Saint Pierre Saint Paul
Saint Pierre et Saint Paul 2025
Olivier Artus
Les lectures de cette fête de Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres, nous
introduisent aux différents aspects, aux différentes dimensions du ministère
apostolique. Des aspects et des dimensions qui gardent toute leur actualité. Dans
beaucoup de diocèses, les prêtres sont ordonnés en cette fête de Saint-Pierre et
Saint Paul. C’est une manière de souligner qu’ils sont les collaborateurs des
Évêques, les Évêques qui sont eux-mêmes successeurs des Apôtres et de Pierre
et Paul. Collaborateurs des Évêques, et partageant avec eux les exigences de la
mission.
Quelles sont ces exigences ? Si nous lisons les Actes des Apôtres, nous
comprenons que la mission des ministres de l’Église est une mission risquée. Le
récit des Actes fait allusion à la persécution qui touche au premier siècle la toute
nouvelle communauté chrétienne de Jérusalem. Jacques est mis à mort, tandis
que Pierre est emprisonné. Nous avons aujourd’hui perdu l’habitude de la
clandestinité et de la persécution dans les Églises d’occident. Mais celles-ci
demeurent une réalité quotidienne, pour les communautés et pour les pasteurs
qui en ont la charge dans bien des parties du monde. Persécution en Syrie, où un
attentat a récemment décimé une communauté chrétienne au cours de la
célébration du dimanche, au Kivu, dans un contexte de guerre civile, en Inde, où
l’on recense chaque année des centaines d’actes anti-chrétiens, et où des prêtres
ont été assassinés. Clandestinité au Laos, ou en Chine. Le ministère apostolique
jadis, et aujourd’hui le ministère d’Évêque ou de prêtre impliquent l’acceptation
d’être parfois à contre-courant. Être à contre-courant des autorités politiques,
être à contre-courant de l’opinion dominante, et cela au nom de Jésus.
Il faut avoir le courage de ne pas suivre l’opinion de la majorité, ou les
orientations politiques qui s’imposent à tel ou tel moment de l’histoire, si ces
opinions ou ces orientations contredisent ce que Jésus nous a enseigné au sujet
de la dignité de tout être humain, au sujet de la justice et de la paix. Être
chrétien, et encore davantage être Ministre de l’Église implique donc d’accepter,
au nom du Christ, le fait d’être minoritaire, le fait de ne pas se conformer aux
courants dominants d’une société.
Prendre des risques dans la société, ou face à la société. Prendre des risques,
parfois dans l’Église elle-même. « Tous m’ont abandonné, s’écrie Paul. Le
Seigneur, lui, m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de
l’Évangile s’accomplisse ». Le discours de Paul fait ici allusion à la difficulté
pour une communauté chrétienne de s’inscrire dans la durée. S’inscrire dans la
durée et ne pas laisser s’affadir le sel de l’Évangile. Oui, la mission première
des ministres du Christ est d’annoncer l’Évangile. D’annoncer l’Évangile tel
qu’il est, sans en lisser ou sans en gommer les aspérités, ni les difficultés.
L’histoire de l’Église montre, qu’à bien des époques, des compromis se sont
faits entre Église et société, des compromis qui ont pu remettre en cause la
dimension proprement prophétique, proprement évangélique du discours de
l’Église. Mais dans le même temps, d’époque en époque, de grands témoins se
sont levés, ou encore des évènements ont marqué la vie de l’Église et lui ont
rappelé son enracinement évangélique.
De grands témoins : pensons simplement aux fondateurs des ordres religieux —
Saint Bernard, Saint François, Saint Dominique, Saint Ignace. Chacun, à son
époque, et dans son propre contexte, a cherché à vivre la radicalité de
l’Évangile, et en est devenu une incarnation, un témoin privilégié.
De grands moments de la vie de l’Église : le dernier de ces moments est
certainement le concile Vatican II, le concile Vatican II qui, pour les plus jeunes
d’entre nous, est un événement ancien, appartenant désormais à l’histoire, mais
dont le propos essentiel est d’inviter les catholiques à revenir à l’Écriture. Tous
les textes du Concile se fondent sur l’Écriture Sainte, et dans la suite du Concile,
l’Église a eu à cœur d’inviter les chrétiens à devenir familiers des textes
bibliques.
Lire et connaître la Bible pour aller au cœur de la foi. C’est le message du
Concile, et c’est la mission des ministres de l’Église d’accompagner les
chrétiens dans cette découverte de la foi et des Écritures. Il y a là pour les
Ministres, pour les évêques, pour les prêtres, une responsabilité de discernement.
Et c’est bien sur cette dimension du discernement qu’insiste l’Évangile selon
Matthieu que nous d’entendre.
« Au dire des gens, qui est le fils de l’homme ? ». C’est la question de Jésus. Le
fils de l’homme est une expression assez vague, que l’on trouve déjà dans
l’Ancien Testament, dans le livre d’Ezékiel par exemple. Le prophète est appelé
« Fils d’homme ». Jésus appelle ses disciples à aller plus loin dans la
reconnaissance de son identité : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ». C’est
la confession de Pierre, qui effectue ici un discernement théologique. Tu es le
Christ. Littéralement, tu es celui qui a reçu l’onction. Celui qu’Israël attend
comme roi, et comme grand prêtre. Mais tu es plus que cela. Tu es le fils du
Dieu vivant. L’Église va mettre plusieurs siècles à discerner jusqu’au bout le
sens de cette expression, ce qui sera fait au Concile de Nicée, dont nous
célébrons cette année le 1700 ème anniversaire.
Discerner la juste expression de la foi. C’est depuis les origines de l’Église la
mission collégiale des évêques. Transmettre cette juste expression de la foi, c’est
la mission des prêtres.
Mais il y a une autre mission importante qui est énoncée dans cet Évangile de
Matthieu : discerner non seulement la juste expression de la foi, mais aussi
discerner les enjeux des événements du quotidien. Discerner ce qui est conforme
à la prédication du Christ, cette prédication qui vise à établir la dignité, la
justice, et la paix. Discerner, puis exprimer ce discernement. Jésus dit à Pierre :
« Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, tout ce que tu auras
délié sur la terre sera délié dans les cieux ». Jésus confie à l’Église, il confie à
Pierre qui porte la responsabilité de cette Église naissante, il leur confie la
charge d’interpréter de manière juste les réalités du monde présent. Tracer des
chemins dans un monde toujours complexe, où les opinions sont contrastées,
souvent contradictoires, et où les intérêts des différents groupes, des différentes
nations, divergent.
Telle est encore aujourd’hui la mission de l’Église : transmettre la foi en fondant
ce discours de foi sur la Bible, sur les Écritures, et tracer des chemins de dignité
de justice et de paix dans un monde complexe. Il ne s’agit pas de séduire, il ne
s’agit pas d’aller dans le sens de l’opinion publique, mais de demeurer fidèle à la
parole du Christ.
Certains Chrétiens, aujourd’hui comme hier, attendent des évêques ou des
prêtres, qu’ils « pensent comme eux », qu’ils partagent leurs analyses ou leurs
orientations. La mission des évêques et des prêtres n’est pas de satisfaire une
opinion publique dans l’Église ou hors de l’Église. Leur mission consiste avant
tout à rappeler à temps et à contretemps la prédication du Christ, et les exigences
de la vie chrétienne. Annoncer le Christ, et rassembler la communauté
chrétienne autour de sa Parole et de son Eucharistie.
Que votre prière, frères et sœurs, que votre prière aide les évêques et les prêtres,
à assurer cette mission de service, dans la fidélité au Christ et à sa parole. Amen.