Homélie Baptème du Seigneur
Baptême du Seigneur 2026 / Taufe des Herrn 2026
Jésus accomplit les Écritures d’Israël. C’est l’affirmation et le message du
temps de Noël. Et la fête du baptême du Seigneur, qui marque la transition entre
le temps de Noël et le temps Ordinaire, la transition entre les récits de la nativité
et de l’enfance, et les récits du Ministère public de Jésus, la fête du Baptême du
Seigneur reprend cette intuition : Jésus accomplit, Jésus reprend à son compte la
figure du Serviteur, cette figure qui est décrite par le livre d’Isaïe.
Le Serviteur dont parle livre d’Isaïe, c’est l’envoyé de Dieu. C’est celui
qui accomplit, au nom de Dieu, une mission dans le monde. Et le prophète Isaïe
décrit avec précision le contenu de cette mission. Le serviteur cherche à faire
triompher, au nom de Dieu, le droit et la justice. Mais pour le faire, il n’utilise
pas les moyens habituels du pouvoir, les moyens habituels de la politique.
Le serviteur est décrit comme fort et solide : « Il ne faiblit pas, il ne fléchit
pas », et pourtant, malgré cette force, malgré cette solidité, il se refuse à passer
en force. « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton » « Il ne brisera pas le roseau
qui fléchit ». Autrement dit ,il respectera les faibles et les humbles.
Il y a là un leçon pastorale pour chacune et chacun d’entre nous. Une
leçon de persévérance, d’humilité et de confiance en Dieu. Un leçon de
persévérance ;: le serviteur est attaché inlassablement au droit et à la justice. Ce
couple « droit et justice », on le trouve très souvent dans les écrits des prophètes.
Les envoyés de Dieu sont en charge du droit et de la justice, en ayant, en priorité
le souci des plus pauvres. Défendre le droit et la justice, quoi qu’il en soit de la
situation politique, quoi qu’il en soit des soubresauts du monde. Il me semble
que l’on trouve cette persévérance, cette constance dans le discours des papes,
ces discours qui nous rappellent la dimension prophétique de notre foi.
Récemment encore, le pape Léon XIV écrivait dans son exhortation apostolique
« Dilexi te, je t’ai aimé » — Je cite Léon XIV « Dans de nombreuses pages de
l’Ancien Testament, Dieu est présenté comme l’ami et le libérateur des pauvres.
Dieu, refuge du pauvre, dénonce à travers les prophètes — particulièrement
Isaïe — les injustices commises envers les plus faibles « . Fin de citation. Le
serviteur du livre d’Isaïe, comme Jésus, dans les Évangiles, nous disent la
persévérance de Dieu dans son engagement en faveur des plus pauvres.
Persévérance, humilité. Nous faisons souvent allusion de dimanche en
dimanche, en lisant et en commentant les lectures qui nous sont proposées, nous
faisons allusion à l’humilité de Dieu. Dieu qui ne passe pas en force. Dieu qui
n’utilise pas les moyens politiques habituels pour se faire entendre. Pas de
discours tonitruant, pas de moyens de contrainte. Le serviteur d’Isaïe, et Jésus
lui-même nous font comprendre la persévérance de Dieu à notre égard, et ils
nous font comprendre la douceur de Dieu.
Persévérance, douceur, et appel à la confiance. Car si renonçons aux moyens du
monde, à ces moyens politiques habituels que nous voyons mis en œuvre
lorsque nous regardons le spectacle du monde — et l’histoire contemporaine
nous donne bien des exemples de violence, de passage en force, de contrainte,
quoi qu’il en soit du droit et cde la justice — oui si nous renonçons aux moyens
du monde, il nous faut alors faire un saut dans la confiance en Dieu lui-même.
Notre engagement pour le droit et pour la justice, même s’il nous semble fragile,
même s’il nous semble dérisoire au vu de l’ampleur des défis de notre monde,
notre engagement loyal pour le droit et la justice ne saurait rester sans effet si
nous nous en remettons à Dieu, si nous nous en remettons au Père.
S’en remettre au Père. C’est précisément ce que fait Jésus, le « nouveau
serviteur », lors son baptême. Jésus ne se présente pas en majesté ni en
puissance. Il n’élève pas la voix : il arrive, venu de Galilée, l’un parmi les
autres. Et il se laisse faire. Alors, le Père l’investit de l’Esprit, et manifeste que
ce comportement humble et doux de Jésus est le visage de Dieu lui-même :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui, je trouve ma joie ». Dieu venu nous
rejoindre sans bruit, Dieu venu marcher avec nous sur les chemins de Galilée,
Dieu qui, en Jésus-Christ, se fait le serviteur de l’humanité.
Oui, le serviteur de l’humanité, et plus seulement le serviteur d’un peuple
particulier, c’est le message des Actes des Apôtres. Les Actes des Apôtres nous
relatent l’histoire de la mission, en Terre sainte tout d’abord, puis dans le monde
païen, le monde grec et latin. Et ici, au chapitre 10, nous nous trouvons dans un
moment de bascule : Pierre et les Apôtres avaient tout d‘abord tenté
d’Évangéliser Jérusalem et le monde juif, et ils se retrouvent ici à Césarée
maritime, la ville romaine, et ils réalisent que l’Esprit de Dieu est à l’œuvre, non
seulement dans le peuple juif, où est né Jésus, mais dans le cœur de tout homme,
si celui-ci accepte de s’engager pour la justice. Je cite le livre des Actes : « Dieu
est impartial, il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les
œuvres sont justes ».
Cette dimension universelle du don de l’esprit, l’Église l’avait un peu laissée de
côté, au 19 ème siècle et au début du 20 ème siècle, et c’est le concile Vatican II, dans
la déclaration « Nostra Aetate » qui a, de nouveau, mis l’accent sur cette largeur,
sur cette étendue universelle du don de Dieu. Je cite « Nostra aetate » :
« L’Église réprouve, en tant que contraire à l’Esprit du Christ, toute
discrimination… et elle adjure les fidèles du Christ à avoir au milieu des nations
une belle conduite ».
Voici reprise l’intuition de la prophétie d’Isaïe. Avoir une belle conduite,
caractérisée par la persévérance et la douceur, et par l’attachement au droit et à
la justice. Les Chrétiens sont ainsi invités à être des semeurs. Semer, là où nous
nous trouvons, semer, adopter une attitude particulière qui permette à ceux qui
nous entourent de comprendre que nous sommes vraiment « du Christ ». Oui,
semer, sans nous approprier ce que nous semons. Semer en faisant confiance à
l’esprit du Christ qui, seul, peut faire fructifier nos semailles.
Seigneur donne-nous force et courage, donne-nous la persévérance, mais donne-
nous aussi la douceur, cette douceur que tu as choisie en Jésus-Christ pour nous
transmettre ta Parole de justice et de paix. Amen.