Homélie du 4ème dimanche de Pâques — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Homélie du 4ème dimanche de Pâques

4 ème dimanche de Pâques 2025 / OZ 04 SO 25

Olivier Artus

Lors de sa première homélie, vendredi dernier, le pape Léon XIV a invité
l’Église à s’effacer devant le Christ. À s’effacer devant ce qu’elle porte : le
message du salut, du salut apporté à toute l’humanité par Jésus-Christ ressuscité.
C’est précisément ce message que ne parviennent pas à entendre ni à
comprendre les détracteurs de Paul et de Barnabé à Antioche de Pisidie.
Les opposants de Paul et de Barnabé en restent à des considérations purement
politiques, purement humaines : ils éprouvent de la jalousie devant les foules qui
se rassemblent pour écouter Paul. Et cette jalousie les rends sourds et aveugles.
Ils demeurent insensibles à la Bonne Nouvelle de la résurrection.
Paul et Barnabé sont malmenés, et ils sont finalement expulsés de la ville.
L’histoire des premiers siècles de l’Église nous rappelle le risque que prennent
les membres des premières communautés chrétiennes. Les premiers Chrétiens
affirment leur foi malgré la répression des autorités, malgré les persécutions, et
malgré le martyre parfois.
C’est ce à quoi fait allusion l’Apocalypse de Jean : « Ils ont lavé leur robe. Ils
les ont blanchies par le sang de l’agneau. Jésus lui-même, sur la croix, donne sa
vie pour le salut du monde. Il se confronte jusqu’au bout au mal. Il verse son
sang en se remettant totalement à son Père. Et à la suite du Christ, les martyrs,
ceux qui témoignent jusqu’à la mort au nom de leur foi, les martyrs suivent le
même chemin, la même route ; ils s’effacent pour mieux manifester le Christ.
C’est ce que rappelait également le pape Léon XIV au cours de sa première
homélie, en faisant référence à Saint-Ignace d’Antioche. Je cite Léon XIV :
« Saint Ignace d’Antioche, conduit enchaîné vers la ville, lieu de son sacrifice
imminent, écrivait aux Chrétiens qui s’y trouvaient : ‘Je serai vraiment disciple
de Jésus-Christ, quand le monde ne verra plus mon corps’. Il faisait référence au
fait d’être dévoré par les bêtes sauvages dans le cirque. Ses paroles renvoient
(…) au fait de disparaître pour que le Christ demeure. Au fait de se faire petit
pour qu’il soit connu et glorifié ». Fin de citation.
Se faire petit, se donner jusqu’au bout, comme le Christ lui-même l’a fait pour
nous. C’est également le message du très bref extrait de l’Évangile de Jean que

nous venons d’entendre. Le Christ est présenté comme un pasteur. Le pasteur
des brebis. Si nous élargissions notre lecture au-delà des quelques versets que
nous avons entendus, nous retrouverions dans ce chapitre 10 de l’Évangile de
Jean l’opposition qui est faite entre le mercenaire, le mercenaire qui ne se soucie
que de lui-même, et le bon Pasteur, le bon Pasteur qui va jusqu’à donner sa vie
pour ses brebis.
Le Christ est venu dans le monde non pas pour y briller aux yeux de ses
contemporains, mais pour se donner totalement à ceux qui se trouvaient sur son
chemin. Le monde et la société du temps de Jésus sont troublés, ils sont
désorientés. Ce sont une société et un monde violents : les puissants y imposent
leur loi, qu’il s’agisse des Romains, d’Hérode ou encore des armées
d’occupation qui se trouvent en Judée. Dans un tel contexte, à qui se fier, à qui
faire confiance ?
Le monde dans lequel nous vivons n’est pas très différent du monde où vivait
Jésus. Nous y retrouvons les mêmes violences, les mêmes forces et les mêmes
puissances à l’œuvre. Volonté de pouvoir et de domination, les exemples ne
manquent pas dans les relations internationales. Désir de célébrité, auquel
contribuent les réseaux sociaux. Désir d’accéder facilement au maximum de
biens matériels : jamais sans doute, depuis des décennies, l’écart entre riches et
pauvres n’a été aussi grand, et jamais l’argent, la richesse matérielle ne se sont
imposés avec autant de force comme les valeurs suprêmes de l’existence. Oui, le
monde dans lequel nous vivons est peuplé d’idoles : l’idole du pouvoir, l’idole
de l’image que nous donnons, l’idole de l’argent, etc..
Et dans ce monde peuplé de tant d’idoles, beaucoup ne savent plus à qui se fier,
beaucoup ne savent plus vers qui se tourner. Alors on assiste au carrousel des
hommes et des femmes providentiels, qui se remplacent rapidement l’un l’autre.
Un youtubeur a des centaines de milliers de followers, avant de les perdre. Un
homme ou une femme politique monte au zénith avant d’être oublié. Un homme
ou une femme d’affaires devenu milliardaire dans le numérique est cité en
exemple. Ne s’agit-il pas, à chaque fois, de gloire factice ? Ne s’agit-il pas en
réalité de fausses réponses, de réponses éphémères aux vraies questions
qu’affronte notre époque, et notre humanité.
Notre monde est habité par le mal, sous différentes formes. Le mal peut prendre
la forme de la violence, il peut prendre la forme de l’exploitation des plus

faibles, ou de l’exploitation des enfants. Le mal peut prendre la forme de
l’inégalité insupportable entre riches et pauvres.
Le Christ, au cours de son existence humaine, s’est engagé totalement dans un
combat contre le mal et contre les idoles. Le Christ n’a rien gardé rien pour lui..
Il s’est totalement engagé pour relever ceux qui se trouvaient sur sa route.
Au cours de son ministère public, en Galilée et en Judée, Jésus s’est tourné en
priorité vers ceux qui n’étaient rien aux yeux de leurs contemporains. Vers les
plus pauvres. Jésus se tourne vers eux. Il les regarde, Il les relève et Il leur rend
leur dignité, sans jamais faire acception de personnes.
Prendre soin de nos pauvretés, venir à nous pour nous relever lorsque nous en
avons besoin, c’est également ce que fait pour nous aujourd’hui le Christ
ressuscité. Il est le bon pasteur. Il ne laisse aucune de ses brebis, aucune et aucun
d’entre nous être abandonné, désemparé, sans soins. Le Christ prend soin de
nous et nous propose sans relâche d’être notre compagnon de route. Il nous
rejoint au cœur même de nos épreuves, au cœur même de ce qui nous fait mal.
Et nous, Chrétiens, nous qui sommes membres de la communauté chrétienne,
notre responsabilité est de donner à voir aujourd’hui le Christ ressuscité.
Ce que nous annonçons, ce n’est évidemment pas nous-mêmes, ce n’est pas
l’Église. Non, ce que nous annonçons, c’est Jésus-Christ, le bon Pasteur, le bon
Pasteur venu soigner et guérir l’humanité en difficulté. Le Bon Pasteur qui, par
sa Parole, et par les sacrements rejoint l’humanité en souffrance.
Que l’Eucharistie que nous allons maintenant célébrer, que l’Eucharistie nous
fasse mieux prendre conscience de notre responsabilité éminente de baptisés :
notre responsabilité qui est de porter le Christ au monde, notre reponsabilité qui
est de manifester le Christ au monde. Amen.