Homélie jeudi Saint — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie jeudi Saint

Jeudi-Saint 2026 / Gründonnerstag

Olivier Artus

Célébration pénitentielle Lc 15,11-32

Nous connaissons par cœur cette parabole du fils retrouvé, et ses trois
personnages principaux, le Père, qui renvoie évidemment à la figure de Dieu le
Père, et les deux fils, dont les choix de vie sont diamétralement opposés —  le
fils aîné qui apparaît dans un premier temps raisonnable et obéissant, et le fils
cadet qui veut son indépendance, et qui consume sa vie avant de s’apercevoir
qu’il fait fausse route.
Que retenir de ce texte, en vue de la préparation de la célébration du sacrement
de pénitence et de réconciliation, qui est proposée ce soir ?
Une première remarque concerne le regard que chacun des deux fils porte sur sa
propre vie : le fils aîné se considère comme un homme juste, et le plus jeune fils
se considère comme irrémédiablement abîmé par sa propre inconduite. Et dans
les deux cas, c’est un regard qui enferme. Enfermement dans l’orgueil, dans le
cas du fils aîné, enfermement dans la dépréciation de soi, dans le cas du fils
cadet.
Le sacrement de pénitence et de réconciliation vise à nous libérer de notre
propre regard sur notre existence, que ce regard soit présomptueux, ou qu’il soit,
au contraire, désespéré.
Deuxième remarque, une remarque qui porte sur le comportement du père. Le
comportement des deux fils est totalement différent, et pourtant, le père va se
comporter d’une manière identique avec eux, un comportement caractérisé par
la non-violence et par le respect de la liberté : le fils cadet demande sa part
d’héritage, et le père la lui accorde. Puis, face à ses deux fils, qui sont tous les
deux emprisonnés par leur propre regard sur leur vie, leur père tient un discours,
un discours qui appelle leur réponse, mais un discours qui n’exerce sur eux
aucune contrainte. Un discours qui les laisse libres. Le père renvoie ses deux
fils à leur propre liberté, et surtout à la vérité des choses.
Le discours du père rétablit la vérité, mais il laisse à ses fils le temps et la liberté
de s’approprier cette vérité.

Le sacrement de pénitence et de réconciliation est pour chacune et chacun
d’entre nous une invitation à faire la vérité sur notre propre vie. Une invitation à
sortir du ressentiment, des autojustifications, ou encore de l’accusation d’autrui,
et cela pour nous présenter devant le Seigneur dans un vrai face-à-face. Il faut
parfois du temps pour parvenir à cette vérité. Pour y parvenir, il nous faut
vraiment prendre conscience de la non-violence de Dieu, et de son absolue
bienveillance.
Dieu ne contraint jamais. Il nous laisse libres. Il nous renvoie à notre liberté, en
nous proposant de faire la vérité dans notre vie.
Troisième remarque : par sa parole, le personnage du père essaye de toucher ses
fils. De percer leur cuirasse d’une certaine manière. Envers son fils cadet, il fait
preuve de compassion, et lui fait comprendre qu’il demeure digne d’être aimé.
Et au Fils aîné, il cherche à transmettre une invitation au pardon et à la
miséricorde.
Le récit ne dit pas si les fils sont touchés par le comportement de leur père. Le
récit laisse ouverte leur capacité de répondre.
Il en va de même dans le sacrement de pénitence et de réconciliation, Dieu
cherche à nous toucher personnellement. Par sa parole il vient à notre rencontre,
et il cherche à nous faire comprendre qu’au-delà de nos péchés, nous sommes
dignes d’être aimés. Nous sommes dignes d’être accueillis par Lui, du moment
que nous acceptons son regard.
Mais cet accueil de Dieu dans notre vie a un corollaire, il a un parallèle : de
même que Dieu nous invite à nous laisser toucher par lui, il nous invite dans le
même temps à nous laisser toucher par notre prochain, particulièrement par ceux
de nos prochains vis-à-vis desquels nos relations sont difficiles : difficiles du fait
de notre jalousie, comme c’est le cas du fils aîné, difficiles du fait de
divergences de vue, quelles qu’elles soient, difficiles aussi du fait de notre
indifférence.
Ce soir, Dieu nous adresse une triple invitation : une invitation à faire la vérité
dans notre vie et à nous présenter à Lui sans fard, une invitation à nous laisser
toucher par sa parole, et enfin une invitation à ouvrir notre cœur à notre
prochain, et surtout à ceux de nos prochains avec lesquels les relations sont les
plus abîmées.

