Assomption
Assomption 2025
Olivier Artus
Tout part de la décision libre d’une jeune femme, de la décision libre de Marie,
qui répond de tout son être à l’appel de Dieu. Réponse libre et risquée, car Marie
fait un saut dans l’inconnu. Confiance absolue en Dieu qui l’appelle, pour
donner chair à son fils, Jésus-Christ.
Les images du livre de l’Apocalypse nous présentent cet accueil de l’appel de
Dieu comme le choix essentiel, comme le choix central de la vie de Marie, dans
la mesure où ce choix a un poids d’éternité. Le lien entre Marie et son Fils ne se
distend pas avec la mort. Marie est dès aujourd’hui vivante pour toujours en
présence de Dieu. Elle se tient dans la proximité de son fils Jésus. C’est cela le
sens de l’Assomption, que nous célébrons et que nous fêtons aujourd’hui.
En disant cela, nous comprenons que cette fête de l’Assomption est une
invitation, pour chacune et chacun d’entre nous, à discerner dans notre vie ce qui
a du poids, ce qui est durable, ce qui a un poids d’éternité. Marie se tient dès
aujourd’hui, et pour l’éternité, en présence du Seigneur, car elle a su, dans sa
propre vie, s’ouvrir à l’appel de Dieu, s’oublier elle-même pour aller vers Dieu
qui l’appelait.
Les deux premières lectures que nous avons entendues évoquent, de manière
imagée, le monde divin, le monde de l’éternité. Ne nous arrêtons pas aux images
elles-mêmes, dont le style est caractéristique des apocalypses, de la littérature
apocalyptique qui a cours dans le monde juif et dans le monde chrétien, au
premier siècle de notre ère. Essayons plutôt de discerner ce qui est visé par ces
images : le Dragon ne parvient pas à triompher de la femme qui enfante, ni
de l’enfant à qui elle donne naissance.
Le Dragon, image par excellence de la force et de la brutalité — le dragon
représente les empires qui se partagent le monde, et la brutalité de leur
domination, à commencer par l’empire romain. Force et brutalité d’un côté,
fragilité d’une jeune femme et d’un nouveau-né de l’autre. Et pourtant, c’est le
sens de cette vision de l’apocalypse, et pourtant seuls cet enfant et cette jeune
femme sont susceptibles de donner un sens au monde dans lequel nous vivons,
et à chacune de nos existences.
Il y a ici une invitation, pour chacun d’entre nous, à ne pas nous tromper. Une
invitation à discerner attentivement. Ne pas nous laisser impressionner ou
séduire par la force, ne pas nous laisser attirer par ce qui brille, comme brillent
les diadèmes du dragon. Bref, ne pas en rester à ce qui est fort ou séduisant en ce
monde. Partir, au contraire, à la recherche de la vérité, de la vérité qui réside
dans des lieux inattendus : un enfant naît pauvrement à Bethléem, et se révèle
être l’incarnation de Dieu.
C’est également à un discernement qu’invite implicitement la première lettre de
Paul aux Corinthiens : le Christ seul a l’éternité, et il effacera ce que Paul
désigne sous le nom de Puissances, de Principautés, de Souverainetés.
Oui, choisir le Christ contre toute évidence. C’est finalement l’invitation
commune de ces deux premières lectures. Choisir le Christ malgré ce que l’on
pourrait appeler les appels du monde. Les appels du monde qui n’ont jamais été
aussi forts qu’à notre époque, qui est l’époque des réseaux sociaux, des réseaux
qui peuvent donner l’impression que, pour exister, pour vivre vraiment, il faut
acquérir une renommée. Alors, chacun cherche à se montrer ; à faire valoir, ce
qui, dans sa propre existence, pourrait séduire, pourrait attirer, pourrait rendre
populaire.
Le Magnificat, que prononce Marie en réponse à sa cousine Élisabeth, lors de la
Visitation à Ein Kerem, près de Jérusalem, le Magnificat constitue presque
l’antithèse de cette quête contemporaine de l’image et de la popularité.
Le discours de Marie n’est pas un discours démagogique, loin de là. C’est un
discours exigeant, un discours qui vient renverser les apparences, en montrant
que ce qui est fort et puissant dans le monde n’est pas forcément ce qui est
durable, n’est pas forcément ce qui a un poids d’éternité.
Le discours de Marie est précis, et il envisage les différents aspects de la vie de
foi. Le relation à Dieu, tout d’abord, puis l’action de grâce pour le don de Dieu,
et enfin le projet de Dieu sur le monde et sur la vie sociale elle-même.
La relation à Dieu tout d’abord : Marie considère le Dieu d’Israël comme une
personne vivante. Elle trouve son bonheur dans la relation vivante qu’elle a
nouée avec lui : « Exulte mon esprit en Dieu mon sauveur ». Le Seigneur,
qu’invoque Marie, entre en relation avec l’humanité, Il se donne à l’humanité.
Ce don, c’est l’enfant Jésus que porte Marie. Marie se trouve ainsi dans l’action
de grâce pour le don gratuit de Dieu : « Le Puissant fit pour moi des merveilles,
Saint est son nom ».