8ème dimanche ordinaire — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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8ème dimanche ordinaire

8 ème Dimanche ordinaire Année C / JK 08 SO 25

Olivier Artus

Si nous sommes lucides, la lecture du Siracide, la première lecture, nous a
conduits à nous interroger sur notre propre comportement, à nous interroger sur
les propos que nous tenons. Dans quelle mesure nos paroles sont-elles ajustées à
notre engagement chrétien ? Et cela concerne tout aussi bien les paroles que
nous prononçons à l’extérieur de la communauté chrétienne, que, bien sûr, celles
que nous prononçons à l’intérieur de la communauté chrétienne.
Ne soyons pas naïfs ni angéliques. Nous savons bien que la communion
que nous cherchons ensemble à bâtir, nous savons que la communion est
toujours une quête, un objectif, un combat, et nous savons que nous sommes
appelés à intégrer dans cette communion tous ceux qui partagent avec nous une
même foi, même s’ils sont différents de nous, même s’ils nous surprennent
parfois par leur manière d’exprimer leur foi, par leur manière d’en rendre
compte. C’est sans doute l’une des grandes forces, et l’une des grandes
noblesses de l’Église catholique : viser l’unité de la communauté, au-delà de la
diversité des personnes, au-delà même de la différence des personnes qui
peuvent se succéder dans une même responsabilité.
Ainsi, les Évêques se succèdent dans un même diocèse, avec des
personnalités souvent différentes, et pourtant c’est bien la même Église
diocésaine qui se construit, de génération en génération. Il s’agit donc, pour
chacune et chacun d’entre nous, de réguler nos propos, de réguler nos prises de
parole, et de vérifier que nous sommes avant tout au service de l’unité, au
service de l’unité plutôt que les représentants et les porte-paroles d’un groupe,
d’un sous-groupe, d’une tendance.
À quoi tient cette unité que nous recherchons ? Elle tient à un même
enracinement dans une unique foi en la résurrection. Croire en la résurrection,
c’est croire que le péché et que la mort n’ont pas le dernier mot dans notre vie.
Au-delà de cette formule, il y a une réalité de l’existence que nous partageons
tous : la confrontation au mal et au péché. Une confrontation quotidienne. Ici
encore, ne soyons ni naïfs, ni angéliques : le combat contre le mal est une réalité
incontournable de nos existences. Une réalité à laquelle, si nous lisons la Bible,
une réalité à laquelle nous introduisent les tout premiers chapitres de la Genèse.
Pas d’existence humaine sans tentation de toute-puissance, sans tentation de
posséder le monde et ses richesses, c’est l’histoire d’Adam au chapitre trois de la
Genèse. Pas d’existence humaine sans rivalité, sans jalousie, sans violence.
C’est le chapitre quatre de la Genèse, avec l’histoire de Caïn et d’Abel. La
lecture de la Bible, si nous la commençons par le début, nous alerte
immédiatement sur les réalités de l’existence avec lesquelles l’humanité doit se

confronter. La convoitise, la rivalité, la violence etc… Le risque, pour chacune
et chacun d’entre nous, est de substituer nos propres intérêts aux intérêts de
Dieu.
L’intérêt de Dieu, comme ne cesse de la rappeler l’Écriture, l’intérêt de
Dieu, le projet de Dieu, c’est de construire une communauté humaine unie par le
lien de la fraternité, et unie à Dieu lui-même par le lien de l’amour.
C’est ce projet que le Christ, Dieu incarné, est venu révéler dans sa
plénitude à l’humanité tout entière. La lecture des Évangiles — que ce soit
l’Évangile de Luc, cette année, ou ses parallèles, Matthieu et Marc, la lecture
des Évangiles nous révèle à quel point le projet de Dieu a été rejeté par
l’humanité. Jésus ne cesse de rencontrer des oppositions tout au long de son
ministère terrestre. Accusé à tort par les Pharisiens et par les autorités du
Temple, abandonné par les siens, il subit le supplice de la Croix. La Croix, c’est
l’échec public, c’est l’échec patent du projet de Dieu incarné par Jésus. Et cet
échec est renversé par l’événement de la résurrection. Un événement qui
concerne le Christ, bien sûr, mais un événement dont nous sommes tous les
bénéficiaires, comme l’exprime la première lettre aux Corinthiens. La
résurrection nous est promise. Et dès lors, nous voici assurés de sortir
vainqueurs d’un combat qui nous paraît parfois désespéré : le combat contre le
mal et contre le péché.
Notre vie terrestre est le lieu de ce combat contre le mal, et comme nous
le rappelle l’Évangile de Luc, notre vie terrestre est également, jour après jour, le
lieu d’un discernement qui nous permet de mener ce combat. La parabole de la
paille et de la poutre peut être interprétée en ce sens.
Ne voir que les pailles, c’est en rester à la superficie des choses. C’est
vivre au jour le jour sans voir l’essentiel, sans voir ce que nous manquons. Si
nous en restons aux pailles, aux petits incidents qui marquent jour après jour
notre existence, nous risquons de passer à côté d’une poutre, pour reprendre les
termes de l’Évangile. « Enlève la poutre qui est dans ton œil ». Enlève ce qui
t’empêche d’accéder au sens profond des choses. Enlève ce qui t’empêche
d’accéder au sens même de ta vie.
Il me semble que la poutre qui peut fausser le jugement de tout un chacun,
c’est l’oubli de la résurrection du Christ. L’oubli de la raison même qui fait que
nous nous réunissons pour célébrer ensemble l’Eucharistie : et cette raison,
c’est, jour après jour, dimanche après dimanche, c’est faire mémoire de Jésus-
Christ mort pour nous, ressuscité par le Père, Jésus-Christ qui nous sauve de la
mort, du mal et du péché.
Nous sommes invités, Eucharistie après Eucharistie, à nous centrer sur le
Christ pour ne pas laisser les petites choses prendre le pouvoir dans notre vie.

Toutes ces pailles, qui peuvent nous obnubiler, jusqu’à remplir tout l’espace de
notre existence.
Alors, pour en revenir au livre du Siracide, si nous ne savons pas nous
centrer sur l’essentiel, alors notre conversation, notre parole risque de s’en
ressentir. Notre parole risque de demeurer superficielle, ou pire, elle peut
introduire la discorde, et avoir un effet destructeur.
Seigneur, permets que la Bonne nouvelle de la Résurrection résonne en
notre vie. Ouvre nos yeux. Apprends nous à regarder notre propre vie dans un
esprit de vérité. Et donne-nous un regard clair, pour que nous puissions
contempler ton visage. Amen.