Ouvrons au Seigneur les portes de notre vie. Laissons-nous réconcilier avec lui.
Ouvrons, avec Lui, un nouveau chapitre de notre existence. Amen.

Jeudi-Saint 2026 / Gründonnerstag

Olivier Artus

Le livre de l’Exode décrit la liturgie de la Pâque, ce mémorial de la
libération d’Égypte. Quoi qu’il en soit des vicissitudes de l’histoire, le peuple
juif a toujours continué à faire mémoire de la Pâque, et a toujours confessé son
espérance en la libération de toute les oppressions, et cela dans les circonstances
les plus difficiles, même dans les camps de concentration, même à Auschwitz.
On célébrait la Pâque à Auschwitz, alors même qu’il n’y avait plus aucun espoir,
à vue humaine.
Au cours de son ministère public, en Galilée et en Judée, Jésus prend sur
lui cette espérance du peuple juif, cette espérance de libération, et en même
temps, il cherche à faire comprendre à ses contemporains qu’ils courent un
risque. Le risque de perdre l’essence même du judaïsme, de perdre sa
signification profonde. Les docteurs de la loi, et les pharisiens ont réduit la
religion à un catalogue de règles et de préceptes, et surtout, ils ont exclu les plus
pauvres de la communauté : les estropiés, les boiteux, les lépreux, les aveugles,
les pécheurs.
Et c’est à ce peuple de pauvres que Jésus cherche à rendre l’espérance. Il
libère les plus pauvres de leurs entraves en les guérissant, et en les réintégrant
dans la communauté. En faisant cela, Jésus perpétue l’esprit de la première
pâque, de la Pâque d’Israël en Égypte, un esprit de liberté et une bonne nouvelle
de salut.
Oui Jésus transmet, au nom de son Père, Jésus transmet un message de
libération, et il ne le fait pas « d’en haut », il ne le fait pas du sommet de sa
puissance, il le fait « d’en bas », en partant des plus pauvres pour annoncer la
Bonne Nouvelle.
Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous faisons mémoire de cette
libération, de ce salut apporté par Jésus-Christ.

« Ceci est mon corps, qui est pour vous ». C’est la formule utilisée par
Jésus lors de son dernier repas, et retranscrite par Paul, qui reprend ici les termes
d’une très vieille tradition chrétienne, sans doute la plus ancienne. De la même
manière que le Dieu d’Israël s’était engagé pour son peuple, pour sa libération,
de même Jésus, le Fils, fait de sa vie toute entière un « pour vous ». Pour vous,
pour vous prendre là où vous en êtes, particulièrement si votre vie est entravée,
désespérée, difficile. Pour vous prendre là où vous en êtes, et pour vous rendre
l’espérance.
Cette espérance est portée par une communauté que Jésus constitue autour
de lui. Un peu plus loin, dans cette même première lettre aux Corinthiens, Saint-
Paul déploie tous les aspects du mot « corps ».
Le corps — « sôma » en grec — le corps, c’est le corps mort de Jésus, mis
en Croix par amour. Mais c’est aussi le corps vivant qu’il suscite, son Église,
dans laquelle il se rend présent par le pain partagé, qui est son corps.
Nous sommes invités à faire corps avec le Christ. Et comme membres de
ce corps, nous recevons une égale dignité et une même espérance, que nous
avons mission de porter autour de nous.
Puis Saint-Paul continue, en citant les paroles du dernier repas « Cette
coupe est la nouvelle alliance en mon sang ». Une nouvelle alliance, qui n’est
plus réservée à quelques-uns, comme la première alliance, mais ouverte à tous
sans distinction de milieu, de fortune, de race. À chaque Eucharistie, en
partageant un même pain, nous affirmons que ce qui nous réunit dépasse
infiniment ce qui nous sépare. L’histoire de l’Église est malheureusement
marquée par de nombreuses divisions, qui ont parfois conduit à des schismes.
Mais au sein même de la communauté chrétienne, certains se plaisent parfois à
opposer par le discours les uns et les autres : on oppose progressistes et
traditionalistes, prêtres et laïcs, riches et pauvres, etc.. ; Le partage du même
pain eucharistique nous rappelle notre fondamentale unité, et notre commune
espérance. Nous sommes tous associés dès aujourd’hui à la construction de
royaume de Dieu, et nous attendons ensemble le retour du Christ.
Mais qui est ce Christ ? C’est la question à laquelle répond de manière
imagée l’Évangile de Jean. Jésus se fait serviteur en lavant les pieds de ses
disciples. L’Évangile de Jean utilise plusieurs titres pour désigner Jésus :
« Maître, Seigneur », et aussi, dans le chapitre précédent, Christ, c’est-à-dire
Messie, Messie celui qui reçoit l’onction d’huile sainte.

