Homélie du Christ Roi — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Homélie du Christ Roi

Christ-Roi 2025
Olivier Artus

Les textes que nous venons d’entendre viennent transformer la compréhension
habituelle que nous avons de la mission des rois, de la compréhension habituelle
que nous avons de la fonction royale.
Cette image classique de la souveraineté, nous la trouvons dans le second livre
de Samuel, dans le récit de l’élection de David comme roi d’Israël. Les
scenarios de l’accession au trône de David sont multiples dans les livres de
Samuel. D’après certains récits, il reçoit l’onction directement de Dieu,. Selon
d’autre textes, c’est le peuple qui lui donne l’onction pour le faire roi, comme
dans la lecture que nous venons d’entendre. En tout cas, la royauté que va
exercer David sur Israël et sur Juda est une royauté classique. Un gouvernement
exercé avec autorité, au sens essentiellement politique du terme.
Il y a évidemment un contraste saisissant entre ce texte de la bible hébraïque, et
l’Évangile de la Passion, que nous avons écouté dans la version qu’en donne
Saint-Luc. Jésus est en Croix, condamné au terme d’un procès biaisé, traité
comme un assassin. Il va mourir. Et pourtant c’est cet homme en Croix, cet
homme brisé que le bon larron va reconnaître comme son roi : « Jésus, souviens-
toi de moi, quand tu viendras dans ton royaume ».
Ces lectures nous font donc parcourir un itinéraire assez audacieux : elles nous
font partir de l’image la plus classique d’un roi, avec les honneurs et l’autorité
qui l’accompagnent, et elles nous conduisent à découvrir notre vrai roi sous les
traits de Jésus crucifié, de Jésus donnant sa vie pour les autres. Jésus est notre
roi, parce qu’il a librement accepté de souffrir pour nous, de se confronter au
mal le plus extrême, avant d’en triompher par sa résurrection.
La souffrance de Jésus lors de sa passion nous renvoie aux pires lieux de
souffrance que connaît notre humanité. Des lieux connus, comme à Gaza, ou en
Ukraine, des lieux cachés, comme au Soudan et dans tant d’autres pays encore.
Le Christ s’identifie à toutes les personnes défigurées, défigurées parce qu’elles
sont victimes de la violence, qu’elle qu’en soit l’origine.
Et le bon larron reconnaît cette œuvre de Jésus, il prend conscience de la
mission qui est celle de Jésus, et il lui déclare sa foi. Il est lui, Jésus le crucifié,
Jésus humilié, il le seul vrai roi.

