Homélie dimanche de la dédicace — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie dimanche de la dédicace

Dédicace de la Basiloque du Latran 09.11.2025 / Weihetag der Lateran

Basilika
Olivier Artus

La Basilique du Latran est la première en date et en dignité des basiliques
d’occident. Elle a été consacrée par le pape Sylvestre Ier, le 9 novembre 324, et
dédiée en premier lieu au Saint-Sauveur. C’est la cathédrale de l’évêque de
Rome, la cathédrale du Pape, et cette fête, au cours de laquelle nous faisons
mémoire de sa dédicace, cette fête est pour nous l’occasion de réfléchir à la
catéchèse proposée par les bâtiments église, une réflexion que nous menons ici,
à Vézelay, dans cette basilique, dans un lieu privilégié. / autour de Vézelay, à
proximité d’une basilique qui est un lieu privilégié.
Partons de l’Évangile de Jean qui nous est proposé par la liturgie. Jésus chasse
les marchands du Temple de Jérusalem. Le Temple de Jérusalem, dont le centre
est le sanctuaire, le Saint des saints, et où réside, selon la foi d’Israël, où réside
Dieu lui-même. Mais le lieu a été souillé : il a été souillé par le commerce qui
entoure le culte rendu à Dieu. Il y a des changeurs, car la monnaie romaine,
portant l’effigie de l’empereur, l’effigie d’une idole païenne, la monnaie romaine
est impure. Il y a des marchands d’animaux pour les sacrifices. Le geste de
Jésus, qui consiste à chasser énergiquement ces marchands, ce geste est sans
doute historique, car il est attesté par les quatre Évangiles, presque dans les
mêmes termes. Et ce geste constitue sans doute le motif immédiat de son
arrestation et de sa condamnation à mort. Le geste de Jésus a une motivation
concrète : il ne convient pas de mélanger le culte rendu à Dieu à un logique et à
des activités commerciales. Mais ce geste a un sens théologique plus profond :
ce n’est plus dans ce bâtiment fait de mains d’hommes que peut se dérouler la
rencontre de Dieu. C’est en Jésus-Christ lui-même, Jésus Christ mort et
ressuscité, que Dieu se donne désormais à rencontrer : « Détruisez ce sanctuaire,
en trois jours je le relèverai ». L’allusion à la passion et à la résurrection du
Christ est ici transparente.
Et cette parole de Jésus nous renvoie à la fonction, au rôle de nos églises, de nos
Basiliques, de nos cathédrales, dans notre vie de foi. Elles ont été construites
pour permettre la rencontre du Christ. Pour orienter les chrétiens vers la source
unique de leur salut : Jésus Christ lui-même.

