Homélie messe des fidèles défunts
Fidèles défunts 2025
Olivier Artus
Les lectures qui nous sont proposées en ce jour où nous faisons mémoire de tous
les fidèles défunts, ces lectures peuvent nous sembler contradictoires.
D’un côté le livre d’Isaïe évoque la fin des temps, et il le fait d’une manière très
positive : la fin des temps marque la victoire définitive de Dieu sur le deuil et sur
la mort. C’est un temps de consolation, particulièrement pour celles et ceux que
la vie a affligés, pour celles et ceux que la vie a humiliés. Dieu est présenté
avant tout comme le sauveur de son peuple.
Le contraste est fort avec la lettre aux Romains, que nous avons ensuite
entendue, puisque Paul y insiste sur la thématique du jugement : « Tous, nous
comparaîtrons devant le tribunal de Dieu. Chacun rendra compte à Dieu pour
soi-même ». Il nous faudrait lire plus largement la lettre aux Romains, pour
comprendre que ce jugement de Dieu, dont parle Paul, ce jugement de Dieu n’a
pour lui rien à voir avec le jugement des tribunaux humains. La règle qui
s’applique dans les tribunaux humains, c’est la règle de la rétribution. Les
atteintes à autrui sont sanctionnées, les préjudices causés à autrui sont réparés.
Telle n’est pas la logique du tribunal divin, telle que Paul nous la décrit tout au
long de la lettre aux Romains : le péché est inévitable, écrit Paul. Et à la seule
lecture de la Loi de l’ancien Israël, à la seule lecture de la Torah, nous
comprenons que notre vie se situe très à distance de ce à quoi Dieu nous appelle.
Comme l’exprime le Psaume 84, Dieu nous appelle à conjuguer Amour et
Vérité, justice et paix. Mais nous savons bien que la haine, le mensonge,
l’injustice et la guerre font partie de la vie du monde. Et en faisant ce constat,
nous prenons conscience que nous avons besoin d’être sauvés.
Précisément, dans la lettre aux Romains, Paul décrit Dieu, le Dieu de Jésus-
Christ, Paul décrit Dieu comme un Dieu sauveur, un Dieu qui sauve
gratuitement, par amour pour l’humanité.
Oui, Dieu juge, il juge chacune de nos vies, c’est-à-dire qu’il nous invite à nous
présenter devant lui en vérité, et à ne pas nous payer de mots. Mais une fois faite
cette vérité, Dieu nous fait grâce. Pour reprendre l’expression d’un théologien
français, Guy Lafon, Dieu juge à la grâce.
La deuxième question que nous posent les lectures proposées en ce jour où nous
faisons mémoire des fidèles défunts, c’est la question de la foi en la résurrection.
C’est la question que pose l’Évangile de Jean. Nous y retrouvons le personnage
de l’apôtre Thomas. Thomas qui demande des explications, des explications
rationnelles : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-
nous savoir le chemin ? ».
L’attitude de Thomas et cette question sont du même ordre que l’attitude qu’il
aura après la résurrection de Jésus, ne se contentant pas du témoignage des
autres apôtres, mais demandant des preuves concrètes de la résurrection : voir
Jésus, voir son corps blessé, voir ses plaies.
Bref, Thomas se situe exclusivement sur le plan de la raison, sur le plan du
savoir.
Et dans les deux cas, dans le dialogue que nous avons entendu aujourd’hui,
comme au chapitre 20 de l’Évangile de Jésus, Jésus cherche à faire passer
Thomas du savoir au croire.
Passer du savoir au croire, sans qu’il y ait opposition entre foi et raison. La foi et
la raison ne sont pas antagonistes, comme l’a montré la belle encyclique « Foi et
Raison » du pape Jean-Paul II. Mais la foi excède la raison, elle mobilise tout
l’être, et pas simplement ses capacités de sagesse, ou de réflexion. La foi est un
engagement de la personne tout entière, dans une relation nouvelle qu’elle
établit avec Jésus-Christ lui-même.
Alors nous comprenons la réponse de Jésus à Thomas : « Moi, je suis le chemin,
la vérité, et la vie » :
- Le chemin : la manière même dont vit Jésus, en ouvrant son cœur aux
plus pauvres, à tous ceux qu’il rencontre sur sa route, la manière dont vit
Jésus est la seule voie susceptible de conduire au bonheur ;
- La vérité : Jésus fait le choix et de la gratuité. Il le fait absolument, sans
rien recevoir en retour. Et en faisant ce choix de vie, il nous dit la vérité
même de toute existence humaine. L’existence humaine ne trouve sa
plénitude que lorsqu’elle s’ouvre à l’amour authentique qui est gratuité
- La vie : par sa mort et sa résurrection, Jésus témoigne que la mort n’aura
pas le dernier mot, dans la vie de l’humanité, ni dans chacune de nos
existences. La mort, et le péché qui lui est si intimement lié, ne seront pas
vainqueurs.
En ce jour où nous faisons mémoire des fidèles défunts de la paroisse Saint
François du Vézelien, et au-delà, de tous les défunts qui nous sont chers, il est
bon de nous rappeler ce message fort de Jésus, ce message d’espérance, cette
invitation à la foi, c’est-à-dire au dépassement des hésitations de notre raison.
Oui, nous sommes invités à la fidélité. À la fidélité à toutes les relations
gratuites que nous avons nouées au cours de notre existence, relations avec les
vivants comme avec les personnes aujourd’hui disparues, fidélité dans ces
relations humaines, car si elles sont vraiment gratuites, elles ne peuvent mourir.
Fidélité dans notre relation avec le Christ, mort et resuscité pour nous, et qui
nous invite, comme il a invité Thomas, qui nous invite à ne pas douter, à ne pas
avoir peur. Amen.
Thomas passer du savoir au croire
Foi et raison ne sont pas antagonistes. Le croire mobilise tout l’être et dépasse la
raison