Homélie 2ème dimanche de l'Avent
2 ème Dimanche Avent 2025 / AZ 02 SO 25
Olivier Artus
Une aspiration profonde à un changement. Un désir de nouveauté, un désir de
transformation. C’est ce qu’exprime le prophète Isaïe. Isaïe invite au
discernement, au discernement pour effectuer un diagnostic juste sur la situation
présente, sur cette situation qui doit changer.
Les sujets abordés par le prophète Isaïe sont des sujets très concrets. Il parle de
justice, en invitant à agir dans le respect du droit vis-à-vis des plus pauvres, des
plus fragiles. Il parle de paix, avec une série d’images qui invitent à dépasser les
évidences : « le loup habitera avec l’agneau, la vache et l’ourse auront même
pâture, le veau et le lionceau seront nourris ensemble ». Autrement dit, les
conflits et les guerres interminables doivent être dépassés. Isaïe parle enfin de la
réalité du mal, une réalité à laquelle son auditoire est confronté.
Mais au-delà de ces constats, à qui le prophète parle-t-il vraiment. Nous
pourrions nous contenter d’une réponse historique. Le prophète annonce la
justice et la paix à Jérusalem et dans le Royaume de Juda, le Royaume de Juda
qui est soumis à la pression de ses ennemis et de ses puissants voisins au VIII e ou
au VII e siècle avant notre ère. Mais nous voyons bien que cette réponse
historique ne suffit pas, qu’elle ne nourrit pas notre foi. En réalité, le prophète
Isaïe parle à tous ses futurs lecteurs. Il parle, au nom de Dieu, à tous ses futurs
auditeurs, dont nous sommes. Le livre d’Isaïe nous parle de la réalité de notre
propre vie, et il nous invite à découvrir que c’est notre vie qui est appelée à un
changement, et à un renouvellement.
Oui, c’est notre vie qui aspire à la paix et à la justice, c’est notre vie qui est
appelée à triompher du mal. Et déjà le prophète nous avertit : ce combat est trop
difficile pour que nous le menions tout seuls. Nous avons besoin d’aide. C’est le
sens de la fin de son discours. « Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée
comme un étendard pour les peuples ». La racine de Jessé, qui est le père de
David. Pour nous Chrétiens, ce texte annonce déjà la venue du Christ. La
descendance de David, c’est-à-dire Jésus, la descendance de David sera dressée
comme un étendard, c’est-à-dire comme le signe auquel nous pouvons nous
rallier, comme le signe de notre salut.
La prédication de Jean-Baptiste se situe dans la ligne de la prédication du
prophète Isaïe. Il est lui, Jean-Baptiste, il est l’ultime prophète. Celui qui
annonce avec précision la venue du Messie, du Sauveur. Et celui qui décrit les
conditions nécessaires à l’accueil de Jésus, à l’accueil de notre Sauveur.
Dans un contexte difficile, Isaïe exprimait un espérance, une espérance
commune à ses contemporains. Jean-Baptiste décrit quant à lui les conditions
nécessaires à l’accueil de celui qui vient combler cette espérance.
La première condition pour accueillir Jésus, c’est la vérité. Savoir faire la vérité
dans notre propre vie. Le livre d’Isaïe citait des lieux bien concrets, dans
lesquels se joue notre rapport à la vérité. La question de la justice. Avons-nous le
souci concret de la justice ? La question de la justice, la question de la paix :
sommes-nous des ouvriers de paix ? Nous n’avons pas prise sur les grandes
questions internationales qui agitent le monde. Mais qu’en est-il dans notre vie
quotidienne ? Dans notre famille, au travail, avec nos proches. Savons-nous
promouvoir la paix, c’est-à-dire avoir un regard qui respecte l’autre dans sa
liberté et dans sa dignité.
Promouvoir la justice et la paix, et combattre le mal. Il ne s’agit pas ici de
combattre le mal chez les autres, mais dans notre propre vie. Avoir la lucidité de
discerner les lieux de notre péché, et avoir le courage de le combattre.
C’est à cette vérité qu’invite Jean-Baptiste. Elle est la condition préalable à une
rencontre authentique du Christ. « Préparez le chemins du Seigneur. Rendez-
droits ses sentiers s’exclame Jean-Baptiste, en citant le prophète Isaïe ». Pour
Jean-Baptiste, cette préparation débute par un temps de vérité, qui est le
préalable de la conversion.
D’où sa colère contre les pharisiens et les sadducéens. Les Pharisiens sont des
experts de la Loi juive, de la Torah, et les Sadducéens représentent les vieilles
familles de Jérusalem, d’où sont issus les grands-prêtres. Les membres de ces
groupes ont parfois le sentiment d’être arrivés. D’être les experts de la religion.
Ils viennent voir Jean-Baptiste, et demandent à recevoir le rite du baptême, mais
sans s’engager dans la démarche de conversion qui l’accompagne.
Tout se passe comme si, sur le plan de la foi et de la religion, tout se passe
comme si les Pharisiens et les Sadducéens avaient le sentiment de ne plus rien
avoir à apprendre.
Il peut nous arriver d’être un peu pharisiens, au sens de l’Évangile. Lorsque
nous perdons le sens de l’urgence de notre propre conversion.
La vie quotidienne, rythmée par de multiples activités peut nous conduire à
demeurer à la superficie des choses. Nous ne prenons plus le temps, nous ne
faisons plus l’effort d’identifier les situations ou les relations dans lesquelles un
changement s’impose. Un changement, un renouvellement, une conversion de
notre regard, et de notre comportement.
Le temps de l’Avent nous est donné chaque année pour que nous prenions le
temps qui nous est nécessaire pour regarder notre vie en vérité, sans
complaisance, mais sans sévérité excessive non plus. Faire simplement la vérité,
et prendre conscience que le Seigneur est proche. « Convertissez-vous car le
Royaume des Cieux est tout proche, s’exclame Jean-Baptiste ».
En Jésus-Christ, qui est venu rejoindre notre condition humaine, nous
découvrons que Dieu n’est pas un Dieu lointain, ni un Dieu indifférent. Dieu est
proche, il partage notre humanité, et il chemine à nos côtés. Il chemine à nos
côtés et il propose à tous ce chemin de vérité et de conversion annoncé par Jean-
Baptiste.
En venant à nous, Jésus veut rassembler un peuple, une communauté, unie par la
même espérance et par une même proximité avec Lui. C’est ce qu’exprime
Saint-Paul dans la lettre aux Romains : « Que Dieu vous donne d’être d’accord
les uns avec les autres, selon le Christ Jésus. Accueillez-vous donc les uns les
autres, comme le Christ vous a accueillis ». La foi en Jésus-Christ n’est pas
seulement une aventure individuelle. Elle nous conduit à nous ouvrir à tous ceux
qui nous entourent, à les considérer comme nos égaux, aimés du Christ, comme
nous le sommes.
C’est cet amour du Christ, cet amour du Christ pour nous, cet amour auquel
nous invite le Christ les uns vis-à-vis des autres, que nous allons maintenant
célébrer dans l’Eucharistie. Amen.