Dimanche de la parole 3ème dimanche du temps ordinaire — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Dimanche de la parole 3ème dimanche du temps ordinaire

3ème Dimanche Ordinaire / JK 03 SO 25 / Olivier Artus

Jésus-Christ est la clef de compréhension des Écritures, et plus précisément des Écritures d’Israël, telle est l’affirmation principale de l’Évangile que nous venons d’entendre. Une affirmation qui comporte deux dimensions complémentaires : nous avons besoin des Écritures d’Israël, nous avons besoin de l’Ancien Testament pour comprendre qui est Jésus ; et puis, c’est Jésus lui-même qui vient donner à ces Écritures leur sens profond, leur sens plénier.

Autrement dit, le texte biblique ne se suffit pas à lui-même, ce texte a besoin d’interprètes, d’interprètes qui en donnent le sens. Et c’est cette démarche d’interprétation que décrit très bien le livre de Néhémie. Le prêtre Esdras préside une réunion solennelle au cours de laquelle est lue, est proclamée la Loi d’Israël — la Torah . La Torah a été écrite en Hébreu, mais à cette époque, l’Hébreu n’est plus utilisé comme langue usuelle, et le peuple parle araméen. Le livre de Néhémie décrit trois opérations successives : Esdras lit un passage du livre de la Loi. Des lévites traduisent en Araméen, puis, ensuite, donnent le sens du texte. Comment comprendre cette phrase ? La lecture du livre dans sa langue originelle — l’Hébreu — manifeste un respect pour le texte de la Loi. Pour être compréhensible, cette Loi doit ensuite être traduite dans la langue et dans la culture du peuple des croyants qui la reçoit. L’inculturation est nécessaire. Et puis, après l’inculturation, il y a l’interprétation, l’interprétation pour aujourd’hui, c’est–à-dire dire l’actualisation.

Lecture du texte, interprétation, actualisation : c’est également ce processus que va suivre Jésus à la synagogue de Nazareth, au début de son ministère public, comme le décrit l’Évangile de Luc.

Jésus part, lui aussi, d’un texte sacré. Il s’agit ici d’un texte du prophète Isaïe, un oracle de libération. Libération pour ceux que l’histoire a oubliés, libération pour les vaincus de l’histoire. Libération et annonce d’une année favorable. Il s’agit ici d’une allusion à l’année du jubilé, cette année qui était célébrée tous les 50 ans dans la religion d’Israël.

Jésus lit le texte où est exprimée l’espérance profonde du peuple : qu’enfin les pauvres retrouvent l’espérance, qu’enfin les captifs retrouvent la liberté, qu’enfin les dettes soient remises. Et le commentaire de Jésus, qui fait suite à sa lecture, ce commentaire résonne comme un coup de tonnerre : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture ». Pourtant, la situation sociale n’a pas changé, les pauvres le sont toujours, les captifs n’ont pas encore été libérés.

De quoi Jésus parle-t-il donc ? Jésus parle de l’inauguration de temps nouveaux, des temps nouveaux liés à sa personne. Désormais, nul n’est plus prisonnier de la condition historique qui est la sienne, ni prisonnier de la situation présente qui est la sienne, car les temps du Royaume de Dieu sont ouverts. Avec la venue de Jésus en notre monde, avec l’irruption de Dieu dans notre réalité humaine, le Royaume de Dieu est inauguré. Et les règles de ce royaume sont bien différentes des règles de nos sociétés humaines.

Le Royaume de Dieu est un royaume où tous partagent une égale dignité. C’est un royaume où ceux que l’histoire ou la société avaient relégués retrouvent leur place et leur dignité. C’est un royaume où il n’existe plus de dépendance de certains vis-à-vis d’autres pour des raisons économiques : nul n’est plus prisonnier de ses dettes. En d’autres termes, la venue de Jésus en notre monde inaugure un Jubilé permanent. L’attention particulière pour les plus pauvres, l’attention pour les exclus, la remise des dettes, qui étaient exceptionnels dans l’ancien Israël, deviennent maintenant les caractéristiques mêmes du Royaume qu’annonce et qu’inaugure Jésus.

