Epiphanie — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Epiphanie

Erscheinung des Herrn / Èpiphanie 2025

Olivier Artus

 

Quel contraste dans les lectures que plus venons d’entendre !! Contraste entre l’or, l’encens, la myrrhe, contraste entre les objets précieux amenés par les nations en pèlerinage vers Jérusalem ou par les mages vers l’enfant de Bethléem, et la réalité même vers laquelle les pèlerins convergent :

Dans le livre d’Isaïe, il s’agit du pèlerinage des nations vers Jérusalem. La Jérusalem que connaît l’auteur du livre d’Isaïe n’est pas le centre religieux que nous connaissons aujourd’hui. C’est une ville sans doute toute petite, assez ruinée, qui a du mal à se relever des guerres qui l’ont détruite.

Et pourtant c’est là, c’est là que le Dieu unique, le Dieu d’Israël a choisi de se révéler. Cela nous dit quelque chose de l’identité même de Dieu. Dieu ne se confond pas avec les grands de ce monde, avec les lieux de pouvoir ni avec les lieux de culture. Il ne se confond pas avec Babylone, avec Athènes, ni avec Rome. C’est bien dans les montagnes de Judée, dans ce lieu perdu, et sûrement un peu oublié au temps du prophète Isaïe, c’est dans les montagnes de Judée que Dieu s’est manifesté et veut de nouveau se manifester.

Et c’est le même contraste que nous retrouvons dans l’Évangile de Matthieu. Des étrangers de haute culture, des sages, convergent vers un village, Bethléem, où ils reconnaissent dans un enfant un roi, un roi pour le peuple juif. Et ils lui apportent les offrandes que l’on réserve usuellement aux rois : l’or, l’encens, la myrrhe. Des présents hauts en symbole : l’or souligne la royauté de Jésus. L’encens évoque sa divinité. Mais la myrrhe préfigure sa passion et son embaumement.

Oui, des foules, des personnages importants se mettent en route. Ils partent en pèlerinage vers des lieux imprévus ou étonnants, Jérusalem, Bethléem, parce que dans ces lieux, ils espèrent rencontrer la vérité ultime : Dieu qui se révèle à l’humanité.

Nous avons la chance de nous trouver à Vézelay ou dans ses environs, et, dans ce lieu, nous touchons du doigt cette réalité du pèlerinage. Vézelay, un petit village en Bourgogne, où reposent les reliques de Marie-Madeleine. Et venir à Vézelay aujourd’hui, comme venir jadis à Jérusalem ou à Bethléem, c’est espérer y découvrir un chemin vers la vérité de Dieu, qui se révèle par des voies imprévues. À Bethléem sous les traits d’un enfant qui sera reconnu comme Fils de Dieu. À Vézelay par la médiation de Marie-Madeleine, premier témoin de la résurrection, qui dessine pour toutes celles et tous ceux qui la rencontrent un chemin de conversion, un chemin qui rend possible la rencontre du Christ.

Les lectures de ce dimanche de l’Épiphanie nous invitent donc au pèlerinage. Peut-être au pèlerinage au premier sens du terme. Nous mettre en route, en cette année jubilaire. Faire route vers une cathédrale, ou pourquoi pas vers Rome, pour mieux redécouvrir en quoi et en qui réside l’espérance chrétienne.

Faire un pèlerinage au sens propre, ou bien, oser un pèlerinage intérieur. Comment définir ce pèlerinage intérieur auquel nous sommes conviés en ce jour de l’Épiphanie ? L’Épiphanie, c’est la mise en lumière de ce qui est caché. Comme nous l’avons dit tout à l’heure, les lectures de ce jour prennent deux exemples : Jérusalem, la ville ruinée, et l’enfant de Bethléem, un enfant né dans des conditions matérielles difficiles, et qui est un roi bien paradoxal, un roi bien surprenant. 

