Homélie du 23ème dimanche ordinaire — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie du 23ème dimanche ordinaire

23 ème Dimanche Ordinaire 2025 / JK 23 SO 25

Olivier Artus

Il peut être tentant de parler de Dieu comme si nous étions à sa place, comme si
nous le maîtrisions, il peut être tentant de se réclamer de Dieu pour justifier des
projets humains, des projets religieux, et aussi des projets politiques. En France,
la séparation de l’Église et de l’État a, d’une certaine manière, exclu la question
de Dieu de la sphère politique, mais nous savons bien, qu’outre Atlantique, par
exemple, Dieu est présent dans le discours politique, Dieu est souvent la
justification même du discours politique.
Le livre de la Sagesse nous invite à considérer Dieu comme un Autre, comme
une personne autre, que nous ne saurions ni posséder, ni maîtriser. Dieu, une
personne à laquelle l’auteur du livre de la Sagesse s’adresse : « Qui aurait connu
ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse, et envoyé d’en haut ton Esprit
Saint ». Ainsi, pour l’auteur du livre de la Sagesse, Dieu se révèle, Dieu a le
projet de se faire connaître de l’humanité. De fait, il s’est fait connaître d’Israël
tout d’abord, puis, en Jésus-Christ, de l’Univers tout entier.
En lisant cet extrait du livre de la Sagesse, nous comprenons que le projet de
Dieu est singulier, qu’il est original, et qu’il nous faut, pour ainsi dire, laisser
Dieu être Dieu. La tentation constante des croyants, de génération en génération,
la tentation des croyants pourrait être de « rapatrier Dieu dans leur monde ».
Essayer d’avoir la main sur Dieu, ce qui entraîne, peu à peu, l’effacement de la
différence entre ce qui est humain, et ce qui est divin. Le livre de la Sagesse se
présente finalement comme une invitation faite aux croyants. Une invitation à se
mettre en attitude d’écoute, une invitation à faire silence, puis à laisser parler
Dieu, dans les conditions qu’il a choisies lui-même pour le faire.
Dieu parle, c’est l’affirmation constante de la Bible, de l’Écriture Sainte. Il y a
une formule très ramassée au début de la lettre aux Hébreux — nous ne la lisons
pas ce dimanche, mais nous pouvons rappeler cette formule — une formule très
ramassée qui dit bien le projet de Dieu. Je la cite : « Après avoir, à bien des
reprises, et de bien des manières, parlé autrefois à nos pères par les prophètes,
Dieu, dans les temps derniers où nous sommes, nous a parlé à nous en un Fils
qu’il a établi héritier de tout ». Ainsi, la sommet du discours de Dieu à
l’intention de l’humanité, le sommet du discours de Dieu, c’est Jésus-Christ.
C’est l’incarnation. Dieu nous parle ultimement en Jésus-Christ, et il se fait

connaître à nous tel qu’il est en Jésus-Christ. En contemplant Jésus-Christ, en
contemplant ses actions et en écoutant ses paroles, nous comprenons, peu à peu,
ce en quoi consiste le projet de Dieu.
L’Évangile de Luc, que nous venons d’entendre, nous fait comprendre que si
nous nous mettons vraiment à l’écoute du Christ, notre vie ne peut pas rester
immobile. Notre vie ne peut connaître que de grands changements.
En effet, par son action, Jésus vient contrarier les habitudes de ses
contemporains, il vient transformer leur vision du monde. Jésus fréquente les
personnes réputées impures : les démoniaques, les lépreux, les païens. Il ne fait
pas acception de personne. Il n’est pas impressionné par les richesses, ni par le
pouvoir. Et se constitue autour de lui un groupe de disciples, des disciples qu’il
appelle et qui le suivent librement.
Le discours de Jésus dans l’Évangile peut paraître dur : « Si quelqu’un vient à
moi sans me préférer à sa mère, sa femme, ses enfants, etc… ». En réalité, c’est
un discours qui a pour fonction de réveiller l’auditeur, de faire comprendre à
l’auditeur que la suite du Christ ne peut pas être une suite immobile.
Et nous comprenons bien, en regardant les différents types de vies chrétiennes
qui existent aujourd’hui, nous comprenons bien que la suite du Christ peut
prendre des formes diverses, mais qui sont toutes très engageantes, qui amènent
une transformation de l’existence : suite radicale et absolue, dans la vie
religieuse contemplative, ou bien suite radicale dans le mariage chrétien vécu
comme témoignage vivant de l’alliance du Christ et de l’humanité, ou encore
suite dans les œuvres caritatives de toutes sortes. Oui, bien des chrétiens se sont
mis en route, à cause du Christ, à cause de Jésus.
Et ce contre quoi Jésus cherche à mettre en garde, dans l’Évangile, c’est contre
une attitude qui ferait du Christianisme une simple convention sociale. Un
Christianisme de façade, qui n’entraînerait pas une profonde conversion de la
personne.
Nous savons bien que cette conversion est un combat. Si nous sommes loyaux
envers nous-mêmes et envers le Christ, nous connaissons parfaitement les lieux,
où, dans notre vie, se joue la conversion. Nous connaissons parfaitement les
lieux de résistance à cette conversion.
La lettre de Paul à Philémon nous en donne un excellent exemple : à une
époque, dans l’empire romain, à une époque où la société est divisée en hommes

libres, citoyens de Rome, et en esclaves, Paul invite Philémon à recevoir
Onésime, l’esclave, avec la même dignité que s’il était un homme libre, et cela,
au nom même de sa foi en Jésus-Christ. La foi qui efface les barrières, les
différences que les sociétés humaines ne cessent de construire : barrières des
cultures, des classes sociales, barrières des origines, etc…
En Jésus-Christ, tous reçoivent une même dignité et un même salut, c’est le
discours de Paul, et dès lors, la distinction esclave/homme libre s’efface, pour
que naisse une communauté unie par la foi.
L’exemple pris par Paul concerne la hiérarchie sociale, mais nous savons bien
que la foi en Jésus-Christ nous invite à des déplacements, à des renversements
dans l’ensemble des champs qui constituent notre existence. Pour reprendre les
termes du Psaume 84, Jésus vient nous inviter à l’amour, à la charité, le mot est
très présent dans ses discours, mais il nous invite aussi à la vérité, à la justice et
à la paix.
Jésus nous invite à la vérité : il nous invite à ne pas nous payer de mots, à ne pas
raconter l’histoire à notre manière ;
Il nous invite à la justice, à ne pas nous laisser faire prisonniers des apparences
sociales ;
Il nous invite à la paix, à ne pas nous laisser enfermer dans des conflits
interminables, qu’il s’agisse de conflits interpersonnels, ou de conflits entre
nations.
Pour ce faire, le Christ nous invite à faire le choix de l’endurance : persévérer.
Ne pas se laisser décourager au premier obstacle, au premier échec : « Quel est
celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour
calculer la dépense ».
Il en va avec le Christ, comme dans toute relation humaine. En nous y
engageant, nous savons que nous nous inscrivons dans le long terme, nous
savons que nous seront déplacés, éprouvés peut-être, mais que la rencontre nous
fera grandir et nous donnera joie et bonheur.
Seigneur, en marchant jusqu’à la Croix, tu nous a ouvert le chemin. Donne-nous
la force de devenir et de demeurer tes disciples, donne-nous la joie de te
connaître et de te suivre. Amen.