Homélie 2ème dimanche de carème — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 2ème dimanche de carème

2 ème Dimanche de Carême 2026 / FZ 02 SO 26

Olivier Artus

Quitte ton pays ! Mets-toi en mouvement. C’est l’invitation faite par Dieu à
Abraham. Et Abraham écoute la voix de Dieu et se conforme à ses Paroles. Il se
met en route depuis la Mésopotamie, jusqu’au pays où Dieu le fait désormais
résider, le pays promis qu’il parcourt du Nord au Sud, de Sichem à Hébron.
En se rendant disponible à la Parole de Dieu, Abraham découvre
progressivement qui est vraiment Dieu. Un Dieu fidèle qui l’accompagne tout au
long de sa route. Un Dieu qui fait alliance avec lui. Une alliance qui fait
d’Abraham le père d’une myriade de nations. Qui en fait l’un de nos pères dans
la foi.
Se mettre en route : c’est aussi le point de départ l’Évangile de la
Transfiguration, que nous venons d’entendre. À l’invitation de Jésus, Pierre,
Jacques et Jean se mettent en route pour aller sur la montagne et pour rencontrer
Dieu. Une rencontre plénière. Ils bénéficient de la révélation du nom de Jésus-
Christ.
Reprenons ce récit, dont chaque détail compte : Jésus prend avec lui Pierre,
Jacques et Jean. Il les met en mouvement, comme jadis Dieu avait mis en
mouvement Abraham. Et il les emmène sur une montagne. La tradition
chrétienne a identifié le mont Tabor, situé entre Nazareth et Tibériade, comme
étant cette montagne, mais cette montagne rappelle également une autre
montagne, le Mont Sinaï, où Dieu s’est révélé à Israël.
Jésus est transfiguré. Il devient brillant, comme jadis Moïse, lorsqu’il
redescendait du Mont-Sinaï. Et surtout son identité est dévoilée. « Celui-ci est
mon Fils bien aimé ». Jésus est le Fils de Dieu. Jésus, qui est vraiment homme,
possède également une nature divine. Oui, l’incarnation de Jésus est le sommet
de la révélation que Dieu fait aux hommes.
La présence de Moïse et d’Élie symbolise l’ensemble des Écritures d’Israël.
Moïse, dont le nom est associé à la Torah, à la Loi d’Israël, Élie qui est le
prophète par excellence.
« Écoutez-le », s’exclame la voix divine. Autrement dit, la Loi et les Prophètes
ne suffisent plus. Ce sont les paroles de Jésus qui font désormais autorité.

Comme nous l’avons lu récemment dans l’Évangile de Matthieu, les paroles de
Jésus n’annulent pas la Loi ni les Prophètes, mais elles les accomplissent.
Si nous résumons, Pierre, Jacques et Jean bénéficient, en la personne de Jésus,
de la révélation plénière de Dieu lui-même. Dieu qui, en Jésus-Christ, est venu
rejoindre l’humanité, qui est venu nous rejoindre, et se manifester pleinement et
définitivement à nous.
Mais alors, pourquoi cette directive de silence à la fin de l’Évangile ? : « Ne
parlez de cette vision à personne ! ». Les disciples de Jésus ont eu connaissance
de sa gloire. Mais ils n’ont pas encore vu ni compris de quelle nature est cette
gloire.
Pour comprendre qui est Jésus, et quelle est sa gloire, il faut l’accompagner
jusqu’à sa Passion. Jusqu’à la Croix, puis jusqu’au matin de la résurrection. La
Gloire de Jésus, c’est de donner sa vie, par amour, pour ses disciples, pour
l’humanité tout entière, pour nous tous. Et cette vie est donnée au terme d’un
combat, d’un combat inévitable. D’un combat qui, si nous lisons la Bible, est
commencé dès les origines, dès la création de l’humanité. C’est le combat contre
le mal et contre le péché. Et nul d’entre nous ne peut s’y soustraire.
C’est l’une des fonctions du temps du carême, de nous rappeler que nous
sommes engagés dans ce combat : un combat, un travail de conversion, pour ne
pas céder à la facilité du péché. Oui Jésus est transfiguré, il se révèle tel qu’il
est, selon sa véritable nature de Fils de Dieu, à Pierre, Jacques et Jean, mais cette
révélation ne sera complète qu’au pied de la Croix, puis au matin de la
résurrection.
Transfiguration, Passion, résurrection, c’est le chemin spirituel que nous fait
parcourir le temps du Carême, un chemin spirituel qui est indissociable de notre
mission de Chrétiens, comme nous le rappelle la lecture de la deuxième lettre à
Timothée : « Prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile ». Et
un peu plus loin, « Le Christ Jésus s’est manifesté, il a détruit la mort, il a fait
resplendir la vie et l’immortalité ». Transfiguration, Passion, Résurrection. Ce
sont les étapes soulignées par la lettre à Timothée, et ce sont aussi les étapes de
toute vie de foi, des étapes qui rythment toute existence croyante.
La transfiguration : nous avons, nous aussi, rencontré le Christ, ou bien, nous
pressentons que cette rencontre est possible. C’est la raison pour laquelle nous
nous trouvons ce matin dans cette Église. Cette rencontre du Christ peut prendre
bien des formes. La lecture de la bible, la lecture d’un Évangile qui nous