Quelles sont les conséquences de cette confession de foi en Jésus, le Christ, seul
vrai roi ? Qu’est-ce que cela implique pour notre compréhension de Dieu ?
L’hymne de la lettre aux Colossiens, qui était notre deuxième lecture, l’hymne
de la lettre aux Colossiens apporte une réponse très précise à cette question.
« Rendons grâce à Dieu le Père. Il nous a placés dans le Royaume de son Fils
bien-aimé. En lui, nous avons la rédemption, le pardon des péchés ». C’est la
formule de la lettre de Paul aux Colossiens.
Première affirmation de cette hymne : Jésus crucifié, Jésus reconnu comme le
Messie, comme notre roi, Jésus nous apporte le salut. La formule de Saint-Paul
nous rappelle que notre vie, comme toute vie, est abîmée par le péché. Notre vie,
comme toute vie, est confrontée au mal. Et cette rencontre quotidienne du mal,
ce combat permanent contre le péché peuvent nous épuiser. Ils peuvent nous
désespérer. Nous pouvons être tentés de baisser les bras.
Si Jésus affronte la Passion, c’est pour tracer un chemin qui le mène et qui nous
mène au-delà de la mort, du mal et du péché — au-delà de la mort, du mal et du
péché, jusqu’à la résurrection. À l’occasion du 11 novembre, un certain nombre
de documentaires ont été diffusés, dont un documentaire sur la bataille de la
Somme, en 1916. Le premier jour de l’offensive, les alliés, les Anglais en
particulier, ont eu 20000 tués. Comment croire encore en Dieu, ou en quoi que
ce soit d’ailleurs, dans un tel débordement de violence, dans un lieu où toute
espérance semble impossible, et où toute une jeunesse se fait anéantir. C’était
aussi la question de certains déportés dans le camp de concentration
d’Auschwitz : où est Dieu ? Où est-il ? La réponse de Dieu, c’est la Croix du
Christ, la Croix du Christ qui manifeste que Jésus se tient toujours du côté de
ceux qui souffrent, que Jésus se tient du côté des personnes broyées par la
souffrance.
Et ceci nous conduit à la deuxième affirmation de la lettre aux Colossiens.
« Jésus, est l’image du Dieu invisible ». Ce que nous savons de Dieu, nous le
savons par Jésus-Christ. Et lorsque nous contemplons le Christ, c’est Dieu lui-
même que nous contemplons. Nous disions tout à l’heure, la réponse de Dieu à
la souffrance qui habite l’humanité, la réponse de Dieu c’est le Croix du Christ.
Oui, parce que sur la Croix, c’est Dieu lui-même qui souffre.
Enfin, troisième affirmation de la lettre aux Colossiens concernant le Christ : « Il
est aussi la tête du corps, la tête de l’Église ». Aves l’image du corps et de la
tête, Paul insiste sur le lien étroit qui existe, qui doit exister entre l’Église et le

Christ. La mission de l’Église, la seule mission de l’Église c’est de mener au
Christ. C’est de faire voir le Christ. Il y ici pour chacune et chacun d’entre nous
un point de repère majeur qui nous est donné, et une question qui nous est
posée : comment notre communauté chrétienne propose-t-elle des chemins
spirituels qui mènent au Christ ? Quels moyens concrets prend-elle pour faire
rayonner la Bonne nouvelle de l’Évangile du Christ.
Et individuellement, comment chacune et chacun d’entre nous, imprégnés de la
Parole de Dieu que nous entendons jour après jour, dimanche après dimanche,
comment chacune et chacun d’entre nous peut-il essayer de donner corps à cette
parole, de l’incarner dans sa vie quotidienne.
Le concile Vatican II a essayé de déployer cette image de la tête et du corps du
Christ, cette image de la lettre aux Colossiens. Il le fait en particulier dans la
Constitution sur l’Église, Lumen gentium, l’Église lumière des peuples. Le
Concile affirme que c’est tout le peuple de Dieu qui est un peuple sacerdotal, un
peuple royal et prophétique. Par le baptême et par la confirmation, tous les
chrétiens ont mission de porter la parole de Dieu — c’est une mission
prophétique — ils ont mission, au nom Christ de prendre soin de la création,
c’est une mission royale, et dans l’Eucharistie, ils rendent grâce ensemble à
Jésus-Christ pour le don de sa vie qu’il a fait sur la Croix. C’est notre mission
sacerdotale.
Le Christ a pris à bras le corps le monde où il s’est incarné, et où il a pris chair.
Il n’a pas ignoré la souffrance qui habitait le monde. Il ne s’est pas détourné de
cette souffrance. Il s’y est confronté.
À la suite de Christ, que nous reconnaissons comme notre roi et comme notre
Dieu, n’hésitons pas à nous engager à notre tour dans le monde. À nous y
engager sans naïveté. N’hésitons pas à nous confronter aux souffrances qui
habitent la société à laquelle nous appartenons. Le Christ invite son Église à
devenir un peuple de veilleurs, un peuples de veilleurs qui, inlassablement,
vivent et agissent dans le monde avec compassion, avec charité, avec
bienveillance, sans acception de personnes. Le Christ nous a précédés. Que sa
Parole et son Eucharistie nous nourrissent et nous donnent la force et le courage
d’être, par toute notre vie, ses authentiques porte-paroles en ce monde. Amen.