Dans le bâtiment Église, nous sommes invités à rencontrer le Christ de plusieurs
manières, selon plusieurs modalités.
Il y a d’abord l’autel. L’autel, consacré par l’évêque, et utilisé à chaque
célébration eucharistique. L’autel nous renvoie au rocher, qui a donné de l’eau
pour le peuple d’Israël au désert. Et ce rocher est réinterprété par Saint Paul
comme la préfiguration du Christ. Je cite la première lettre aux Corinthiens au
chapitre 10 : « Le peuple buvait à un rocher spirituel qui les suivait. Et ce rocher
c’était le Christ ».
Dans toute église, dans toute Basilique, l’autel doit non seulement être mis en
valeur, mais tout doit mener à l’autel, c’est-à-dire au Christ. Comme le
remarquait récemment Augustin Frison-Roche qui a été chargé de la réalisation
de l’autel définitif de la Basilique, nous avons, ici à Vézelay, nous pour le
moment un bien pauvre autel, en contreplaqué. Et cela, même si l’architecture
du XIIème siècle a tout mis en œuvre pour conduire les baptisés à cet autel, en
particulier le chemin de lumière du solstice.
L’autel, sur lequel est consacré le pain eucharistique, et les réserves
eucharistiques, qui se sont généralisées à partir du XVIIème siècle. Elles
constituent pour les croyants un autre lieu plus personnel de rencontre du
Christ : le Saint-sacrement. Il nous faut travailler à mettre en valeur, dans toutes
nos églises, dans nos 16 églises, ce lieu où le Christ se propose à toute heure
pour la rencontre.
Troisième lieu de rencontre du Christ, c’est la Parole proclamée à l’assemblée
qui célèbre. Le Christ est la clef de compréhension de toutes nos Écritures, de la
bible tout entière. Et c’est le rôle de l’homélie de manifester l’actualité de cette
Parole. Dans l’exhortation post-synodale Verbum Domini, le pape Benoît XVI
avait des propos éclairants sur l’homélie, éclairants et non sans humour. Je le
cite : « Il doit être clair pour les fidèles que ce qui tient au cœur du prédicateur,
c’est de montrer le Christ, sur lequel l’homélie est centrée. On doit éviter les
divagations inutiles ». Fin de citation.
L’assemblée qui célèbre rencontre donc le Christ dans la Parole de Dieu qui est
proclamée. Et cette assemblée elle-même repose sur le Christ. C’est le propos de
Saint-Paul, dans la première lettre aux Corinthiens : « La pierre de fondation
c’est Jésus-Christ. Vous êtes un sanctuaire de Dieu et l’Esprit de Dieu habite en
vous ».  Ainsi le sanctuaire bâtiment a comme vocation de rassembler le peuple
chrétien, sanctuaire vivant de Dieu. Mais le sanctuaire bâtiment a une autre

fonction : celle de transformer le peuple chrétien. Le sanctuaire transforme la
communauté rassemblée en un peuple d’égaux. Dans l’église-sanctuaire, chacun
est l’égal de ses voisins, chacun reçoit une même parole, chacun est nourri d’un
même pain. L’Église-sanctuaire façonne ainsi le peuple de Dieu, et le met dans
la situation dans laquelle il sera pour paraître face à Dieu.
C’est le dernier aspect de la pédagogie proposée par toute église, par toute
basilique. Orienter le peuple de Dieu vers son avenir, qui est le royaume de
Dieu. Et la figure biblique de cet avenir de l’Église, de cet avenir du peuple de
Dieu, c’est la Jérusalem céleste. C’est pourquoi, toutes les églises d’occident
sont orientées vers l’est, vers Jérusalem, et le chœur lumineux à l’aurore figure
le Royaume de Dieu.
La première lecture que nous avons entendue, la lecture de l’apocalypse
d’Ézékiel propose une description imagée de la Jérusalem céleste. Pour celles et
ceux d’entre nous qui connaissent Jérusalem et la Judée, c’est une description
surprenante. Car le Cédron, la rivière qui traverse effectivement Jérusalem à
l’est de l’esplanade du Temple, pour se diriger vers la mer morte, le Cédron est
un ruisseau intermittent qui traverse un désert, le désert de Juda. Le voici devenu
dans le livre d’Ézékiel un fleuve luxuriant traversant un jardin idéal. Le nouveau
jardin d’Éden.
C’est une manière imagée de dire que la vie des croyants sera elle aussi
transformée. Débarrassée de ses sécheresses, de ses déserts, du péché qui
l’entrave. Et cette transformation de la vie des croyants est le préalable à la
rencontre de Dieu dans des temps nouveaux.
Au fond, le bâtiment Église résume notre vie chrétienne. Nous y recevons le
baptême, première rencontre du Christ au Baptistère ; nous y sommes intégrés à
l’assemblée des Chrétiens, avec laquelle nous partageons la Parole de Dieu et
l’Eucharistie ; nous nous y préparons à la rencontre définitive du Christ, qui,
tout au long de notre vie, nous accompagne dans les joies et les peines, et nous
fait miséricorde.
Frères et sœurs, sachons rendre grâce pour ces Églises, ces basiliques que nous
ont laissées nos prédécesseurs dans la foi, et qui nous permettent à notre tour de
grandir dans la foi, dans la prise de conscience des exigences d’une vie en
communauté chrétienne, et enfin dans la connaissance de Dieu. Amen.