2ème dimanche de Pâques — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

2ème dimanche de Pâques

2 ème Dimanche de Pâques 2025 / OZ 02 SO 2025

Olivier Artus

En ce deuxième dimanche de Pâques, nous célébrons le dimanche de la divine
miséricorde, liturgie instaurée par le pape Jean-Paul II en l’an 2000, et nous
continuons ainsi à entrer dans le mystère pascal. Christ est mort et ressuscité
pour nous, mort et ressuscité pour notre salut, c’est-à-dire que le Christ nous fait
miséricorde, qu’Il regarde notre vie non pas avec un regard semblable au nôtre,
un regard qui, trop souvent, est un regard de juge sévère, Non, en Jésus-Christ
Dieu regarde avec amour notre vie, telle qu’elle est, et il l’accueille.
Sous le regard du Christ, nous comprenons que nous sommes des femmes et des
hommes blessés, et que nous avons besoin de son soutien, de sa compassion.
C’est bien le rôle de l’Église de rendre témoignage à ce soutien du Christ pour
celles et ceux qui sont en difficulté. Oui, rendre témoignage à son soutien, à sa
compassion. Le livre des Actes des Apôtres, qui était notre première lecture,
nous décrit l’histoire des premières communautés chrétiennes, à Jérusalem
d’abord, puis en Judée et en Samarie, enfin dans l’ensemble du bassin
méditerranéen. Partout où ils se trouvent, les disciples du Christ portent attention
en priorité aux personnes en souffrance, comme ici au chapitre 5 des Actes des
Apôtres. Ils portent attention aux malades, aux personnes ayant un handicap, et
que l’on place sur leur chemin.
Cette caractéristique des premières communautés chrétiennes n’est pas sans
rappeler une expression familière du pape François : « L’Église hôpital de
campagne ». Oui l’Église ne peut pas se contenter d’être le rassemblement des
bien portants, des personnes dont la vie est conforme à la norme sociale, sur le
plan de la santé, sur le plan de la famille ou du travail. En désignant l’Église
comme hôpital de campagne, le pape François rappelait la mission première de
l’Église, qui est d’annoncer le salut, et aussi d’en donner les signes concrets, en
portant assistance aux personnes qui sont le plus en souffrance, sur le plan
physique comme sur le plan moral. Être témoin de la miséricorde divine auprès
de nos contemporains, voilà la mission essentielle de l’Église.
Mais pour mener cette mission comme disciples du Christ, nous devons prendre
conscience du caractère particulier des temps qui sont les nôtres, des temps que

nous vivons. C’est ce que nous conduit à faire la lecture du livre de
l’Apocalypse.
Apocalypse est un mot grec qui signifie « révélation ». En Jésus-Christ, nous
recevons la révélation de la vérité du monde. En Jésus-Christ, mort et ressuscité
pour nous, s’ouvrent les temps nouveaux du Royaume de Dieu. Ce Royaume est
déjà là. Il est inauguré par le résurrection du Christ. Mais ce royaume est encore
en construction, et il requiert notre coopération, notre adhésion.
Les Chrétiens sont invités à se tenir de plain-pied dans le monde dans lequel ils
habitent, et en même temps, il sont invités à ne pas se laisser faire prisonniers
par le monde, à ne pas adopter les valeurs du monde. Aujourd’hui quelles les
sont les « valeurs du monde », dans nos sociétés occidentales ? Ce sont la
compétition, l’individualisme, l’illusion de l’autonomie, la quête de la réussite
individuelle, qui se traduit par exemple par la compatibilité des followers, des
« suiveurs » sur les réseaux sociaux ». Ces valeurs individualistes et
matérialistes ne peuvent pas mener au bonheur. Elles offrent une satisfaction
illusoire et provisoire.
Citoyens du monde, les Chrétiens sont invités par le Christ à regarder le monde
en fonction de valeurs nouvelles, les valeurs du Royaume de Dieu, que Jésus lui-
même a annoncées et incarnées au cours de son ministère public en Galilée, et
Judée, et dans les régions environnantes. Comment décrire ces « valeurs du
royaume ». ? Quatre termes que l’on retrouve dans les Psaume 84 y suffisent :
amour et vérité, justice et paix. C’était la promesse de Dieu à Israël. C’est la
promesse qui se réalise en Jésus-Christ. En Jésus-Christ amour, vérité, justice et
paix sont incarnées. Mais, en Jésus-Christ, Amour, vérité, justice et paix
rencontrent des oppositions, qui vont jusqu’à la passion et la Croix.
Enfin, en Jésus-Christ ressuscité amour, vérité, justice et paix triomphent pour
toujours. Et c’est pourquoi, il n’y a pas, aujourd’hui, d’autre chemin pour nous,
il n’y a pas d’autre chemin vers le bonheur que de devenir des ouvriers de
l’amour —  de la miséricorde, les termes sont équivalents — des ouvriers de la
miséricorde, de la vérité, de la justice et de la paix. Voilà quatre « valeurs du
Royaume » , qui sont autant de points de repère pour évaluer notre vie, notre
comportement, notre action, et pour nous mettre en route sur un chemin de
conversion.
Sur ce chemin, le Christ ressuscité nous accompagne. L’ Évangile de Jean que
nous venons d’entendre nous décrit ce qu’il en est de la relation des Chrétiens,

des croyants avec le Ressuscité. C’est une relation authentique. Une relation
avec une personne bien identifiée. Et la condition de cette relation est la foi. Ce
n’est pas pour rien que l’Évangile nous décrit les doutes de Thomas. Nous y
reconnaissons nos propres doutes, qui nous assaillent parfois. Et nous
comprenons que le Christ ressuscité nous accompagne, au cœur même de nos
doutes. Il ne s’en détourne pas. Jésus va littéralement « chercher » Thomas là où
il se trouve, dans son manque de foi, pour le ramener dans la communautés des
croyants.
C’est un autre aspect de cet Évangile, il nous montre que la foi ne peut se vivre
en dehors d’une communauté de croyants. Une communauté bien modeste ici : il
n’y a que 11 apôtres. Les débuts de l’Église ont vu se multiplier ce qu’on l’on
appelle les Églises domestiques. Comme ici dans l’Évangile de Jean, on se
réunit dans une maison, pour célébrer le Christ ressuscité. Cette compréhension
domestique, cette compréhension familiale de l’Église a tout son intérêt
aujourd’hui encore.
Les Églises d’Afrique ont beaucoup travaillé la notion d’Église famille, qui
dérive de la réalité de ces Églises domestiques. Et nous-mêmes ici, dans
l’Yonne, nous sommes sans doute appelés à porter un regard neuf sur notre
expérience de foi et de vie communautaire. Au cœur de l’hiver, nous avons
parfois l’impression, d’être un peu isolés, d’appartenir à une communauté bien
peu nombreuse. Et pourtant, comme lors des débuts de l’Église, le Christ est tout
autant présent dans cette communauté familière, dans cette communauté peu
nombreuse, que lors des plus grands rassemblements.
La situation de l’Église aujourd’hui évoque parfois la situation des premiers
siècles. Et nous avons la même mission que ces toutes premières communautés
chrétiennes : témoigner de la miséricorde du Christ ressuscité, devenir des
ouvriers de la miséricorde, de la vérité, de la justice et de la paix.
Que l’Esprit du Christ ressuscité nous en donne la force, et qu’il maintienne en
nous bien vivante la joie d’être et de demeurer ses disciples. Amen.