Homélie 7ème dimanche de Pâques — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 7ème dimanche de Pâques

7 ème Dimanche de Pâques 2026 / OZ 06 SO 26

Olivier Artus

Dans le prolongement de la célébration de l’Ascension du Seigneur, les
lectures de ce 7 ème dimanche de Pâques nous invitent à réfléchir sur la condition
des Apôtres et de Marie, en l’absence du Jésus, une condition qui est en réalité
très proche de la condition de tout chrétien.
Ces lectures mettent tout d’abord l’accent sur l’absence du Seigneur :
- L’Évangile de Jean, dans lequel Jésus proclame, en parlant de ses
disciples : « Je ne suis plus dans le monde, eux ils sont dans le monde ».
- Les Actes des Apôtres, qui nous décrivent Marie et les Apôtres reclus
dans la chambre haute, après le départ du Christ.
Oui, les lectures de ce Dimanche envisagent avec réalisme la condition des
Chrétiens. Elles la décrivent comme une condition difficile, et elles nous invitent
à nous approprier les différentes dimensions de cette condition, évoquées par les
textes que nous venons d’entendre :
- Il y a tout d’abord l’Absence du Christ. C’est le fait le plus palpable dans
le récit des Actes des Apôtres. Au terme de son ministère public, après sa
Passion, et après la Bonne Nouvelle de la résurrection, Jésus inaugure des
temps nouveaux en rejoignant le Père. Le Christ a définitivement laissé sa
trace dans l’histoire de l’humanité, mais ses disciples doivent désormais
faire face à son absence.
Une absence qui, sur le plan physique, est indéniable, qui sur le plan
rationnel, est indéniable. Une absence qui invite ses disciples à passer à
une autre dimension, à une nouvelle dimension de leur relation avec le
Christ.
- C’est cette dimension qui apparaît dans le récit des Actes des Apôtres. Les
Apôtres ne restent pas isolés. Ils se regroupent. Ils font communauté. Et
cette communauté naissante tisse un lien spirituel avec le Christ. C’est le
lien de la prière. Une prière assidue, selon le récit des Actes.
Ainsi, le lien des Apôtres avec Jésus, ce lien qui était physique, devient un
lien spirituel. Cette relation spirituelle avec le Christ n’est pas simplement
l’évocation des temps passés, l’évocation de l’histoire commune qui a lié Jésus

aux Apôtres. Non, ce lien spirituel est un lien vivant. Jésus se rend présent à la
prière de ses disciples.
Une prière qui se tient dans un lieu fermé, avant que le don de l’Esprit, à
la Pentecôte, ne donne aux Apôtres une force nouvelle, une force missionnaire,
qui les pousse à partager, à témoigner de ce qu’ils ont vécu.
Retrait dans la prière, qui permet de demeurer uni au Christ, puis ouverture
au monde, dans la force de l’Esprit, pour partager la foi qui nous fait vivre : c’est
la dynamique même de la vie chrétienne.
C’était déjà la dynamique de la vie de Jésus. Jésus qui se retirait
régulièrement, dans des lieux déserts, pour prier le Père, pour prier son Père,
puis qui revenait à une vie publique, au cours de laquelle il annonçait la Bonne
nouvelle du salut et du Royaume à venir.
Ces lectures du 7 ème Dimanche de Pâques nous proposent ainsi un chemin de
vie Chrétienne, un chemin de vie chrétienne à la fois personnel et
communautaire. Tout d’abord, ces lectures nous décrivent la prière comme un
temps indispensable de la vie de foi. Il y a bien des manières de prier. Et nous ne
sommes pas tous égaux devant la prière : certains prient facilement, d’autres
plus difficilement. Mais dans tous les cas, il s’agit d’entrer en conversation avec
le Christ. Et dans une conversation, il y a deux interlocuteurs. Le Christ ne cesse
de nous parler par les textes de l’Écriture Sainte, particulièrement par les
Évangiles, dans lesquels nous trouvons les paroles mêmes du Christ. Nous
sommes invités à nourrir notre prière de la lecture des Évangiles.
Lire les Évangiles, et entrer en conversation avec l’Évangile, à partir des
réalités de notre vie. Les choses qui nous touchent dans un même Évangile vont
être différentes, en fonction des personnes, des situations, des moments de notre
existence. Mais la prière, la prière est toujours ce va et vient entre notre vie, et la
personne du Christ, telle que nous la révèle l’Évangile.
La prière … la mission. Les prêtres, et je pense que c’est aussi le cas de tous
les laïcs, de tous les baptisés, les prêtres, comme les laïcs, ont souvent
l’impression que la mission de l’Église, que la mission qui leur est confiée les
dépasse totalement. Ils ont l’impression que leurs propres forces, que leurs
propres talents sont totalement insuffisants pour cette mission. Et parfois s’y
ajoutent les obstacles que nous rencontrons dans telle ou telle mission
particulière. La première lettre de Pierre y fait allusion. Être mal considéré,
simplement parce que l’on est chrétien. Les mots de la lettre de Pierre sont très

forts : « Que personne d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur,
malfaiteur, agitateur, mais si c’est comme Chrétien, qu’il n’ait pas de honte ». Il
nous est sans doute déjà arrivé de rencontrer du rejet, de l’opposition, ou tout
simplement de l’incompréhension, parce que nous sommes chrétiens. Et c’est
une expérience difficile, une expérience qui vient souligner la difficulté de la
mission dans un monde contemporain devenu largement indifférent à la
dimension religieuse de l’existence humaine.
En décrivant la solitude des Apôtres, en insistant sur l’absence du Christ, en
soulignant le rejet dont peut faire l’objet la communauté chrétienne, ces textes
du 7 ème dimanche de Pâques veulent nous faire mesurer à quel point nous avons
besoin d’un Défenseur. Ils veulent nous faire mesurer à quel point nous avons
besoin de l’Esprit du Christ.
Après la joie de la Résurrection, une joie célébrée pendant les quarante jours
qui suivent Pâques, la résurrection qui dit la victoire du Christ sur le mal, sur le
péché et sur la mort — une victoire définitive, oui, après la joie de la
résurrection, les dix jours qui séparent l’Ascension de la Pentecôte veulent nous
faire mesurer les défis auxquels est confrontée toute vie chrétienne, des défis
que nous ne pouvons affronter que dans la force d’Esprit.
Oui, Seigneur donne-nous ton Esprit. Donne-nous ton Esprit pour qu’il nous
fasse mieux mesurer le don de Dieu : le don de Dieu, le salut dont nous
bénéficions par ta Passion et par ta résurrection.
Donne-nous ton Esprit, pour qu’il rompe notre solitude, pour qu’il nous fasse
mesurer ta proximité et ta présence à ton Église.
Donne-nous ton Esprit, pour qu’il nous libère de nos enfermements, pour
qu’il nous donne un regard ouvert, sur l’Église et sur le monde.
Oui, Seigneur, donne-nous ton Esprit, qu’il renouvelle en nous la joie de
croire et la joie de faire partie d’une communauté de croyants. Amen.