, WhatsApp et autres combien sont –ils importants. Comment ne pas voir là cette soif de liens (autres que marchands) que nous avons, cette soif de relation, d’amour…qui rejoint cette soif de Jésus sur la croix…
Dimanche : Des femmes, des hommes en foule se relèvent et sortent debout des services hospitaliers, vainqueurs du covid, grâce à une longue caravane humaine de soignants, de ceux qui prennent soin. Demain ne sera jamais pour eux comme hier.
Pâques. Christ est ressuscité aimons nous dire ? Qu’est-ce à dire ? Que va-t-il surgir ? A quelle re-suscitation suis-je appelé ? A quelle filialité ? A quel par-don ? A quel ʺrendre grâceʺ ? « La foi parle le langage du changement, et dit la possibilité d’exister autrement. La foi dit que la mort ne peut faire mourir que ce qui est déjà mort ! Vivons la vie comme un présent » nous dit Dominique Collin.
Oui, je crois très fort en cet exister autrement, qui se propose à nous aujourd’hui, comme un dévoilement. (Voici je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi, Apocalypse).
Semaine sainte 2020 : Tout comme Jésus n’a pas été un grand fervent du temple, davantage fervent de la nature, de l’air, de la rencontre, en ce printemps 2020, Dieu est bien là, discret mais toujours et encore au cœur de sa création, dans le monde, auprès de nous, partageant nos angoisses, nos souffrances, nos joies…
Philippe S-C_________________________________________________________________________________
PÂQUES, POUR MOI
C'est toujours la Vie plus forte que la mort, en ces jours de Semaine Sainte et de Pâques, mais aussi tout au long de l'année.
En ce moment, c'est déjà regarder en face ma peur de mourir, et intégrer cette réalité -là sans me laisser envahir parce que maintenant...c'est vraiment trop tôt !!
Pâques, c’est aussi goûter avec gratitude, que dans la désolation de ce confinement et de toutes les difficultés sans nombre qu'il occasionne pour tant de gens, nous sommes tellement bien lotis, avec une maison, un jardin, et une vie de retraités.
Pâques, c'est aussi reconnaître qu'aujourd'hui ma place n'est plus à l'hôpital, bien que j'aie été soignante en milieu hospitalier pendant 19 ans. Aujourd'hui - avec des poumons pas au top - ce n'est plus ma place, je ne peux pas aller y donner un coup de main. J'en ai eu pourtant l'envie, et c'était dur de renoncer, avec le cœur serré de ce que je perçois de ce qui se passe dans les hôpitaux.
Faire face à ce dépit, c’est faire confiance que ma place dans la société aujourd'hui, elle est bonne à vivre, elle est encore à développer, à ajuster à mes possibilités actuelles.
Pâques, cette année, c’est prendre en compte, honnêtement, un réel appauvrissement du quotidien, en termes de rencontres, d'engagements... mais c'est aussi profiter aussi joyeusement que possible de la douceur de vivre avec un emploi du temps allégé ; jouir intensément de l'explosion du printemps dans ce beau temps (sec !), de chaque fleur qui éclot, de chaque feuille qui grandit, des semis qui nous étonnent chaque jour, de l'effervescence constructive des abeilles…
C'est aussi consacrer du temps aux appels téléphoniques et autres petits signes de vie, petites choses imperceptibles, tout ce qui fait "le soin du lien" , en toute simplicité et légèreté.
C'est aussi, se retrouver tous les soirs sur le trottoir devant chez nous, à applaudir les soignants et tous ceux qui font que le pays tient, les routiers, les caissières et caissiers et autres auxiliaires de vie à domicile. On est parfois quatre - fidèles - parfois six ou huit, et on entend que ça bat des mains dans les rues voisines. Et on se promet, quand " tout ça sera fini", de se retrouver ensemble autour d'un bon repas.
Au-delà de cet appauvrissement non- choisi, Pâques c'est aussi reconnaître les bienfaits d'un surplus d'intériorité du fait de la solitude.
Et rassembler dans ma prière ceux que j'aime bien sûr, mais aussi tous ceux qui se battent courageusement pour que...la vie soit plus forte que la mort.
Laurence C.________________________________________________________________________________________