Et s’il en allait de même pour nos propres vies ? Dans chacune de nos vies, il y a ce que nous montrons volontiers — nos joies, nos succès, nos réussites. Et puis, il y a une part d’ombre. Il peut s’agir du péché, du mal que nous faisons, ou bien, plus banalement, il peut s’agir de nos lieux de faiblesse, de nos échecs.

Or, comme le souligne la lettre aux Éphésiens, en cette fête de l’Épiphanie, nous nous trouvons associés dans le Christ à une même promesse — la promesse du salut et de la résurrection —, et nous avons part à un même corps, le corps du Christ que nous allons recevoir tout à l’heure dans l’Eucharistie. Pour l’énoncer autrement, en Jésus-Christ, Dieu vient éclairer nos existences, il ne se détourne pas de notre part d’ombre, et il assume ce qu’il y a de moins lumineux dans nos vies.

Nous voici associés à l’héritage du Christ, pour reprendre de nouveau les termes de la lettre aux Éphésiens. Associés à l’héritage du Christ, lui qui ne fait pas acception de personnes. Je cite la lettre aux Éphésiens : « Toutes les nations sont associées au même héritage ».

Ainsi, qui que nous soyons, quelles que soient les ombres et les lumières de nos vies, nous nous trouvons invités à nous mettre en route. Nous nous trouvons invités à partir en pèlerinage. Peut-être aurons-nous besoin pour appuyer notre démarche de faire véritablement route : monter à la basilique de Vézelay, aller dans une cathédrale, aller à Rome peut-être. Mais ce qui importe, c’est l’esprit du pèlerinage, la spiritualité du pèlerinage.

En relisant l’Évangile de Matthieu, nous pouvons y trouver trois traits principaux d’une démarche de pèlerinage :

Tout d’abord, nous mettre en quête du Christ, et de rien d’autre. Reconnaître en Jésus-Christ l’unique sauveur du monde, et accepter d’abandonner nos idoles qui sont si nombreuses. Lorsque les rois mages offrent à l’enfant Jésus l’or, l’encens et la myrrhe, ils reconnaissent que ces produits précieux ne peuvent représenter en eux-mêmes ni le but ni le sens de leur vie. Ils les déposent auprès de Celui qui, seul, est la vérité : Jésus-Christ.
Se mettre en quête du Christ, c’était le premier élément d’une démarche de pèlerinage. Le deuxième élément consiste à cheminer pour le rencontrer. C’est ce que font les mages. Nous-mêmes, nous ne trouverons le Christ que si nous acceptons de bouger. Si jamais nous restons campés sur nos certitudes, sur nos idéologies, sur nos vérités personnelles, nous aurons de la peine à effectuer une vraie rencontre du Christ. Rencontrer l’autre, le découvrir vraiment tel qu’il est, cela nécessite de quitter nos propres bases.
Et bien sûr, le troisième élément de la démarche de pèlerinage, c’est la rencontre du Christ. La rencontre du Christ réel, du Christ tel que les Évangiles le présentent, et non pas tel que nous le rêvons. Aujourd’hui, l’Évangile de Matthieu nous présente le Christ sous les traits d’un enfant, c’est-à-dire sous les traits de la fragilité. Manière de nous dire, d’une façon symbolique, d’une façon poétique, que le Christ a besoin de nous. Le Christ assume la fragilité d’une vie humaine pour faire comprendre aux hommes qu’il ne peut rien sans leur engagement, sans leur coopération.

C’est d’ailleurs la signification de la finale de l’Évangile que nous venons d’entendre. Les mages, sont, d’une certaine manière, envoyés en mission. Il leur est demandé d’éviter Hérode, et c’est par leur obéissance aux prescriptions divines qu’ils sauvent l’enfant Jésus de la violence d’Hérode.

Le Christ assume la fragilité d’un enfant pour mieux nous faire comprendre combien il a besoin de nous, combien il a besoin de notre engagement, de notre coopération.

Que cette année 2025 qui s’ouvre soit pour nous une année de pèlerinage, une année de mise en route, une année de conversion, une année de rencontre du Christ. Amen