Homélie 3ème dimanche de l'Avent
3 ème Dimanche Avent 2025 / AZ 03 SO 25
Olivier Artus
Les textes que nous venons d’écouter nous décrivent une humanité en
attente. En attente de libération, en attente de guérison.
Le livre d’Isaïe fait allusion au retour des exilés à Jérusalem. Au retour de
ceux qui avaient tout perdu au terme de la guerre menée contre Babylone. Ils
relisent cet événement — leur retour dans leur pays — ils relisent cet événement
comme un événement de salut. Comme le signe de la main de Dieu dans leur
propre vie.
Pourtant les historiens nous disent que le retour des exilés s’est fait sans
bruit, discrètement, au fil du temps, petit à petit. Le texte d’Isaïe ne nous parle
donc pas d’une intervention massive de Dieu dans l’histoire. Il ne parle pas d’un
Dieu puissant qui viendrait changer le cours de l’histoire. Le prophète nous livre
plutôt le fruit de sa propre relecture de l’histoire. Et il voit dans la libération des
captifs et dans leur délivrance le signe de la présence de Dieu au cœur même de
la souffrance qu’ils ont endurée.
Un Dieu qui se situe du côté de ceux qui ont été humiliés par la défaite, un
Dieu qui est reconnu comme un Dieu de liberté, comme un Dieu qui sauve. Un
Dieu qui est présent chaque fois que quelque chose l’ordre de la libération et du
salut se vit.
« Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des
sourds ». C’est une promesse toute symbolique qui est ici énoncée par le
prophète Isaïe. La promesse d’un don que Dieu fera à son peuple. Le don du
discernement. Ne plus être aveugle à l’œuvre de Dieu. Ne plus être sourd à sa
parole, mais reconnaître, au cœur de l’histoire, la présence de Dieu qui se tient
dans des lieux inattendus : auprès des son peuple opprimé, et non pas du côté
des puissants, auprès de ceux qui sont abîmés par la vie, les boiteux, les muets,
pour reprendre les mots du prophète, et non pas auprès de ceux qui sont
comblés.
C’est dans la lignée des prophètes que s’inscrit la figure de Jean-Baptiste.
Jean-Baptiste, le dernier des prophètes, Jean-Baptiste, qui, dans l’Évangile de
Matthieu, essaye de comprendre les événements qu’il est en train de vivre,
comme jadis le faisait le prophète Isaïe. Qui est Jésus ? C’est la question qui se
pose Jean-Baptiste.
Et la réponse que va lui apporter Jésus reprend les termes de la prophétie
d’Isaïe. « Les aveugles retrouvent la vie, les sourds entendent ». C’est une
affirmation qu’il faut prendre au premier et au second degré. Au premier degré,
Jésus guérit. Il sauve les aveugles et les sourds que la maladie a marginalisés. Et
au second degré, Jésus donne à ses disciples le discernement, il leur donne de
reconnaître en Jésus-Christ, Dieu lui-même, Dieu qui se rend présent à notre
monde.
Nous vivons notre foi 20 siècles après ces événements, et pourtant, le
Christ nous invite à être, nous aussi, les acteurs de ces événements. Qu’est-ce
que cela signifie ? « Les aveugles retrouvent la vie, les sourds entendent ». Cette
parole de Jésus vaut aussi pour nous. Lorsque nous lisons cet Évangile, notre
première impression est sans doute que Jésus parle des autres. Il vient guérir
ceux qui sont sourds et aveugles. Mais progressivement, notre esprit s’éclaire et
nous comprenons que nous sommes les sourds et les aveugles du 21 ème siècle.
Jésus vient guérir nos cécités et nos surdités.
Qu’avons-nous donc tant de mal à entendre et à voir ? Nous sommes
conscients de la détresse du monde. Nous la connaissons : les moyens
d’information nous y donnent accès tous les jours : images de guerres, de
famines, de migrations avec leur cortège de souffrance, et plus près de nous
l’isolement de certains, la pauvreté, les violences familiales etc…
Au cours de son ministère public et Galilée et en Judée, Jésus a rencontré
des situations similaires. Et pourtant, il n’a pas transformé la situation politique
et sociale de son temps. Il n’a pas mis fin à l’oppression des Romains. Il n’a pas
renversé le pouvoir d’Hérode. Il a choisi une autre voie, plus discrète, plus
humble. Il a prêté son attention, d’une manière très concrète, à tous ceux qui se
trouvaient sur son chemin, quelle que soit leur situation. Le jeune homme riche,
comme les miséreux, le centurion romain, comme la femme adultère. Voir et
entendre. Jésus a accepté de voir le monde tel qu’il était, et d’écouter
attentivement tous ceux qu’il rencontrait, leur donnant ou leur rendant ainsi leur
dignité humaine, leur dignité de personne.
Ne pas demeurer aveugles ni sourds. Apprendre à voir et à entendre, c’est
l’invitation que nous adressent donc aujourd’hui ces lectures du troisième
dimanche de l’Avent. Il ne s’agit pas de faire de grandes choses ni de développer
de grandes idées, mais de nous rendre simplement attentifs aux personnes,
quelles qu’elles soient, avec le regard et l’écoute qui fait de chacune et de
chacun de nos interlocuteurs un authentique sujet, une authentique personne
humaine.
En agissant ainsi, en cherchant à faire nôtres le regard et l’écoute que
Jésus manifestait pour tous ceux qu’il rencontrait, nous devenons ses
authentiques disciples, portant autour de nous son message de salut.
La lettre de Saint-Jacques nous fait prendre conscience que le premier lieu
dans lequel, nous les Chrétiens, nous sommes invités à agir de la sorte, c’est
l’Église elle-même. La communauté chrétienne n’est pas exempte de cécités ni
de surdités. D’incompréhensions réciproques qui peuvent conduire à des
manques évidents de charité. « Ne gémissez pas les uns contre les autres, écrit
Jacques ». « Prenez pour modèles de patience et d’endurance les prophètes ».
Autrement dit, être chrétien n’est pas l’engagement d’un moment. C’est une
course de fond. Une course de fond, au cours de laquelle les disciples du Christ
sont invités, non pas à gémir les uns contre les autres, mais à se porter les uns les
autres.
Veiller à la qualité de notre écoute et de notre regard, en renonçant aux
gémissements, c’est-à-dire à la médisance, voilà le conseil très concret de Saint
Jacques à toutes les communautés chrétiennes, pour qu’elles demeurent dignes
du nom du Christ.
Frères et Sœurs, que ce temps de l’Avent nous permette de convertir notre
regard, notre regard sur notre propre vie, et également le regard que nous
portons les uns sur les autres. Ainsi, nous pourrons avancer à la suite du Christ,
en étant dignes du nom de disciples. Amen.