Homélie 5ème dimanche ordinaire — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Homélie 5ème dimanche ordinaire

JK 05 SO 26
Olivier Artus

Une nouvelle fois, les textes de ce Dimanche mettent l’accent sur les règles de la
vie en société. Comment construire une société juste et pacifiée. Le prophète
Isaïe apporte des réponses très concrètes à cette question. Des réponses qui
gardent toute leur actualité plus de vingt-cinq siècles plus tard. Isaïe invite ses
auditeurs à porter leur attention sur les personnes les plus pauvres, et il entre
dans le détail des actions auxquelles il invite : partager son pain avec celui qui a
faim, accueillir les sans-abri, promouvoir la justice. Mais Isaïe ne s’en tient pas
là, il aborde un autre domaine des relations sociales, celui des relations
interpersonnelles : il invite à faire disparaître le joug, c’est-à-dire l’emprise,
sous toutes ses formes. Non seulement l’emprise sociale, mais aussi l’emprise
morale, l’emprise personnelle.
Il invite à faire cesser la parole malfaisante : la parole qui manipule, la parole
qui ment, qui corrompt. Bref, il s’agit d’un appel à un engagement pour la
justice dans tous les domaines de l’existence. Et en ce début d’année liturgique,
les textes que nous lisons, de dimanche en dimanche, se rejoignent dans cette
invitation à mettre en œuvre, dans la société, des relations justes et droites.
Pourquoi une telle insistance ? Parce que, si nous regardons loyalement la
réalité, les sociétés dans lesquelles nous vivons, et sans doute notre propre vie,
demeurent assez éloignées d’une mise en œuvre concrète des appels du prophète
Isaïe.
Sur le plan de l’organisation sociale tout d’abord, jamais sans doute depuis
plusieurs décennies, les inégalités se sont développées avec une telle violence.
Inégalités entre pays du Nord et du Sud, inégalités au sein d’une même société.
Dans une situation analogue, dans une situation où les puissants disposent des
plus pauvres, l’invitation du prophète Isaïe, à son époque, l’invitation du
prophète Isaïe est de ne pas se laisser prendre par le courant dominant de la
société. Avoir une capacité de résistance qui passe par des choix concrets : le
choix du partage avec les plus pauvres, le choix de l’accueil des plus démunis.
Désordres dans l’organisation sociale, désordres dans les relations
interpersonnelles : Isaïe évoque l’emprise, le mensonge, la médisance, et il nous
faut également constater que ces thèmes demeurent contemporains. Les réseaux

sociaux ont fait exploser les fake news. On manipule la vérité pour arriver à ses
fins, pour discréditer ses opposants. Et puis, l’actualité récente, non seulement
de l’Église, mais plus largement de notre société, l’actualité récente a montré
l’ampleur des phénomènes d’emprise sur des jeunes, comme sur des moins
jeunes.
Bref, la lecture du livre d’Isaïe nous montre que, d’époque en époque, c’est aux
mêmes défis que l’humanité est confrontée. Et dès lors se pose la question de la
mission et de la responsabilité de l’Église et des communautés chrétiennes dans
un tel contexte.
La lettre de Paul aux Corinthiens puis l’Évangile de Matthieu apportent
plusieurs pistes pour répondre à cette question.
Paul est l’apôtre des païens. Il annonce le Christ dans le monde méditerranéen,
un monde dominé par la pensée et par la sagesse grecques, par une vision très
hiérarchique de la société. Une société où coexistent des hommes libres et des
esclaves. Et dans ce contexte, où s’impose avant tout la force de la raison, et
l’autorité du pouvoir politique, dans ce contexte, Paul ose proclamer un message
dérangeant, presque irrecevable : le salut ne vient pas des puissants. Il ne
provient pas des autorités. Le salut provient d’un messie Crucifié — Jésus. Et
pour transmettre ce message, Paul ne s’appuie pas sur les artifices du monde
— le beauté du discours ou l’exercice de la puissance. Non, Paul s’appuie sur sa
propre foi. Il part en mission dans la force de l’Esprit du Christ qui habite en lui.
Notre mission à nous, Chrétiens du XXIème siècle, ne se déroule pas dans des
conditions aussi dramatiques que la mission de Paul. Cependant, comment être
aujourd’hui sel de la terre et lumière du monde, pour reprendre les termes
de l’Évangile de Matthieu.
Il y a quelques siècles, lorsque l’Église était puissante, lorsqu’elle était reconnue
en Europe, il semblait tout naturel que cette puissance éclaire la société.
L’Église, nombreuse et puissante, était le phare qui éclairait le monde.
En France, au XXIème siècle, ce raisonnement ne peut plus être tenu. Les
sociologues et les sondages le montrent, les catholiques sont devenus une
minorité. I5 % des jeunes de 15 à 29 ans se déclarent catholiques, 2 à 3%
pratiquent régulièrement. Mais pourtant, l’invitation de l’Évangile de Matthieu
reste la même. Elle reste d’actualité. Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la
lumière du monde.

Comment honorer cette invitation dans le contexte actuel. Le vocabulaire utilisé
par Matthieu — Matthieu qui est un bon connaisseur des traditions d’Israël, des
traditions de l’Ancien Testament — le vocabulaire utilisé par Matthieu nous
fournit une piste. Que votre lumière brille devant les hommes. C’est le
vocabulaire du livre d’Isaïe : «  ta lumière jaillira comme l’aurore ».
Isaïe, en son temps, invitait la communauté des croyants à briller aux yeux du
monde par son engagement pour le droit et pour la justice. Et Matthieu reprend
la même intuition. Les Chrétiens ont pour mission d’être des signes vivants du
salut donné en Jésus-Christ. Des signes offerts à leurs contemporains. Il ne s’agit
pas, pour la communauté chrétienne, de se prétendre supérieure aux autres, de
se hausser au-dessus des autres. Mais il s’agit de faire signe, en privilégiant un
certain nombre de valeurs, un certain nombre de choix de vie, ceux-là mêmes
qu’indiquait le prophète Isaïe, ceux-là même qu’a incarnés le Christ, dans la
perspective du Royaume de Dieu.
En effet, comment nos communautés chrétiennes pourraient-elles faire signe si
elles n’ont pas le souci des personnes les plus pauvres ou en difficulté. Comment
pourraient-elles faire signe si elles ne respectent pas la dignité de chacun.
Comment pourraient-elles faire signe si ne règne pas, dans ces communautés, un
esprit de concorde, de justice et de vérité.
Les lectures que nous venons d’entendre nous ouvrent un chemin exigeant. Mais
c’est un chemin d’espérance, un chemin de conversion, un chemin qui est à la
portée de chacune et de chacun d’entre nous, si nous décidons résolument de
nous y engager.
Seigneur, donne-nous ton Esprit. Qu’il nous rende attentif à tes appels les plus
concrets. Et qu’ainsi, Il nous donne la force d’être et de demeurer tes disciples.
Amen.