Homélie 4ème dimanche de l'Avent — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 4ème dimanche de l'Avent

4 ème Dimanche de l’Avent / AZ 04 SO 25

Olivier Artus

Immanu-El C’est l’expression hébraïque. Dieu est avec nous. Emmanuel. Nous
sommes habitués à ce terme et pourtant cette affirmation — Dieu est avec nous,
Dieu est avec nous dans notre histoire — cette affirmation est tout à fait
étonnante.
Au temps des royaumes d’Israël et de Juda, tous les pays de l’Ancien Orient,
l’Assyrie, la Babylonie, l’Égypte, tous ces pays avaient des dieux, mais des
dieux redoutables et redoutés. Il fallait s’en protéger, il fallait se les concilier,
par des offrandes, par des sacrifices, par des sacrifices humains parfois.
Nous comprenons mieux, dans ce contexte, ce que l’affirmation Immanu-El, —
Dieu est avec nous — ce que cette affirmation a de révolutionnaire. Dieu n’est
plus un Dieu lointain , il n’est plus un Dieu menaçant. Dieu est proche. Il rejoint
notre histoire. Il rejoint notre histoire collective, c’est l’affirmation du prophète
Isaïe au VIII e siècle avant notre ère. Mais il rejoint également notre histoire
personnelle. Car nous comptons, nous comptons, chacune et chacun d’entre
nous, nous comptons aux yeux de Dieu.
La promesse que Dieu fait au royaume de Juda, pour manifester sa présence,
c’est la promesse d’un nouveau roi. «  Voici que la jeune femme est enceinte.
Elle enfantera un fils . On l’appellera Emmanuel». Ce fils, ce sera le roi Ézékias,
un grand roi qui règne au début du VII e siècle avant notre ère.
Sept siècles plus tard, cette promesse d’un fils est renouvelée. Elle est faite par
l’ange à Joseph. L’ange qui reprend mot à mot les paroles du prophète Isaïe et
les applique désormais à Jésus. « La jeune femme, la Vierge concevra, elle
enfantera un fils. On lui donnera le nom d’Emmanuel. »
Les mêmes mots, la même formule, mais une situation toute différente. La
promesse faite à Joseph dépasse de très loin la promesse faite jadis au roi Achaz.
Cette promesse vient en effet renverser toutes les apparences. Elle semble ouvrir
des chemins, des passages, là où tout semblait bloqué, là où tout semblait
impossible.
La promesse d’un fils est faite à Joseph, alors que Marie n’est que fiancée. Pour
adhérer à cette promesse, le regard de Joseph doit se transformer profondément.

Il s’apprêtait à appliquer la loi juive, c’est-à-dire à renvoyer Marie, ce qui aurait
été conforme à la justice de son temps. Mais Joseph, qui était juste, ouvre son
regard à l’œuvre de Dieu. Un œuvre qui va bien au-delà de la justice, une œuvre
qui est de l’ordre de la gratuité absolue. Par Marie, Dieu va faire irruption dans
l’humanité. Dieu qui s’était rendu proche du peuple d’Israël, va maintenant
appartenir pleinement au peuple juif en devenant l’un de ses enfants. C’est un
premier changement majeur.
Deuxième changement : la famille dans laquelle naît Jésus n’est pas une famille
royale. Elle n’est pas une famille riche. Nous reconnaissons Jésus comme notre
roi. Mais il ne l’est pas à la manière du monde. Il n’est pas venu exercer sur
nous une domination brutale ou hautaine. En Jésus notre roi, nous comprenons
l’extrême proximité, et l’extrême humilité de Dieu. Dieu qui se fait notre
compagnon de route, et qui partage avec nous les joies, les peines et les
vicissitudes de toute existence humaine.
Enfin, dernière évolution par rapport à l’ancienne promesse faite à Israël, Jésus
est venu pour sauver non pas un peuple particulier, mais l’humanité tout entière.
C’est ce que signifie son nom Yehoshua, en Hébreu, Yahvé sauve, comme le
rappelle le discours de l’ange adressé à Joseph.
Cette promesse de salut est adressée à tout homme qui veut bien l’écouter et la
recevoir. C’est ce que va faire Joseph. Il fait confiance au discours de l’ange, il
fait foi à ce discours, qui va profondément bouleverser sa vie, et lui donner une
fécondité nouvelle.
Le chemin que Joseph emprunte n’est pas celui qu’il avait lui-même prévu pour
sa propre existence. La rencontre de Dieu a mis Joseph en mouvement et l’a
emmené sur un itinéraire totalement nouveau qui va donner pleinement sens à sa
vie. Ainsi, sans la disponibilité de Joseph, rien n’aurait été possible.
Cette disponibilité de Joseph, l’histoire de sa rencontre avec Dieu nous renvoient
à notre propre expérience. Elles nous invitent sans doute à relire notre propre
histoire de foi. À quel moment avons-nous vraiment rencontré Dieu ? À quel
moment avons-nous compris qu’il était un Dieu personnel, une personne qui
nous propose de faire route avec nous, et qui nous invite à nous rendre attentifs à
sa Parole ?
Cette Parole de Dieu qui, jour après jour, Dimanche après Dimanche, sollicite
notre disponibilité. Sommes-nous disponibles pour écouter les appels de
l’Évangile, et pour nous laisser déplacer par ces appels. Pour une part, oui sans

doute, puisque nous sommes rassemblés dans cette Église/ Basilique, pour
célébrer le Seigneur.
Mais nous sommes toujours en chemin. Nous sommes quelque part entre le livre
d’Isaïe et l’Évangile de Matthieu : quelque part entre une première écoute de la
Parole de Dieu, une première prise de conscience des appels du Seigneur, et une
réponse entière, une disponibilité totale à ses appels, cette disponibilité qui est
celle de Joseph.
Mais quelle que soit l’ampleur de notre réponse aux appels du Seigneur, nous
sommes dès maintenant invités à prendre conscience, à réaliser que c’est sur
nous que Dieu s’appuie pour se manifester à notre monde et à notre société.
Sans le « Oui » de Joseph, Jésus l’Emmanuel, n’aurait pas pu être accueilli dans
une famille humaine. Et sans notre « oui », la Parole de Dieu, la Bonne Nouvelle
de l’Évangile ne peut pas être portée en ce monde. C’est ce qu’exprime Saint-
Paul dans la lettre aux Romaןns : « Nous avons reçu du Christ grâce et mission
afin d’amener à la foi toutes les nations »
Emmanuel. Dieu est avec nous. C’est à nous chrétiens, baptisés, qu’appartient
aujourd’hui la responsabilité de manifester, de donner chair à cette vérité de foi.
La mission de l’Église est de manifester, à temps et à contretemps que Dieu n’a
pas abandonné le monde. Que notre Dieu, le Dieu de Jésus-Christ n’est pas un
Dieu distant ni absent, mais un Dieu qui chemine avec nous au cœur du monde.
Il ne le fait pas à la manière des rois de ce monde. Dieu ne passe jamais en force.
Il ne fait jamais violence.
Mais si nous sommes à l’écoute, nous le trouverons dans la discrétion qui fut
celle de l’enfant de Bethléem, et nous trouverons les traces de son Esprit à
l’œuvre dans notre propre vie, où il ouvre des chemins inattendus.
Emmanuel. Dieu avec nous. Le Christ compte sur nous, malgré toutes nos
limites, il compte sur nous pour être ses messagers. Amen.