Homélie 5ème dimanche de carême — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 5ème dimanche de carême

5 ème Dimanche de Carême 2026 / FZ 05 SO 26

Olivier Artus

Au début de cette Eucharistie, nous avons célébré une première étape de
Baptême, et le front de Monsieur Franck Dapoigny a été marqué de la Croix. La
Croix, résumé de la souffrance et de l’espérance humaines. La Croix, où Jésus
semble définitivement vaincu par le mal, mais face à laquelle nous, Chrétiens,
nous sommes habités par la foi en la résurrection.
C’est précisément des enjeux de notre foi en la résurrection, que nous parlent les
lectures de ce cinquième dimanche de Carême, et cela dans toutes les
dimensions de notre existence.
L’Évangile tout d’abord : c’est un Évangile que les membres des équipes qui
participent à l’accompagnement des personnes en deuil connaissent bien, car ce
texte de Jean est proposé pour la célébration de la liturgie des funérailles
chrétiennes.
Ce qui frappe dans cet Évangile, dans chacun de ses détails, c’est la profonde
humanité de Jésus. Jésus pleure. Il pleure un ami défunt. Et il n’esquive pas ce
moment de la douleur de la séparation — une douleur qui ressemble à la douleur
de la croix. Mais en même temps, en ramenant Lazare à la vie, Jésus nous
enseigne ce qu’il en est de la résurrection. Ce retour à la vie de Lazare est une
annonce, une anticipation de la future résurrection du Christ.
En rendant la vie à Lazare, Jésus manifeste que les liens d’amitié, les relations
gratuites et vraies qui s’étaient noués entre Lui et Lazare, ces relations sont plus
fortes que la mort. Nous sommes ici au cœur de notre foi chrétienne. Ce qui,
dans notre vie, est de l’ordre du péché, du mal, du mal subi comme du mal que
nous commettons, tout cela n’a aucun avenir. Et il nous faut, jour après jour,
débusquer nos complicités avec le mal, car elles existent, oui débusquer nos
complicités avec le mal, et réaliser que de tels choix de vie sont sans avenir.
En revanche, ce qui, dans notre vie, est de l’ordre de l’amitié, de l’amour sincère
et vrai, de la compassion authentique, cela est promis à la résurrection et à la vie
éternelle.
Le Psaume 84 résume en quatre mots ces aspects de notre vie promis à la
résurrection : Amour et vérité, Justice et Paix.

Mais il y a davantage. Cet Évangile nous instruit de la relation que Jésus lui-
même souhaite établir avec chacune et chacun d’entre nous. De la même
manière que Jésus, vrai homme, entre en vraie relation avec ceux qui
l’entourent, de la même manière qu’il noue un lien affectif avec Marthe et
Marie, et avec leur frère Lazare, de la même manière, Jésus vrai homme et vrai
Dieu, cherche à nouer avec chacune et chacun d’entre nous une relation vivante
et vraie. L’Évangile que nous venons de lire a une valeur universelle, et il nous
instruit du type de relation que le Christ cherche sans relâche à établir avec nous.
Croire en la résurrection, c’est croire que ce que nous avons construit de l’ordre
de l’amour, de la vérité, de la justice et de la paix, c’est croire que cela ne meurt
pas, mais c’est également croire que la relation personnelle que nous avons
nouée avec le Christ tout au long de notre vie de foi, c’est croire que cette
relation-là est promise à l’éternité.
Nous avons jusqu’ici parlé de la résurrection en envisageant la perspective de la
vie éternelle, mais nous savons bien que c’est aujourd’hui, dans le monde
présent, c’est aujourd’hui que nous sommes invités à effectuer le choix de la foi.
Car c’est un vrai choix, comme nous le rappelle la lettre de Paul aux Romains.
Un choix qui se présente à nous dans notre vie quotidienne, où pour reprendre
les mots de Paul, deux logiques s’affrontent, la logique de l’Esprit, et la logique
de la chair. Comment comprendre ces expressions, utilisées par Paul.
La logique de la chair, c’est la logique des passions humaines. Le lecteur de la
bible découvre que ces passions sont à l’œuvre dès les origines de l’humanité.
Les récits qui ouvrent le livre de la Genèse nous disent quel est l’enjeu de toute
vie humaine, quels sont les choix auxquels toute vie est confrontée : l’humanité
est invitée à la confiance en Dieu, Dieu qui l’invite à refuser la logique de la
violence, et la logique de la possession, la logique de l’appropriation sans limite
des biens. Posséder tous les fruits du jardin d’Eden, sans exception, ce sera
pourtant le choix des premiers êtres humains. Tuer par Jalousie, ce sera pourtant
le choix de Caïn qui tue son frère Abel.
Paul constate, dans la lettre aux Romains, que l’être humain est toujours soumis
à ces passions : l’emprise de la chair, pour reprendre son expression, l’emprise
de la chair, c’est-à-dire l’emprise de la violence, l’emprise du désir de
possession. Et nous voyons bien que la situation internationale que nous vivons
ces dernières semaines est l’illustration par excellence des conséquences de cette
« emprise de la chair ».

À cette emprise, Paul oppose une vie selon l’Esprit. L’Esprit, c’est l’Esprit que
nous avons reçu à notre baptême et à notre confirmation, c’est l’Esprit qui donne
la sagesse et la force du discernement. Discerner ce qui, dans notre vie, est
conforme à l’esprit du Christ, et aussi ce qui tend à s’en éloigner.
Amour, Vérité, Justice et Paix, ce sont les quatre mots que nous retenions tout à
l’heure, en évoquant le Psaume 84, et ce sont peut-être les quatre mots que nous
pourrions adopter comme critères de discernement, particulièrement en ce temps
de Carême, où il nous est proposé ce célébrer le sacrement de pénitence et de
réconciliation.
Mais parfois, malgré nos efforts, le mal semble l’emporter. Pas uniquement dans
notre vie. Cela peut arriver et il nous appartient alors de redresser les choses.
Mais également, plus largement, dans la vie de notre société et dans la vie du
monde. La situation internationale que nous vivons depuis quelques semaines
peut nous donner l’impression d’un déchainement des forces du mal : de la
violence sous toutes ses formes, du mépris de la vie humaine.
C’était déjà le constat du prophète Ézékiel, dans la première lecture que nous
avons entendue. Le royaume de Juda avait été détruit par les Babyloniens, ses
habitants avaient été emmenés en exil, et pourtant, dans ces circonstances, le
prophète exprime son espérance en Dieu. Dieu n’abandonnera pas son peuple,
Dieu n’abandonnera pas ceux qui se reposent en lui. Ce que promet Dieu à Israël
c’est le don de l’Esprit. Cet Esprit qui permet, en toutes circonstances, de ne pas
perdre espérance, et de trouver les chemins d’une vie caractérisée par l’amour,
par la vérité, par la justice et par la paix.
Que ce Carême nous permette d’approfondir notre relation avec Dieu, de mieux
réaliser le don de l’Esprit qu’il nous a transmis. Que notre espérance nous
permette de nous engager résolument à la suite du Christ, et de mettre en œuvre,
comme Lui, charité, justice et paix. Mettre en œuvre charité, justice et paix, et
croire que ce choix de vie, malgré ses difficultés, malgré ses aspérités, est le
véritable chemin du bonheur. Amen.