5 ème Dimanche ordinaire / JK 05 SO 25
Olivier Artus
Dieu nous appelle à le rencontrer et à le suivre. C’est le thème commun du livre
d’Isaïe, que nous avons entendu comme première lecture, et de l’Évangile de
Luc, que nous venons d’écouter. Un Dieu qui se prête à la rencontre. Le
prophète Isaïe croit devoir mourir car il a vu Dieu face à face, mais Dieu lui fait
comprendre qu’il cherche simplement à entrer en relation avec lui.
Entrer en relation avec Simon-Pierre et André, avec Jacques et Jean. C’est
également la démarche de Jésus au bord du lac de Galilée. Il se rend sur les lieux
mêmes de leur travail et pose les paroles et les gestes qui les invitent à suivre.
Une suite radicale. Ils laissent tout, nous dit l’Évangile de Luc. Ceux qui suivent
Jésus ne peuvent avoir le cœur partagé.
Ces disciples que Jésus appelle, ces disciples qui vont devenir apôtres, c’est-à-
dire envoyés au nom du Christ pour rendre compte de ce qu’ils ont vécu avec
lui. Ces disciples de Jésus vont l’accompagner, des débuts de son ministère en
Galilée, jusqu’à Jérusalem, jusqu’à la Passion, et jusqu’à la Croix. Et ils seront
témoins de sa résurrection.
C’est sur ce rôle capital des Apôtres — être témoins de la résurrection — et
apporter en tous lieux ce témoignage, c’est sur rôle capital des Apôtres
qu’insiste la première lettre de Paul aux Corinthiens. C’est un texte important,
car il nous fait prendre conscience de notre propre place dans la chaîne du
témoignage rendu à Jésus.
Regardons de plus près ce texte : c’est Paul qui parle : « Je vous ai transmis ceci,
que j’ai moi-même reçu ». Ici, en une phrase, Paul nous dit ce qu’est la
Tradition. La Tradition, c’est ce que nous recevons de ceux qui nous ont précédé
dans la foi, et ce que nous transmettons à notre tour. Quel en est le contenu ? Le
contenu de la Tradition, c’est le cœur même de la foi. Je cite la lettre aux
Corinthiens : « Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures »
— il s’agit ici des Écritures d’Israël — le Christ accomplit l’attente et
l’espérance d’Israël en apportant le salut. « Il est mort pour nos péchés, il a été
mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, il est apparu à Pierre, aux
douze, puis à plus de 500 frères. Puis à Jacques et aux apôtres ». Le discours de
Paul fait ici référence aux multiples récits de rencontre du ressuscité, dont les
Évangiles nous donnent de nombreuses attestations.
Mais la suite du discours est étonnante, et très importante pour nous. Paul écrit
« En tout dernier lieu, il est apparu à l’avorton que je suis ». Comment
comprendre cette phrase ? D’abord, Paul ne se fait pas d’illusions sur lui-même.
Il reconnaît qu’il est pécheur, qu’il a persécuté les premiers Chrétiens. Bref, il
affirme qu’il n’est pas digne de rencontrer le Christ.
Et pourtant le Christ est venu à lui. Il s’est manifesté à lui, comme Paul le relate
dans la lettre aux Galates. Et Paul situe cette expérience personnelle, il situe
cette expérience privée dans la continuité des manifestations du ressuscité aux
apôtres.
Pour le dire autrement, pour Paul, le ressuscité s’est manifesté d’abord aux
apôtres, mais il ne cesse de se manifester et d’aller à la rencontre de tous ceux
qui acceptent d’entrer en relation avec lui.
L’expérience des Apôtres est unique, et en même temps, elle a une suite chez
tous les Chrétiens dont la vie est ou sera marquée par la rencontre du Christ.
L’expérience de Paul nous renvoie donc à notre propre expérience du
Christ. Nous aussi, un jour, nous avons rencontré personnellement le Christ. Et
c’est pourquoi, sans doute, la plupart d’entre nous sont rassemblés dans cette
Église pour donner suite à cette rencontre, pour faire mémoire du Christ et pour
le célébrer.
Notre expérience du Christ est une expérience éminemment personnelle. Il n’y a
pas de rencontre-type du Christ, ni de rencontre modèle. Certains ont rencontré
le Christ dans leur enfance, et lui sont restés fidèles. Pour d’autres, la rencontre
du Christ a eu lieu à l’adolescence, ou encore à l’âge adulte. C’est le cas des
catéchumènes. Parfois, c’est le mariage qui a conduit à la rencontre du
Christ…Autant d’histoires personnelles, autant de modalités de cette rencontre.
Mais il est important, pour chacune et chacun d’entre nous, d’identifier le
moment, le lieu, les circonstances dans lesquelles nous avons perçu dans la foi
que le Christ était une personne, qu’il venait à nous, qu’il entrait en relation avec
nous.
Rencontrer le Christ. Rencontrer le Christ pour quelles suites dans notre vie ? La
finale de l’Évangile de Luc nous fait peut-être un peu peur : « Laissant tout, ils
le suivirent ». Sommes-nous, nous aussi, appelés à une suite aussi radicale ?
Nous savons bien que les vocations sont diverses dans la communauté
chrétienne. Il y a des vocations qui sont explicitement radicales : la vie
religieuse féminine ou masculine, avec les vœux qui la caractérisent,
particulièrement le vœu de pauvreté et le vœu d’obéissance.
Mais quel que soit l’état de vie, il existe une dimension de radicalité dans la vie
chrétienne. Cette dimension de radicalité, nous pourrions la définir ainsi :
accepter de ne plus s’appartenir à soi-même totalement, accepter, au nom du
Christ de ne plus s’appartenir totalement. Donner quelque chose de soi-même,
gratuitement, au nom du Christ. Je pense ici particulièrement au mariage
chrétien. Il consiste à s’engager à se donner pour l’autre et à se recevoir de
l’autre, et cela dans la durée, dans la fidélité, et dans la conscience que chacun
des époux a ses propres limites.
Pour entrer dans de tels engagements, la vie religieuse, le mariage, il faut avant
tout consentir à une logique de gratuité. Une logique selon laquelle, ce qui fait le
bonheur de l’être humain, ce n’est pas de posséder, c’est de se donner.
Les prophètes d’Israël, comme Isaïe, les disciples du Christ, les apôtres, Saint-
Paul ont consenti à l’appel de Dieu parce qu’ils avaient choisi cette logique de
gratuité.
Et aujourd’hui encore, c’est cette logique de gratuité qui prévaut, au quotidien,
dans la vie de nos communautés chrétiennes. Tous ceux qui s’engagent dans une
paroisse, dans un diocèse, ne le font pas pour obtenir de la reconnaissance. Ils le
font avant tout gratuitement, pour que la communauté avance, pour que les
défunts soient accompagnés dignement, pour que les liturgies soient préparées,
pour que les malades soient visités. Nos communautés vivent de la réponse
gratuite que chacune et chacun d’entre nous accepte d’apporter à l’appel du
Christ.
Seigneur, tu nous précèdes sur l’itinéraire de nos vies. Rends-nous attentifs à tes
appels. Marchons à ta suite pour être, à notre mesure, tes disciples et les témoins
de ta résurrection. Amen.
Rattaché à
Vie paroissiale
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Homélies Père Olivier Artus