Homélie 5ème dimanche de Pâques
5 ème Dimanche de Pâques 2025 / OZ 05 SO 25
Olivier Artus
En nous rendant attentifs aux lectures de ce Dimanche, nous voyons se dessiner
progressivement une figure de l’Église, l’Église telle que la comprennent les
auteurs des Traditions du Nouveau Testament. Une figure de l’Église qui garde
toute sa nouveauté, toute sa fraîcheur pour nous, pour nous qui lisons ces textes
presque 2000 ans après leur rédaction.
Commençons par le livre des Actes des Apôtres : ce qui impressionne tout
d’abord, c’est l’itinéraire emprunté par Paul et Barnabé. Ils parcourent une
bonne partie de l’Asie mineure, allant de ville en ville, et faisant preuve d’une
énergie missionnaire extraordinaire.
Énergie missionnaire, mais aussi, esprit d’innovation. Paul et Barnabé
établissent une institution nouvelle à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie.
Les Anciens. Les presbytres, dans le texte. Nous ne sommes pas encore dans
l’établissement de la triade Épiscopes – évêques – presbytres – prêtres, et
diacres, une triade qui apparaîtra à partir du II e siècle de notre ère, mais les
Anciens mis en place en Asie mineure sont, en quelque sorte, les ambassadeurs
de ceux qui exercent la charge d’Apôtre, la charge apostolique — Paul et
Barnabé — et cela nous éclaire aujourd’hui encore sur le rôle des Anciens , des
prêtres. Des prêtres qui, là où ils sont, ne le sont pas en leur propre nom, mais
comme représentants de ceux qui exercent la charge apostolique dans l’Église,
les Évêques.
Inventivité par la création de responsabilités nouvelles dans l’Église, inventivité
aussi quant à la manière dont Paul et Barnabé exercent leur charge, qui est une
charge apostolique : revenus à Antioche de Syrie, ils rendent compte à
l’assemblée, ils rendent compte de leur mission à l’Église rassemblée, et nous
pouvons voir dans ce compte-rendu de Paul et de Barnabé les prémices d’in
fonctionnement synodal de l’Église, dont le pape Léon a rappelé l’importance
dès son élection. Comme nous le percevons en lisant les Actes des Apôtres, le
fonctionnement synodal ne signifie pas que tous ont la même charge ou la même
mission dans la communauté chrétienne, mais il signifie que tous sont partie
prenante de cette mission, c’est-à-dire concernés par cette mission. Nulle part de
l’Église ne peut demeurer indifférente à la vie des communautés qui se situent
dans les autres parties du monde. Et pour revenir à notre actualité diocésaine,
c’est aussi ce que nous rappelle la présence de prêtres venus d’Afrique dans
notre diocèse. Ils nous rappellent que l’Église ne se résume pas à notre périmètre
européen, et que la prise en compte de la dimension synodale de l’Église nous
invite à mieux appréhender son caractère universel.
Une Église missionnaire, une Église inventive : c’est ce que nous décrivent les
Actes des Apôtres. Une Église qui est aussi, dans la force de l’Esprit, une Église
qui est témoin des temps nouveaux qui sont ouverts par la résurrection du Christ.
Le livre de l’Apocalypse utilise l’image de la création pour nous le dire : « J’ai
vu un ciel nouveau et une terre nouvelle ». Autrement dit, la résurrection du
Christ ouvre une nouvelle étape dans notre compréhension de la création. Notre
existence ne se limite pas à notre vie terrestre. Ce que nous construisons lors de
notre vie terrestre — les relations, les liens humains, les liens de charité — tout
cela est promis à l’éternité. Et c’est cette dimension d’éternité de notre existence
que veut nous rappeler, dans le livre de l’Apocalypse, l’image de la Jérusalem
céleste, la cité où nous sommes appelés à vivre pour toujours.
Alors nous pourrions être tentés de nous réfugier déjà dans cette vision du
Royaume de Dieu qui nous est promis. Mais la foi ne nous dispense pas d’un
engagement réel, d’un engagement concret dans la société de notre temps.
Au contraire, c’est parce que nous croyons à la promesse du Royaume de Dieu
que nous sommes invités par le Christ à nous engager différemment dans le
monde et dans la société. Dans l’Évangile de Jean, Jésus dit à ses Apôtres : « À
ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les
uns pour les autres ».
Ce vocabulaire de l’amour n’est pas nouveau. Nous le trouvons déjà dans
l’Ancien Testament, par exemple dans le livre du Deutéronome : « Tu aimeras le
Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de tout ton être ». Et aussi dans le Lévitique
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». L’amour de Dieu et l’amour du
prochain sont donc, déjà, dans l’Ancien Testament, mis en relation. Mais si nous
lisions de près ces textes, nous verrions que cet amour a une dimension
essentiellement juridique : aimer son prochain, c’est faire ce que la loi prescrit,
dans tous les domaines de la vie quotidienne. Autrement dit, dans les traditions
d’Israël, aimer, c’est avant tout respecter et mettre en œuvre la justice.
Jésus, dans son discours de l’Évangile de Jean, ajoute deux dimensions à cet
engagement pour la justice :
Aimer, implique bien sûr de mettre en œuvre ce qui est juste, en particulier sur le
plan social, mais aimer, c’est également s’engager dans une logique de service et
de gratuité.
Une logique de service : Jésus s’agenouille devant ses disciples au cours de leur
dernier repas, pour leur laver les pieds, symboliquement. Il leur manifeste ainsi
que le service est la clef de compréhension de son action. Jésus va mourir en
Croix, au service de l’humanité tout entière, pour manifester que le mal n’est pas
le dernier mot de la vie humaine.
Service, et gratuité. Jésus se met au service de ceux qui l’entourent, dans une
démarche de don gratuit. Il n’attend rien en retour. Et il casse ainsi la logique de
l’échange, la logique marchande, qui caractérise la majorité des relations
humaines. Pas seulement les relations commerciales, mais les relations
quotidiennes : je te donne ceci, si tu me donnes cela.
L’Église porte la Parole du Christ. Et cette parole invite donc nos communautés
chrétiennes à s’approprier l’invitation du Christ à la justice, au service et à la
gratuité. Pas de relations marchandes au sein d’une communauté chrétienne. Pas
de tentative de prise de pouvoir. Les missions dans l’Église sont toujours des
missions reçues, et non conquises de haute lutte. Ces missions n’appartiennent
pas à ceux qui les reçoivent. Et le meilleur signe en est que ces missions ont un
terme, que ce soit les missions qui concernent les baptisés, les missions des
ministres ordonnés, ou encore la mission des évêques. Au terme de la mission,
on la remet à celui qui vous l’a confiée, qui envoie alors de nouvelles personnes
en mission.
Les lectures que nous avons entendues ce dimanche dessinent une figure forte et
appelante de l’Église. Une Église missionnaire, une Église inventive, une Église
synodale, une Église qui annonce la réalité nouvelle du Royaume de Dieu, une
Église qui cherche à rendre au quotidien un témoignage au Christ, au Christ
maître de Justice, au Christ qui vit jusqu’à la Croix le service et la gratuité.
Puissions-nous, chacun à notre mesure, et forts du don de l’Esprit, puissions-
nous être les acteurs, les acteurs libres et désintéressés de cette Église vivante,
de cette Église signe d’espérance donné au monde. Amen.