Baptêmes du Seigneur — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Baptêmes du Seigneur

Taufe des Herrn /Baptême du Seigneur

Olivier Artus    12.01.2025

 

Nous célébrons aujourd’hui la fête du baptême du Christ, et les lectures qui nous sont proposées à cette occasion dessinent un itinéraire spirituel en plusieurs étapes, qui marquent une progression dans la connaissance et dans la compréhension de Dieu.

Le livre d’Isaïe fait allusion à l’exil du peuple d’Israël à Babylone. Cet exil prend fin, et le peuple peut enfin rentrer dans sa patrie, à Jérusalem. Le texte poétique d’Isaïe nous fait comprendre que le peuple a reconnu sa faute et qu’il s’est converti. L’épreuve de l’exil a constitué un moment de vérité. Confronté à une crise inédite, Israël a examiné son passé, et a reconnu ses errements.

Désormais, le peuple d’Israël est disposé à suivre les voies du Seigneur, à reconnaître Dieu comme son unique berger. Cependant, si nous regardons les événements qui se sont déroulés par la suite, dans l’histoire du peuple d’Israël, tout se passe comme si l’histoire avait été un éternel recommencement : de nouveau, au second siècle avant notre ère, Jérusalem est conquise par des armées étrangères. Le Temple est profané, et le peuple, de nouveau, reconnaît sa faute et son péché, il se convertit, puis reconquiert sa liberté.

Et, de nouveau, au temps de l’occupation romaine, la révolte des juifs se solde par un désastre. Le temple est détruit, le peuple juif est dispersé pour de longs siècles.

Alternance de moments de paix et de désastres, l’histoire est un éternel recommencement, et c’est lors des périodes de crises que le peuple se pose les questions décisives : avons-nous été fidèles à notre Dieu ? Pourquoi nous sommes-nous détournés de lui ? Pourquoi nous a-t-il abandonnés ?

Prendre le temps de regarder sa propre vie, accepter de le faire en vérité, c’est la démarche du peuple d’Israël, au retour de son exil à Babylone. Et c’est également ce que font, quelques siècles plus tard, les habitants de Jérusalem et de Judée lorsqu’ils viennent au désert voir Jean-Baptiste : le baptême de Jean est un geste de conversion. Il accompagne la démarche authentique du pénitent qui reconnaît sa faute et son péché, et pourtant le baptême de Jean ne libère pas du péché.

Tous ceux qui fréquentent le sacrement de pénitence et de réconciliation connaissent bien cette expérience : l’authenticité de la démarche, la sincérité de la conversion, et pourtant, l’éternel retour du même, l’éternel retour du péché, comme l’éprouvaient déjà il y a deux millénaires, les pénitents qui se tournaient vers Jean-Baptiste.

Comment alors dépasser cette impasse du péché, cette impasse du mal que nous faisons, et qui vient si souvent barrer nos vies ? C’est à cette question que cherche à répondre la lettre à Tite : ce n’est pas par nos propres forces que nous réussirons à nous dégager de l’emprise du mal et du péché. Nos bonnes résolutions, à elles seules, seront insuffisantes. Il nous faut accepter de lâcher prise, et de nous en remettre à un autre : Jésus-Christ, qui, littéralement, prend sur lui nos péchés. C’est cela le sens profond du sacrement de pénitence et de réconciliation.

Ainsi, il s’agit pour nous de faire un saut dans la confiance. Confiance en Jésus-Christ, mort à cause du péché des hommes, mais en même temps, mort pour le péché des hommes, car, par sa résurrection, Jésus manifeste que la vie est définitivement plus forte que la mort et le péché.

La libération du péché implique donc pour chacun d’entre nous de plonger dans la foi en la résurrection, afin d’être relevés avec le Christ.

Plonger puis être relevés, c’est exactement le sens du baptême chrétien. Ce baptême dont le baptême du Christ est la préfiguration. Le sens premier du mot grec « Baptizein » est « être plongé, immergé, voire noyé». Les premiers chrétiens recevaient le baptême par immersion pour figurer leur mort à leur vie ancienne, marquée par le péché, et leur naissance à une vie nouvelle avec le Christ, dans le Christ.

Le venue de l’Esprit Saint, lors du baptême du Christ, comme le raconte l’Évangile de Luc, manifeste qu’avec la venue de Jésus, le baptême reçoit un sens nouveau. Ce n’est plus seulement le geste qui accompagne la décision sincère de se convertir : le baptême de Jésus préfigure ce que sera sa vie, sa passion, sa mort et sa résurrection. Au baptême de Jésus, l’Esprit se manifeste. Et c’est dans la force de l’Esprit que Jésus apporte ensuite le salut à tous ceux qu’il rencontre lors de son ministère terrestre. Il guérit les malades, pardonne les péchés, ouvre les yeux des aveugles. Dans la force de l’Esprit, Jésus affronte sa passion et sa mort sur la Croix. Et dans la force de l’Esprit, il est relevé, ressuscité par le Père.

Notre propre baptême inscrit notre vie dans les traces de celle du Christ. Avec Lui, nous éprouvons la mort, du fait du péché qui habite nos vies et qui les détruit. Mais avec Lui, déjà, alors même que nous sommes toujours pris dans ce combat contre le péché, avec Lui, déjà, nous sommes promis à la résurrection. Ce n’est plus seulement sur nos propres forces que nous pouvons compter.

Nous sommes précédés par le Christ dans un combat contre le mal et contre la mort, un combat duquel il sort vainqueur.

Dans une parole un peu provocatrice, le pape Jean-Paul II, lors de son premier voyage en France, en 1980, s’était exclamé : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » 

C’est la même question que nous posent les textes de la liturgie de ce dimanche :

Être fidèles aux promesses de notre baptême, en rejetant tout d’abord tout ce qui nous sépare de Dieu. C’est le sens initial du baptême de Jean-Baptiste. Accepter d’entrer dans un chemin de conversion. Identifier les objets, les situations concrètes qui nous séparent de Dieu, c’est-à-dire les situations où nous nous donnons d’autres dieux. Jean-Paul II, en 1980, parlait des idéologies, du totalitarisme, de l’impérialisme. Ces sujets restent d’actualité : lorsqu’une idée, une idéologie, ou encore le désir de puissance ou de possession deviennent prédominants dans notre vie.

Et puis, demeurer fidèles aux promesses de notre baptême en nous en remettant au Christ. En abandonnant une illusion de toute puissance, qui ferait de nous les seuls maîtres de notre vie. Prendre conscience que nous avons besoin du Christ, du Christ qui nous relève lorsque nous tombons, du Christ qui accueille notre vie telle qu’elle est, pour la relever, pour la remettre debout. 

Finalement,  demeurer fidèles aux promesses de notre baptême nous protège de la naïveté. La naïveté qui pourrait nous conduire à nous dire que le combat contre le mal ne nous concerne pas et que, par nos propres forces, nous arriverons, seuls, à mener notre vie.

Seigneur, donne nous ton Esprit, donne nous la clairvoyance de discerner le mal et le péché dans notre propre vie, donne la force de nous convertir. Fais grandir notre foi en la Résurrection. Nous te le demandons à toi qui est le vivant pour les siècles des siècles. Amen.