3ème dimanche de carème — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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3ème dimanche de carème

3 ème dimanche de Carême 2025 / FZ 03 SO 25

Olivier Artus

Où Jésus mène-t-il son auditoire dans son dialogue avec les foules ? Des drames
sont survenus : un massacre commis par Pilate pour des raisons politiques, et
une catastrophe — l’effondrement d’une tour. Et dans l’esprit des contemporains
de ces drames, ils ne peuvent résulter que de la volonté de Dieu, il ne peuvent
représenter que des punitions divines. D’ailleurs, l’expression est restée jusqu’à
notre époque : « Qu’avons-nous fait au bon Dieu, pour que telle ou telle chose
arrive ? ».
La réponse de Jésus est déroutante. Rien. Ils n’ont rien fait, ni les Galiléens, ni
les victimes de la catastrophe de Jérusalem. Autrement dit, nos relations avec
Dieu ne fonctionnent pas selon un principe de rétribution. Les bonnes actions ne
conduisent pas mécaniquement à la bénédiction divine, et les mauvaises actions
ne conduisent pas mécaniquement au châtiment divin.
Une fois effectué ce premier constat, ce premier déplacement par rapport à leurs
certitudes, par rapport à leur compréhension de Dieu, Jésus invite ses auditeurs à
effectuer un nouveau pas en avant. Dans la parabole que Jésus utilise, le figuier
infructueux est la figure d’une vie stérile, d’une vie sans fruit pour les autres, ni
pour la communauté. Une vie repliée sur elle-même, vécue dans l’égoïsme, et
donc dans la stérilité. En première analyse, il semblerait qu’une telle vie ne vaut
rien. C’est l’opinion du propriétaire du figuier, il faut donc le couper. Mais le
vigneron, qui représente Jésus lui-même, le vigneron est d’une tout autre
opinion. Il faut laisser du temps au figuier pour qu’il redevienne fructueux. Le
Christ nous révèle ici la patience de Dieu, et il nous enseigne la patience, la
patience vis-à-vis de notre prochain et la patience vis-à-vis de nous-mêmes : il
nous est tous arrivé de rendre un jugement un peu rapide, un peu sommaire et
définitif sur telle ou telle personne. Que peut-on attendre de cette personne, il
n’en sortira rien de bon.
Et parfois, le regard que nous portons sur nous-même est tout aussi sévère. Nous
nous décevons nous-mêmes. Nous avons l’impression que notre vie ne mène
nulle part. La parabole du figuier nous invite à ne pas désespérer des autres ni de
nous-mêmes. À considérer avec patience notre prochain et notre propre
existence, comme le fait Dieu lui-même.

Et l’exemple même de cette patience de Dieu, c’est la relation fidèle qu’il a
construite avec le peuple d’Israël, comme nous le rappelle la première lettre aux
Corinthiens. Paul fait référence aux événements de l’Exode : la libération
d’Israël de la servitude en Égypte, la prévenance de Dieu qui pourvoit le peuple
dans le désert de nourriture — la manne — et de boisson, mais Paul mentionne
également la désobéissance d’Israël, Israël qui va être sanctionné mais que Dieu
n’abandonnera jamais. Et Paul, comme les Pères de l’Église le feront plus tard,
Paul fait le rapprochement entre l’histoire d’Israël au désert, et notre vie
chrétienne, rythmée par les sacrements.
Le passage de la mer et la libération d’Égypte préfigurent le baptême, le don de
la manne et de l’eau dans le désert préfigurent l’Eucharistie, et tout comme à
Israël dans les temps anciens, il peut nous arriver, à nous aussi, de tomber, de
renoncer, d’abandonner Dieu. Car nous sommes fragiles, hésitants souvent,
prompts à nous décourager.
Alors, peut-être pour nous réconforter, pour nous assurer de la proximité et de la
prévenance de Dieu, les lectures de ce troisième dimanche de Carême s’ouvrent
par le récit de la rencontre de Dieu et de Moïse, à l’Horeb, dans le désert.
Proximité de Dieu : Moïse bénéficie d’une vision particulière. Le buisson en feu.
Et malgré cette manifestation exceptionnelle dont il bénéficie, Moïse demeure
hésitant. Il demande des garanties. Et il demande, en particulier, la révélation du
Nom de Dieu. La surprise, pour nous, lecteurs de ce texte, c’est que Dieu se
prête vraiment au dialogue avec ce personnage hésitant. Moïse, malgré ses
doutes et ses hésitations, se voit confier une mission unique, une mission
fondamentale : participer à la libération de son peuple.
Et quand Moïse demande à Dieu de lui révéler son nom, Dieu ne se dérobe pas,
mais cette révélation situe les deux personnages à leur juste place : « Les fils
d’Israël vont me demander quel est ton nom, que leur répondrai-je ? ».
Réponse de Dieu : « Je suis qui je suis ». En Hébreu ehyeh asher ehyeh, que l’on
pourrait également traduire : « Je suis qui je serai », « Je serai qui je serai », ou
encore « tu verras bien ». Autrement dit, Dieu accepte de répondre, mais cette
réponse est en partie une énigme. On ne peut mettre la main sur Dieu par le
langage. On ne peut avoir illusion de posséder Dieu par les mots. Car si nous
possédions déjà Dieu par les mots, alors il nous semblerait inutile de chercher à
développer une relation vivante avec Lui.

En ne répondant que partiellement à Moïse, le personnage divin situe Moïse en
position d’attente, et Il l’invite à aller plus loin dans le dialogue, à aller plus loin
dans la relation avec Lui.
Il en va de même pour chacune et chacun d’entre nous. Ce carême est pour nous
l’occasion de nous remémorer l’histoire de notre relation avec Dieu, l’histoire de
notre relation avec le Dieu de Jésus-Christ. Où l’avons-nous rencontré vraiment
pour la première fois ? Quels ont été les « hauts » et les « bas » de cette
relation ? Les moments de fidélité, et les moments d’infidélité ? Et où en est,
aujourd’hui, cette relation ?
L’histoire d’Israël, comme la parabole du figuier nous invitent à entrer sans
crainte, et sans appréhension dans cette démarche. Dieu est prévenant, Dieu est
patient, Dieu est lucide. Il connaît nos infidélités. Il nous invite, en ce temps de
carême, à la vérité. À reconnaître, avec lucidité, tous les moments durant
lesquels nous nous sommes éloignés de lui, et à revenir à lui, comme l’a fait
Israël, à chaque fois, à chaque génération, après les temps de rupture et
d’infidélité.
Seigneur, pas davantage qu’à Moïse, tu ne nous demandes d’être des héros. Tu
nous invites simplement à entrer en relation avec toi. Une relation vécue en
vérité, dans la reconnaissance des moments de faiblesse, mais aussi dans la
certitude que tu nous accompagnes et que tu prends soin de nous avec patience,
et avec prévenance. Amen.