Pourtant, au temps de jésus, la société ne change pas d’un seul coup. La pauvreté demeure massive. Les sociétés humaines demeurent violentes, et le plus souvent injustes. Et, 2000 ans plus tard, aujourd’hui encore, nous pourrions faire le même constat.

Comment comprendre alors la parole de Jésus ? Le message de Jésus n’est pas politique au sens premier du terme. C’est un message avant tout spirituel. C’est-à-dire que la parole de Jésus nous invite à prendre position vis-à-vis de notre propre existence, au nom de Dieu lui-même. Sommes-nous prisonniers de notre condition sociale, sommes-nous prisonniers des apparences sociales, de la hiérarchie sociale ? Jésus nous invite à penser notre propre existence non pas à partir de l’organisation et des hiérarchies que tout société se donne à elle-même, il nous invite à penser notre existence à partir du projet de Dieu. Et ce projet est caractérisé, pour chaque être humain, par la dignité et par la justice, par la vérité et par la paix. Il s’agit alors, pour les croyants, là où ils sont, quelle que soit leur situation, il s’agit de rendre compte de ce projet de Dieu incarné par Jésus, Jésus qui a vécu ce projet, en dépit de toutes les oppositions, jusqu’à la Croix. Oui, il s’agit pour nous de rendre compte du projet de Dieu, et d’en témoigner au jour le jour, là où nous sommes.

C’est la mission  de l’Église, une Église dont l’organisation s’est faite pas à pas, petit à petit. 

La première lettre aux Corinthiens nous donne un écho de la vie de la toute jeune communauté de Corinthe, peu après sa fondation par Paul. La prédication de Paul, comme celle d’Esdras, comme celle de Jésus, la prédication de Paul est adaptée à la culture des Corinthiens, et vise à organiser une communauté où les bonnes volontés surabondent, mais où la mise en place de points de repère est nécessaire.

En prenant la comparaison du corps, Paul invite les Corinthiens à agir en fonction du bien commun. Quoi qu’il en soit des talents de tel ou tel, il s’agit de discerner quelle est la meilleure organisation de la communauté, pour qu’elle témoigne au mieux de l’œuvre du Christ et de l’avènement du Royaume.

Alors, certaines fonctions et responsabilités sont mises en avant : les apôtres, les prophètes, ceux qui enseignent, et d’autres responsabilités sont citées, mais au second plan, comme moins susceptibles de contribuer au bien commun de la communauté : le parler en langue, les révélations privées, etc..

Le défi de la communauté de Corinthe est notre défi, même s’il ne se pose évidemment pas dans les mêmes termes. Ce défi est le suivant : comment rendre compte du fait que, comme le dit Jésus dans l’Évangile, comment rendre compte du fait, qu’en Jésus-Christ, les espérances les plus profondes de l’humanité sont accomplies. C’est la mission de toute communauté chrétienne. C’est la mission de notre communauté chrétienne.

Et pour répondre à cette question, notre communauté chrétienne, comme toutes les communautés croyantes, est invitée à se fonder sur l’Écriture, sur la Bible.

Reconnaître la Bible comme une Écriture Sainte, où la Parole de Dieu nous est confiée. Cette parole nous est confiée pour que nous la traduisions et pour que nous l’interprétions pour nos contemporains.

La mission commune de notre communauté chrétienne est de porter la Parole de Dieu, elle est de la rendre compréhensible pour ceux qui nous entourent, et enfin, elle est d’en discerner les fruits pour notre vie quotidienne, d’en manifester l’actualité et la fécondité.

 

Que l’Esprit-Sant nous assiste dans ce travail de lecture, de traduction et d’interprétation. Amen.