Homélie Pentecôte — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie Pentecôte

Pentecôte / Pfingsten 2025
Olivier Artus

En célébrant la Pentecôte, nous faisons chaque année mémoire du don de
l’Esprit ; L’Esprit répandu sur les Apôtres et sur l’Église. Les premières
communautés chrétiennes ont mis des siècles pour parvenir à une définition
théologique de l’Esprit-Saint. Il faut attendre le 6 ème siècle de notre ère et le
Concile de Tolède pour que la formule que nous utilisons encore aujourd’hui :
« Je Crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie. Il procède du
Père et du Fils », pour que cette formule soit définitivement reçue dans l’Église
d’Occident et qu’elle soit retenue. La formule avait été utilisée au Concile de
Nicée, mais laissée de côté dans le premier symbole de Nicée-Constantinople,
en 381.
Mais, quoi qu’il en soit de cette lente maturation de la réflexion doctrinale des
Églises, et de cette lente élaboration de la Tradition chrétienne, les textes du
Nouveau Testament que nous venons d’entendre, des textes qui datent des
origines de l’Église, ces textes nous balisent déjà l’itinéraire d’une juste
compréhension du don de l’Esprit-Saint.
L’Esprit-Saint, le Défenseur, le Paraclet, comme le nomme l’Évangile de Jean,
l’Esprit-Saint nous rend capables d’aimer Jésus. C’est l’affirmation du chapitre
14 de l’Évangile de Jean. Aimer Jésus : il d’agit donc de nouer une relation
personnelle avec Lui. De prendre les moyens de le connaître et d’entretenir une
vraie proximité avec lui. Connaître le Christ passe par une attention particulière
à sa Parole. C’est ce que nous dit avec insistance l’Évangile de Jean : « Si
quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ». Autrement dit, entrer en relation avec
le Christ suppose que nous acceptions de le laisser parler le premier.
Laisser parler le Christ pour éviter de le réduire à une simple idée, à une idée
abstraite. Alors le Christianisme risquerait de devenir une simple idéologie,
voire un simple message politique.
Oui, nous sommes invités à entrer vraiment en relation avec le Christ, à entrer
dans une relation gratuite avec lui. Une relation d’amour, comme l’exprime
l’Évangile de Jean, une relation d’amour dont la finalité est de faire grandir en
nous l’espérance et le bonheur.

Entrer dans une telle relation avec le Christ suppose notre décision. Une
décision libre et personnelle. Mais si nous prenons cette décision, l’Esprit de
Dieu vient nous rejoindre et habiter en nous, comme l’exprime Saint-Paul, dans
la lettre aux Romains. Oui, l’Esprit de Dieu habite en nous et nous fait entrer
dans l’intelligence de la vie du Christ.
Entrer dans l’intelligence de la vie du Christ, c’est comprendre que cette vie a
été un combat. Un combat inévitable contre le mal. Jésus, qui a choisi de porter
un regard d’amour et de miséricorde sur toutes les personnes qu’il rencontre sur
son chemin, Jésus trouve face à lui tous ceux qui refusent ce choix de l’amour et
de la miséricorde.
Ils refusent l’amour et la miséricorde pour des raisons politiques, c’est le cas
d’Hérode ou de Pilate. Ou bien, ils les refusent par intérêt, c’est le cas de Judas.
Mais ce refus a des conséquences mortelles. Jésus devient leur ennemi. Il est
condamné à mort, mis en Croix et exécuté.
Le troisième jour il est relevé, ressuscité par le Père, et nous comprenons alors
que le combat qu’il a mené était nécessaire, nécessaire pour manifester que,
contre toute évidence, l’amour a le dernier mot et triomphe du mal et de la mort.
Cependant, nous voici prévenus. Tous ceux qui acceptent de devenir disciples du
Christ, tous ceux qui acceptent d’aimer Jésus, doivent quitter toute naïveté.
Aimer Jésus, c’est avoir la lucidité de mener, comme lui, un combat contre le
mal, un combat qui peut être douloureux, mais dont nous savons que nous
sortirons vainqueurs, car en Jésus-Christ, pour reprendre la formule de Paul,
nous devenons des « enfants et des héritiers de Dieu », en Jésus-Christ, nous
avons dès aujourd’hui part à la résurrection.
Le combat contre le mal n’est pas quelque chose d’abstrait. Et nous savons bien
qu’il nous faut le mener à l’intérieur de nous-mêmes, comme à l’extérieur.
Mener ce combat à l’intérieur. C’est-à-dire combattre en nous-même tout ce qui
n’est pas de l’ordre de l’amour, tout ce qui s’oppose à la logique de l’amour :
tout ce qui est de l’ordre de l’intérêt personnel, de l’ambition personnelle, ou du
simple égoïsme.
Mener le combat contre le mal à l’intérieur de nous-même. Le mener également,
à la mesure de nos moyens, dans le monde où nous vivons. Les expressions du
mal y sont multiples mais ont souvent les mêmes motifs : l’intérêt, l’ambition,
l’égoïsme, le refus de la différence. Dans la société tendue et violente dans

laquelle nous vivons, le risque existe de nous replier sur nous-mêmes, de
chercher une zone de confort où nous pourrions vivre à l’abri. Croire en l’Esprit-
Saint, c’est croire que Dieu nous donne la force de nous ouvrir sur le monde tel
qu’il est , et d’y rendre compte des paroles et des actes du Christ.
L’Esprit Saint nous donne cette capacité de nous ouvrir au monde, cette capacité
d’y rendre compte de notre foi. C’est bien cela le message du livre des Actes des
apôtres, qui décrit le don de l’Esprit le jour de la Pentecôte. Les Apôtres sont
enfermés, ils n’ont pas encore pris l’initiative de témoigner de leur expérience
de la résurrection du Christ. L’Esprit leur est donné et ils sont rendus capables de
s’adresser à une foule cosmopolite, une foule rassemblée à Jérusalem pour la
fête juive des Semaines.
L’Esprit est répandu largement, sur toutes les nations rassemblées à Jérusalem,
et nous comprenons, en lisant ce texte, que l’Église, le peuple de Dieu, a une
dimension universelle. L’humanité tout entière, sans exception, est appelée à en
faire partie. Forte du don de l’Esprit, l’Église rassemble des femmes et des
hommes divers, qui sont appelés à assumer leurs différences et à les dépasser. À
s’accepter les uns les autres.
En lisant ce texte des Actes des Apôtres, nous comprenons à quel point il se
situe en contradiction avec l’évolution actuelle du monde. Un monde où l’on a
l’impression que chacun se replie sur son pré carré. Un monde où l’on a de plus
en plus de difficultés à communiquer, à accepter les différences, à accepter
l’autre. Un monde où la loi du plus fort tend à supplanter une logique de paix.
Et en constatant cela, nous comprenons combien l’Église, notre Église est
porteuse d’un message dont le monde contemporain a plus que jamais besoin.
Un message qui souligne l’unité de l’humanité, la nécessité de l’ouverture aux
autres, et l’urgence de la paix.
Cela fait précisément un mois que l’Esprit a donné à l’Église le pape Léon XIV,
et que le pape Léon XIV porte avec force ce message de paix et de
réconciliation.
Puissions-nous, nous aussi, là où nous sommes, être porteurs de ce message.
Puissions-nous être porteurs de la Bonne Nouvelle de la paix du Christ donnée
au Monde.
Viens Esprit-Saint, donne-nous l’audace et la force. Amen.