Homélie du 29 ème dimanche ordinaire — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie du 29 ème dimanche ordinaire

29 ème Dimanche Ordinaire, Année C / JK 29 SO 25

Olivier Artus

Nous pourrions résumer les lectures que nous venons d’entendre en disant
qu’elles font l’éloge de la durée et de la persévérance.
Durée et persévérance de Moïse dans son combat contre les ennemis de l’ancien
Israël. Ne nous laissons pas distraire par les détails violents de ce texte guerrier
qui date d’une autre époque et qui provient d’une autre culture. Ce qu’il faut en
retenir, c’est la détermination de Moïse. Moïse fait confiance en son Dieu, et
s’engage sans réserve dans l’épreuve qu’il doit affronter. Il persévère dans un
engagement en faveur de son peuple, qu’il mène au nom de Dieu.
Persévérance et durée dans la foi, c’est le message de la deuxième lettre à
Timothée. L’Écriture, et particulièrement les Évangiles nous mettent en garde
contre les enthousiasmes d’un moment. Pensons à la parabole du semeur. Les
communautés chrétiennes du premier siècle sont des communautés récentes, et
après la joie des débuts, il leur faut affronter l’épreuve de la durée, l’épreuve du
quotidien, jour après jour.
Or la foi n’est pas un engagement à court terme. C’est une aventure qui se
déploie à l’échelle d’une vie. Si nous poursuivons la comparaison avec l’image
des semailles, ce qui est semé dans la vie des croyants, c’est la parole de Dieu.
« Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures », écrit l’auteur de
la lettre, en s’adressant à Timothée. Le point de départ de la foi, c’est la parole
de Dieu ensemencée dans nos vies. Et ces semailles de la Parole ne cessent
jamais. Nous lisons tous personnellement l’Écriture, mais à chaque messe, c’est
la communauté tout entière qui est ensemencée par les textes bibliques, qui est
nourrie par la parole de Dieu.
La Parole de Dieu que la lettre à Timothée décrit comme une véritable boussole
pour l’existence tout entière. Parole de sagesse, et parole de foi, en vue du salut.
Enfin, l’Évangile de Luc invite lui aussi à tenir dans la durée, il invite à la
persévérance, à la persévérance dans la prière. Comme la foi, la prière ne peut-
être un événement ponctuel. Elle constitue bien davantage l’orientation
constante d’une vie, d’une vie qui accepte d’entrer en conversation avec Dieu.
Cette conversation est nourrie par la parole de Dieu, une Parole qui appelle notre
réponse, et cette réponse, c’est la prière.

Dès lors nous comprenons que notre prière n’est pas seulement une prière de
demande. Elle n’est pas une demande de satisfaction ponctuelle d’un besoin ou
d’un manque concret de notre existence.
La prière est plutôt une attitude de disponibilité vis-à-vis de Dieu, dont nous
comprenons qu’il attend, non seulement nos demandes, mais surtout notre
réponse à sa parole.
Les trois lectures que nous avons écoutées abordent donc trois domaines
complémentaires de notre vie, trois domaines dans lesquels nous sommes invités
à nous mobiliser sur le long terme : notre engagement dans la société, à l’image
de Moïse qui donne toute son énergie au service de son peuple ; notre
engagement dans la foi, dans la confiance durable que nous faisons à la parole
de Dieu, une parole que nous reconnaissons comme le fondement même de
notre existence, et enfin, notre engagement dans une relation concrète avec le
Seigneur, une relation qui mobilise notre corps, notre pensée, notre parole : c’est
la prière.
S’engager sur le long terme. C’est un choix sûrement paradoxal dans la société
contemporaine. Jamais, plus qu’aujourd’hui, jamais l’humanité n’a vécu dans
une telle immédiateté, n’a autant vécu dans l’instant. Sur les sites d’information,
comme sur les réseaux sociaux, une information chasse l’autre, et chacun réagit
au coup par coup. Notre attention est attirée simultanément par de multiples
sujets, et beaucoup de nos contemporains ont de plus en plus de mal à trouver un
sens à une vie qui leur apparaît hachée, décousue, absorbée par l’actualité, sans
parvenir à s’inscrire dans le long terme.
Face à cette situation, la proposition des lectures que nous venons d’entendre
apparaît presque incongrue : s’engager dans la durée, que ce soit dans les
relations humaines, dans un investissement au service de la société, et s’engager
également de manière durable dans notre relation avec Dieu, une relation qui
passe par notre fidélité à l’écoute de sa parole, et par notre engagement dans une
vie de prière, bâtie, elle aussi, sur le long terme.
S’engager dans la durée. Mais comment y parvenir ? La réponse des trois textes
que nous avons entendus est identique : ces textes invitent à la persévérance, ils
invitent à prendre des moyens concrets pour discerner ce à quoi nous sommes
appelés, à la lumière de la parole de Dieu.
Nous avons tous des personnalités différentes, et, bien sûr, la parole de Dieu va
résonner dans nos vies de manière également bien différente. Mais pour que

cette parole puisse y résonner, il nous faut acquérir régularité et persévérance
dans l’écoute. Une eégularité dans l’écoute de la parole de Dieu qui implique
d’introduire dans notre vie des temps de silence et de gratuité.
Faire silence. Tous les prêtres et tous les parents qui ont été aumôniers de lycée
ont emmené des jeunes dans des communautés monastiques, et les ont invités à
participer à la prière des moines ou des moniales, et à prendre des temps de
silence. Pour beaucoup de jeunes, la première fois, cette expérience du silence
était effrayante. Puis, petit à petit, s’est installé, pour la plupart, un véritable
cœur à cœur avec Dieu. Une conversation. L’écoute de la parole de Dieu
appelait leur réponse, comme elle appelle aujourd’hui notre réponse.
Ce silence, cette écoute, c’est ce à quoi nous invitent les textes que nous avons
entendus aujourd’hui. Dans un monde qui va à toute vitesse, mais qui est
souvent déboussolé, il nous est proposé de faire une brèche. D’introduire un
temps différent. Le temps de l’écoute de la parole de Dieu, ce temps que nous
prenons en commun à chaque eucharistie, mais que nous sommes aussi invités à
prendre personnellement. Se mettre à l’écoute de la parole de Dieu et entrer en
conversation avec Dieu, non pas pour lui demander quelque chose, mais
totalement gratuitement, pour mieux le découvrir, pour mieux le connaître.
Et de ces temps de silence et de conversation avec Dieu pourront naître des
résolutions, des orientations nouvelles pour notre vie, des résolutions et des
orientations nourries par sa parole, et que nous saurons tenir.
Seigneur, tu demeures toujours discret. Tu ne peux venir dans nos vies que si
nous y consentons, en te faisant de la place, en faisant une brèche dans notre
quotidien, pour te rencontrer. Que cette rencontre soit notre nourriture et qu’elle
nous apporte paix et joie. Amen.