Or, l’onction que va recevoir Jésus, c’est l’onction de la Croix. Dans
l’Ancien Testament, deux principaux personnages reçoivent l’onction et portent
le titre de messie : ce sont les rois de Juda, et les Grands prêtres du Temple de
Jérusalem.
Mais, comme nous le rappelle le livre d’Isaïe, dont nous lisons de larges
extraits en cette semaine sainte, Jésus ne s’identifie ni au roi d’Israël, ni au grand
prêtre. Le geste qu’il pose en lavant les pieds de ses disciples le désigne comme
le Serviteur de tous. Jésus est le Serviteur annoncé par Isaïe et attendu par Israël.
Ce mot « serviteur » est la clef de compréhension de son identité et de sa
mission. En s’agenouillant devant ses disciples, Jésus s’agenouille
symboliquement devant l’humanité tout entière, et ceci nous incite à réfléchir à
ce geste que nous posons, nous aussi, dans la liturgie.
Nous nous agenouillons devant l’hostie, lors de l’Eucharistie, et nous nous
agenouillons devant le Saint-Sacrement. Nous le faisons par respect pour la
personne du Christ, qui a fait un don absolu de lui-même, au service de
l’humanité tout entière. Mais en nous agenouillant, nous reprenons le geste du
Christ lui-même, qui sert ses frères. Cet agenouillement vaut pour nous
engagement à servir à notre tour notre prochain.
En effet, l’eucharistie n’est pas déconnectée de la vie du monde. Bien au
contraire, elle nous y renvoie. Nous entrons dans chaque eucharistie, tels que
nous sommes, et nous déposons symboliquement notre vie devant le Seigneur,
d’abord au cours du temps pénitentiel, puis lors de l’offertoire. Déposer nos vies
devant le Seigneur : c’est-à-dire rendre grâce pour ce que nous avons reçu, y
compris de notre travail, et aussi déposer nos désespérances, que seul le Christ
peut guérir. Et puis, à la fin de chaque Eucharistie, le Christ qui s’est rendu
présent par sa Parole, et dans le pain et le vin consacrés, le Christ nous envoie
dans le monde.
Il nous envoie dans le monde non pas pour que le dominions, à la manière
d’un roi ou d’un grand prêtre, mais pour que nous reprenions à notre compte
cette figure du « serviteur », à laquelle il a donné tout son sens, et qu’il a
incarnée au cours de sa vie terrestre.
Frères et sœurs, nous allons partager tout à l’heure le corps du Christ. Ce
pain partagé, ce corps qui nous est donné, c’est le pain de l’espérance et de la
liberté, pour chacune de nos vies. Mais partager ce pain, recevoir cette hostie,

c’est également accepter une responsabilité, celle d’incarner au cœur du monde
et au nom du Christ cette figure du serviteur que lui-même nous a léguée.
Rendons grâce au Seigneur qui nous accueille dans cette Eucharistie, et
qui, malgré nos faiblesses, nous confie la mission de témoigner de Lui. Amen.