touche ; la contemplation du saint Sacrement — Jésus s’y donne à nous sans
limites ; ou encore la rencontre de Chrétiens dont l’exemple nous touche, la
rencontre de personnes en difficulté, dans lesquelles nous reconnaissons l’image
du Christ. Oui, par tous ces chemins, de toutes ces manières, le Christ vient à
notre rencontre, comme il le fit pour Pierre, Jacques et Jean. Et nous le
reconnaissons, nous reconnaissons le Christ comme une véritable personne, une
personne qui entre en conversation avec nous. Et cette rencontre, si c’est une
vraie rencontre, nous met en chemin, comme jadis la rencontre de Dieu mit en
route Abraham.
Ce chemin n’est pas un chemin facile, car c’est un chemin de vérité. Un chemin
qui nous conduit à regarder notre vie telle qu’elle est : barrée par le péché. Nous
sommes invités à nous convertir. Et puis, si nous nous reconnaissons comme des
disciples du Christ, nous devons, nous aussi, prendre notre part des souffrances
liées à l’annonce de l’Évangile, pour reprendre les mots de la lettre à Timothée.
Ce constat — les souffrances liées à l’annonce de l’Évangile — apparaît
particulièrement d’actualité, même en France où l’annonce de l’Évangile, dans
un pays largement sécularisé, peut se heurter, parfois à de l’hostilité, plus
souvent à de l’indifférence.
Au-delà de nos frontières, pensons aux Chrétiens qui veillent dans des pays où
toute évangélisation est interdite. Je pense ici au Cardinal Vesco, qui va bientôt
accueillir le pape Léon XIV en Algérie, et qui, dans une bel entretien qu’il a
accordé récemment, parle du témoignage silencieux des Chrétiens. Être là, en
silence, comme le veut la loi du pays concerné, mais vivre selon les valeurs de
l’Évangile, des valeurs qui ne peuvent pas passer inaperçues. Ce choix de vie ne
peut demeurer sans effet.
Parfois enfin, c’est l’Église elle-même qui nous fait souffrir, nous nous y
engageons avec enthousiasme, mais elle n’est pas toujours au rendez-vous de
nos attentes : ayons toujours à l’esprit que la mission de l’Église n’est jamais
l’œuvre d’acteurs humains, des acteurs qui sont toujours limités, parfois divisés
par des rivalités, perdant alors de vue l’essentiel. La mission de l’Église est
l’œuvre de l’Esprit qui lui est envoyé, l’Esprit-Saint qui assume nos limites et
qui les transcende.
Transfiguration, Passion, Résurrection. Pour l’énoncer autrement : Rencontre du
Christ, conversion, ouverture à une espérance nouvelle. Que ce soit, pour nous
aussi, le chemin de ce carême. Amen.