Homélie 1er dimanche de l'Avent
1 er Dimanche Avent 2025 / AZ 01 SO 25
Olivier Artus
« Frères, l’heure est venue de sortir de votre sommeil ». « Conduisons-nous
honnêtement, sans orgies ni beuveries, sans débauche, sans rivalité, ni jalousie ».
Les termes sont forts, et, heureusement, nous sommes sans doute assez loin de
la situation évoquée par la lettre de Saint-Paul aux Romains. Mais les termes
utilisés par Paul ont précisément pour but de faire sortir ses auditeurs de leur
sommeil, d’une certaine torpeur, ou, pour le dire autrement, d’un certain
emprisonnement dans les activités de ce monde.
Oui, les auditeurs de Paul sont comme emprisonnés dans le monde, comme
prisonniers des passions de ce monde, et Paul les invite à adopter une autre
perspective. Une perspective qui les rende attentifs à la venue du Christ.
Il s’agit pourtant de Chrétiens, et tout se passe comme s’ils avaient oublié leur
propre identité de Chrétiens. Comme s’ils étaient de nouveau absorbés par les
affaires du monde, avec ce qu’elles comportent de médiocrité : rivalités,
jalousies, médisances, passions.
D’une autre manière, l’Évangile de Matthieu, avec d’autres images, nous décrit
la même réalité. Celle d’un monde dont nous penserions qu’il peut, à lui seul,
nous combler. « Aux jours de Noé, on mangeait, on buvait, on se mariait ». Bref
on menait une vie ordinaire, sans se poser de questions. Sans se poser la
question du sens, de l’objectif, de la finalité de l’existence. Sans penser à Dieu.
Le temps de l’Avent, c’est le temps où nous nous préparons à l’incarnation de
Dieu. À sa venue parmi les hommes. Et la question que ces textes nous posent
aujourd’hui est la suivante : qu’est-ce que la venue de Dieu dans notre monde
peut changer ? Qu’est-ce qu’elle peut apporter. Une première réponse, à la
lecture de ces textes pourrait être : Dieu vient créer une brèche dans notre vie
quotidienne bien réglée. Car notre monde contemporain a quelque peu oublié
Dieu. Ce n’était pas le cas au Moyen âge, ou encore aux XVI e et XVII e siècles. À
ces époques, Dieu était l’horizon indépassable de toute vie. Mais les siècle ont
passé, et la foi est devenue plus rare, plus inhabituelle, au point qu’elle peut
sembler marginale dans notre monde contemporain, et particulièrement dans
notre société française. Il est clair que l’on peut vivre sans Dieu.
La question qui se pose alors est : quelle est donc cette brèche que vient produire
la venue de Jésus-Christ dans la vie quotidienne des femmes et des hommes de
notre temps.
Il me semble que la réponse se trouve en partie dans le premier texte que nous
avons entendu, dans le livre d’Isaïe.
Nos contemporains, les femmes et les hommes de notre temps, ne parviennent
pas à trouver, dans notre monde, une réponse aux questions qu’ils se posent, ni
aux aspirations qui sont les leurs. Les questions profondes que se pose tout être
humain concernent tout d’abord le sens de l’existence. Le sens de notre
existence sur cette terre, dont nous savons qu’elle aura un terme, qu’elle
rencontrera un jour la limite de la mort.
Des questions concernant le sens de la vie, et puis des inquiétudes et des peurs.
Nous percevons le monde dans lequel nous vivons comme un monde qui est
souvent injuste, avec des inégalités, des déséquilibres, avec des pauvretés qui
semblent laissées de côté. Un monde souvent injuste, un monde souvent violent
avec le retour de tensions, de guerres, d’appétits de puissance.
Face à cette situation, nous pouvons faire nôtres les mots du prophète Isaïe : »De
leurs épées ils forgeront des socs, et de leurs lances des faucilles ». Nous
aspirons profondément à la paix et à la justice. Rappelons-nous ce que furent les
premiers mots du pape Léon, au balcon de Saint-Pierre de Rome : « La paix soit
avec vous ».
En Jésus-Christ, Dieu prend l’initiative vis-à-vis de nous. Dieu vient à nous en
Jésus-Christ pour nous proposer la justice et la paix. Il vient à nous, et il nous
propose de donner un sens nouveau à notre existence. Mais il le fait d’une
manière discrète. Il le fait avec humilité. Nous chantons parfois, à la messe, ce
cantique : « regardez l’humilité de Dieu ». Oui, regardons l’humilité de Dieu. Il
va nous rejoindre sous les traits d’un enfant, puis sous les traits d’un homme
parmi les autres, en Galilée et en Judée, un homme dont le message va déranger
une grande partie de son entourage.
Ce message est un message de justice : Jésus prend en défaut ses contemporains
quand ils laissent de côté les plus pauvres, les malades, les étrangers. Jésus
surprend ses contemporains, lorsqu’il tient un discours de vérité sur les
situations d’injustice ou de violence, tout en renonçant lui-même à toute
violence, même vis-à-vis de ceux qui le calomnient, de ceux qui le persécutent
et qui le poursuivent tout au long de sa vie publique.
Quelles que soient les passions qui l’entourent, ces passions auxquelles fait
référence la lettre aux Romains, en particulier, la rivalité qui mène à la jalousie,
quelles que soient les passions qui l’entourent, Jésus va son chemin, nous disent
les Évangiles. Il poursuit sa route avec détermination, sans jamais dévier d’une
conduite caractérisée par la recherche de la justice et par la promotion de la paix.
Nous sommes les disciples du Christ, et nous nous préparons comme chaque
année à l’accueillir comme notre sauveur, au moment de Noël. Allons-nous le
laisser faire une brèche dans notre vie, comme il a fait une brèche dans la vie
bien réglée de ses contemporains.
Laisser Jésus faire une brèche dans notre vie, c’est-à-dire faire nôtre son
engagement pour la justice et pour la paix. Faire nôtre cet engagement, et croire
que notre propre engagement n’est pas dérisoire. Comme Jésus en Galilée et en
Judée, nous n’avons pour seuls moyens que notre parole, notre parole et le
témoignage de notre vie. Mais de la même manière que la vie de Jésus a été
féconde, parce qu’il l’a vécue dans la force de l’Esprit, de la même manière nous
sommes invités à croire que l’Esprit du Christ nous accompagne, dès lors que
nous faisons nôtres ses propres engagements.
Oui, nous vivons dans une monde inquiétant, dans un monde violent, mais nous
ne sommes pas impuissants face à cette situation. Nous croyons que l’Esprit
nous accompagne chaque fois que nous décidons de nous engager pour la justice
et pour la paix, dans notre vie de tous les jours.
Seigneur, tu es venu rejoindre notre monde. Tu y as pris chair. Que ton Esprit
nous rende ouverts et sensibles à ta parole, qu’il façonne notre vie en nous
aidant à devenir, jour après jour, tes disciples. Amen.