Homélie 5ème dimanche de Pâques — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 5ème dimanche de Pâques

5 ème Dimanche de Pâques 2026 / OZ 05 SO 26

Olivier Artus

Les disciples sont bouleversés. Les temps sont troublés. Jésus est mis en
cause par les Pharisiens, et par les autorités du Temple de Jérusalem. Et si l’on
élargit notre regard sur la situation politique de l’époque où vit Jésus, la Judée et
la Samarie sont aux mains des Hérodiens et des Romains. À vue humaine, il n’y
a donc aucun espoir politique ni aucune espérance religieuse.
La réponse de Jésus au trouble des disciples tient en une phrase : « Je suis
le chemin, la vérité et la vie ». Je suis le chemin. Autrement dit, le préalable à
tout autre décision, à tout choix de vie concret, le préalable est l’établissement
d’une relation personnelle de chacun des disciples avec Jésus.
Je suis la vérité. En Jésus, Dieu le Père se révèle définitivement. Il n’y a
pas d’autre révélation à attendre. La révélation est achevée, elle est accomplie.
Jésus invite ses disciples à reconnaître en lui la vérité révélée.
Je suis la vie. Jésus anticipe ici ce qui sera son destin : la Passion et la
Croix. Et il se remet au Père, confiant dans le fait qu’il sera relevé, ouvrant ainsi
la voie à ses disciples pour une vie définitive dans le Royaume de Dieu.
Ces propos que Jésus adresse à Thomas, à Philippe et aux autres Apôtres,
ces propos s’adressent bien sûr également à nous. Nous, qui avons reçu le
baptême, ou qui nous préparons à le recevoir. Par le baptême, nous sommes unis
à la personne et à la destinée du Christ, et nous le reconnaissons comme le
chemin, la vérité et la vie.
Mais la première lettre de Pierre nous met en garde : ce choix de vie — la
suite du Christ — ce choix de vie est un choix qui peut nous mettre en
contradiction avec les valeurs du monde. « Le Seigneur Jésus est la pierre
vivante rejetée par les hommes » écrit l’auteur de la lettre de Pierre. Autrement
dit, les choix de vie posés par Jésus sont loin d’avoir entraîné l’adhésion de tous.
Jésus n’a pas épousé les valeurs dominantes de la société de son époque. Il s’est
détourné des Docteurs de la Loi, qui se présentaient comme les seuls interprètes
légitimes des traditions d’Israël. Il s’est tenu à distance des Hérodiens, qui
détenaient l’argent et le pouvoir.

Et il s’est rapproché de toutes celles et tous ceux que la société de
l’époque tenait soigneusement à l’écart, parce qu’ils étaient porteurs de maladies
supposées les rendre impurs, parce qu’ils étaient étrangers, ou encore parce
qu’ils étaient réputés pécheurs ou pécheresses.
La vérité incarnée par Jésus ne se confond pas avec les courants
majoritaires de la culture de son temps. Bien plus, par ses paroles et par son
action, Jésus établit une distance entre les valeurs majoritaires de la société
juive de son époque, et le groupe de disciples qui se constitue autour de lui.
C’est un choix dangereux. Un choix qui créera oppositions, jalousies. Puis
dénonciation, arrestation, procès truqué, et condamnation à mort.
Et nous Chrétiens du XXI e siècle ? « Vous aussi, comme pierres vivantes,
entrez dans la construction de la demeure spirituelle ». C’est ce qu’écrit l’auteur
de la lettre de Pierre. Nous sommes les pierres vivantes et nous constituons
l’Église, comme le Christ, pierre rejetée par les bâtisseurs, en est devenue pierre
angulaire.
Pierre rejetée. En suivant le Christ, nous courons les mêmes risques que
lui : le risque de nous trouver confrontés aux mêmes contradictions, aux mêmes
oppositions. Et nous en avons sans doute davantage conscience dans le climat de
ce début de XXI e siècle. Des valeurs qui faisaient une certaine unanimité dans
nos sociétés, et qui étaient d’inspiration chrétienne, ces valeurs sont aujourd’hui
contestées, moquées, rejetées. La loi du chacun pour soi, ou l’illusion de
l’autonomie absolue de l’être humain viennent se substituer à l’idée du bien
commun. Par ailleurs, la loi du plus fort semble prévaloir sur les initiatives de
paix, sur le souci de plus faibles, et sur toute tentative de promotion de la justice.
Dans ce contexte, nous pouvons éprouver le même trouble que les
premiers disciples : ils sont bouleversés, ou, pour traduire littéralement le texte
grec « leur cœur est agité ». Si tel est le cas, mettons-nous à l’écoute de la
réponse que Jésus donne à ses disciples : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».
C’est une invitation qui nous est faite d’approfondir notre relation avec le Christ,
seule vraie boussole de notre existence.
Cette relation avec le Christ, nous ne la vivons pas seuls. Nous la vivons
dans une Église, dans une communauté chrétienne. Une Église vivante, qui,
d’époque en époque, essaye de s’adapter aux besoins des Chrétiens. C’est
exactement le sens du récit des Actes des Apôtres, que nous venons d’entendre.
Les chrétiens de langue grecque se trouvent délaissés par les responsables de la

communauté, et ils demandent davantage d’attention. Cela conduit à l’institution
de sept nouveaux ministres chargés du service de ces chrétiens de langue
grecque. Il y a là une vraie souplesse de la première communauté chrétienne, qui
sait adapter son organisation aux circonstances et aux urgences.
Les lectures de ce dimanche nous invitent donc à deux niveaux différents
de réflexion : l’Évangile nous parle du cœur de la foi. Quoi qu’il en soit des
circonstances, le fondement de la communauté chrétienne, c’est le Christ, et le
fondement de la vie de tout Chrétien, c’est une relation personnelle avec le
Christ. Et la mission de toute communauté chrétienne est de rendre possible la
relation de ses membres avec Jésus-Christ, elle est de rendre possible cette
relation par l’écoute et l’interprétation de la Parole de Dieu, et par la célébration
des sacrements.
La question de l’organisation concrète de la communauté chrétienne se
situe sur un tout autre plan. Il s’agit ici de réfléchir à la meilleure organisation
possible pour que la communauté chrétienne honore sa mission et réponde aux
défis de notre temps. Pour ce faire, toute communauté chrétienne doit faire
preuve de la même adaptabilité et de la même souplesse que celles dont firent
preuve les premiers chrétiens, dont nous parlent les actes des Apôtres..
Mais quoi qu’il en soit des conditions pratiques de la vie de notre
communauté, ne perdons pas de vue l’essentiel. Ne perdons pas de vue le
Christ : il est le chemin, la vérité et la vie. Amen.