Homélie du 7ème dimanche de Pâques — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie du 7ème dimanche de Pâques

7 ème Dimanche de Pâques 2025 / OZ 07 SO 25

Olivier Artus

C’est à une réflexion fondamentale que nous invitent les lectures de ce dernier
Dimanche de Pâques. Une réflexion sur la Trinité, et une réflexion sur
l’avènement du Royaume.
Les textes que nous venons d’entendre sont difficiles. Alors essayons de
progresser pas à pas dans leur lecture et dans leur compréhension.
Commençons par ce qui concerne la réflexion trinitaire qui nous est proposée :
Dans le livre des Actes des Apôtres, la vision d’Étienne souligne la proximité
du Père et du Fils. Littéralement, Jésus est « debout à la droite de Dieu ». Cette
proximité du Père et du Fils est encore davantage soulignée par l’Évangile de
Jean : « Qu’ils soient un comme nous sommes Un », dit Jésus, « comme le Père
et le Fils sont UN ».
L’unité du Père et du Fils est révélée dans l’histoire de l’humanité par la mort
de Jésus en croix et par sa résurrection. Jésus donne sa vie par amour, en réponse
à la demande du Père. Le Père lui demande d’avoir le courage de vivre l’amour
jusqu’au bout, de vivre absolument son amour de l’humanité, quel qu’en soit le
prix. En effet, dans ses choix de vie, Jésus incarne parfaitement l’amour, et il
voit donc se dresser contre lui tous ceux qui refusent cette logique de l’amour. Et
ils sont nombreux. L’affrontement est inévitable et il se termine par la mise en
croix de Jésus. Jésus a donné sa vie, par amour du Père et par amour de
l’humanité.
Mais ce don que fait Jésus de sa vie ne demeure pas sans réponse. Le Père, à
son tour, se donne au Fils, en le relevant, en lui rendant la vie. Le Christ est
ressuscité. Et l’on pourrait dire que le Père et le Fils se reçoivent l’un de l’autre.
Le Père reçoit la vie du Fils, et le Fils reçoit la vie du Père.
En quoi cela nous concerne-t-il ? L’Évangile de Jean nous le révèle et nous
l’explique. Je le cite : « Qu’ils soient un comme nous sommes UN. Moi en eux et
toi en moi » Et un peu plus loin : «  Que le monde sache que tu les as aimés
comme tu m’as aimé ».

Autrement dit, le lien indissoluble qui existe entre le Père et le Fils, un lien
d’amour réciproque, ce lien est analogue au lien qui existe entre le Christ et ses
disciples, entre le Christ et le peuple de Dieu, le peuple des baptisés.
De la même manière que le Christ s’est donné au Père et que le Père a
répondu à ce don, de la même manière, le Christ s’est donné à l’humanité tout
entière, et il attend la réponse de l’humanité
Pour le dire encore autrement, de la même manière que le Christ s’est rendu
dépendant du Père, le Christ se rend dépendant de nous, il se rend dépendant de
notre réponse, de notre amour pour lui. Le Christ accepte une condition de
fragilité, une condition de dépendance, pour nous dire son amour, et pour nous
manifester que cet amour est véritable. Et il nous fait aussi comprendre l’amour
que le Père Lui-même a pour nous.
Ainsi, croire en Trinité, ce n’est pas être spectateurs des relations qui
existent entre le Père et le Fils. Croire en la Trinité, c’est être personnellement
impliqué dans ces relations. C’est accepter de répondre très concrètement par
notre vie à l’appel de Jésus, au don que Jésus nous fait de sa vie.
Alors, comment pouvons-nous répondre ? Ici aussi, l’Évangile de Jean
nous indique le chemin : « Que ceux qui croient en moi deviennent parfaitement
un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé ». La réponse que le Fils attend
du peuple des baptisés, du peuple de ses disciples, c’est l’Unité. L’unité dans
l’amour du prochain. Le témoignage que l’ Église peut rendre au Christ, c’est le
témoignage de son Unité, son unité qui est un signe donné au monde.
Nous comprenons mieux alors les enjeux du mouvement œcuménique.
Nous comprenons mieux les blessures que représentent la séparation des
chrétiens en diverses communautés. Mais au-delà de ces séparations formelles et
institutionnelles, l’amour peut être vécu, si ce terme est bien compris.
Dans l’Évangile de Jean, on peut traduire de manière assez juste le terme
« amour – agapè en grec » par le mot « gratuité ». Aimer, c’est s’engager dans
des relations de gratuité, dont on n’attend aucun bénéfice personnel ni immédiat.
Un professeur de Théologie de l’Institut catholique de Paris, Guy Lafon, dans
les années 1980, avait une formule un peu ramassée pour expliquer la Trinité : la
Trinité, disait-il, c’est quand « donner » est comme « recevoir ». Cela signifie
que lorsque je donne, je n’ai aucun crédit sur celui à qui j’ai donné. Lorsque je
reçois, je ne suis pas débiteur de celui qui me donne.

L’Évangile de Jean nous conduit ainsi à comprendre que, seul a du poids
dans nos vies, seul tient debout dans nos vies, ce qui est de l’ordre de la gratuité.
Et ce qui est de l’ordre de la gratuité ne meurt pas. C’est le propos des
Actes des Apôtres, et c’est également celui de l’Apocalypse de Jean. Ces deux
textes insistent sur le lien qui existe entre notre vie présente, et notre vie
définitive, près de Dieu. Étienne, qui fait don de sa vie gratuitement, Étienne
contemple déjà Dieu en son Royaume. Et l’auteur de l’Apocalypse de Jean
appelle de ses vœux la venue du Royaume : « Viens Seigneur Jésus », s’écrie-t-
il.
Nous sommes ainsi invités à assumer notre existence terrestre, à nous
investir dans notre existence terrestre, sans jamais oublier la perspective du
Royaume. La perspective du Royaume n’est pas là pour nous faire échapper à
notre condition terrestre, mais elle nous rappelle notre responsabilité première
de Chrétiens. Et cette responsabilité, comme y insiste amplement l’Évangile de
Jean, cette responsabilité de Chrétiens, c’est de manifester l’amour, la gratuité,
comme l’orientation essentielle de notre vie, comme source de notre joie et de
notre bonheur. Non pas un bonheur égoïste, non pas un bonheur étroit, non pas
un bonheur mondain, mais un bonheur partagé.
Que l’Esprit du Christ éveille en nous la capacité d’aimer, la capacité de
nous donner gratuitement. Que l’Esprit du Christ nous donne le courage de
l’unité, et nous rappelle à temps et à contretemps la beauté de notre vocation de
Chrétiens. Amen.