Homélie du 28ème dimanche ordinaire — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie du 28ème dimanche ordinaire

28 ème Dimanche ordinaire / JK 28 SO 25

Olivier Artus

Les lectures de ce Dimanche nous parlent de personnes infréquentables.
Doublement infréquentables. Infréquentables du fait de leur maladie, la lèpre,
qui est comprise comme un signe d’impureté, une impureté qui exclut
totalement de la communauté. Infréquentables, parce que ces personnages sont
des étrangers — Naaman le Syrien, le lépreux samaritain — des étrangers qui
doivent rester à distance du peuple de l’Ancien Israël, ou du peuple juif, ici
encore pour des raisons de pureté. En acceptant de rencontrer et de guérir
Naaman le Syrien, le prophète Élisée fait tomber les barrières et les préjugés. Et
en acceptant de rencontrer et de guérir des lépreux, parmi lesquels se trouve un
Samaritain, Jésus s’affranchit totalement des règles de pureté de la communauté
juive de son époque.
Réintégrer ceux qui se trouvent exclus par leur condition sociale, et par leur
condition physique. C’est l’une des dimensions essentielles de ce que Jésus lui-
même nomme le « salut ». Sauver l’humanité, la communauté humaine, pour
qu’elle ne soit plus divisée en fonction de préjugés qui portent sur
l’appartenance sociale, sur l’origine, sur l’état de santé même, Oui, faire en sorte
que la communauté humaine soit rassemblée dans un esprit de paix, et mette en
œuvre une vraie solidarité, une solidarité concrète envers tous ceux qui
souffrent.
Lutter contre l’exclusion, contre les pauvretés quelles qu’elles soient, quelle que
soit leur cause, c’est précisément le propos de l’exhortation apostolique publiée
cette semaine par le pape Léon. Dilexi te. « Je t’ai aimé ». Cette formule, est
empruntée au livre de l’Apocalypse, et elle est placée sur les lèvres du Christ qui
s’adresse à la communauté chrétienne de Philadelphie, en Asie mineure, une
communauté pauvre, une communauté persécutée et méprisée. Et dès lors, écrit
le pape Léon, dès lors, par extension, cette phrase du Christ s’adresse à tous
ceux qui se trouvent dans une situation identique : ceux qui ont peu de force,
écrit le pape, peu de force, peu de pouvoir, les souffrants, les pauvres.
C’est à eux que l’Église a reçu la mission d’annoncer prioritairement le salut.
Mais comment le faire ? La réponse du pape est la suivante : les chrétiens ne
peuvent se contenter d’être spectateurs, il doivent entrer concrètement dans
l’action. Je cite ici le numéro 49 de l’exhortation, un paragraphe qui concerne
les personnes malades : « La compassion chrétienne se manifeste de manière

particulière dans le soin des malades et des souffrants. Sur la base des signes
présents dans le ministère de Jésus — la guérison des aveugles, des lépreux et
des paralytiques — l’Église comprend que le soin des malades, dans lesquels
elle reconnaît immédiatement le Seigneur crucifié, est une partie importante de
sa mission ». Et un peu plus loin : « La tradition chrétienne de visiter les
malades, de laver leurs blessures, de réconforter les affligés, ne se réduit pas
simplement à une œuvre philanthropique, mais elle est une action ecclésiale à
travers laquelle, chez les malades, les membres de l’Église touchent la chair
souffrante du Christ ». Fin de citation.
Cette dernière phrase est importante, car elle désigne les malades, et plus
largement les pauvres, quelle que soit leur pauvreté, elle les désigne comme le
sacrement du Christ, comme le rappel vivant de la présence du Christ parmi
nous. Allons plus loin : le Christ associe de manière privilégiée ceux qui
souffrent, ceux qui sont pauvres, à son propre itinéraire, qui est un itinéraire de
passion et de résurrection. C’est ce que dit admirablement la deuxième lettre à
Timothée : « Souviens-toi de Jésus-Christ, si nous sommes morts avec lui, avec
lui nous vivrons, si nous supportons l’épreuve, avec lui nous règnerons ».
Autrement dit, le Christ emmène avec lui sur un chemin de salut tous ceux qui
partagent avec lui la souffrance, la pauvreté, la Passion.
C’est de cette Bonne Nouvelle que l’Église est le témoin. C’est de cette Bonne
Nouvelle, que l’Église, que toute communauté chrétienne a reçu la mission de
témoigner. Le pape Léon est lucide. Ce témoignage est difficile, et il peut arriver
que nous nous donnions de « bonnes raisons » pour y échapper. Mais le pape
montre dans son exhortation comment, de génération en génération, des
chrétiens se sont engagés pour que les exclus, pour que les personnes pauvres
soient prises en charge. Non pas seulement comme objets de la compassion de
tous, mais comme véritables sujets de la communauté chrétienne. Il évoque
l’engagement des saints d’hier et d’aujourd’hui, comme Teresa de Calcutta, en
faveur des oubliés de la société.
Ainsi, notre attitude concrète l’attitude concrète de notre communauté
chrétienne vis-à-vis de ceux qui sont en difficulté, constitue un lieu décisif pour
évaluer notre propre engagement dans la foi. Citant Saint Jean Chrysostome, le
pape Léon écrit : « La charité n’est pas une voie facultative, mais le critère du
vrai culte. L’attention aux plus pauvres n’est pas une simple exigence sociale,
mais une condition du salut ».

Pour l’énoncer autrement, une communauté qui n’aurait aucun souci des
pauvres, ne serait plus témoin de rien, ne serait plus en mesure de témoigner du
salut que Jésus-Christ, qui s’est fait pauvre et souffrant, propose à l’humanité
tout entière. C’est cette universalité du salut qu’illustrent la première lecture et
l’Évangile que nous venons d’entendre. Le syrien Naaman était marginalisé par
la lèpre, bénéficiant de la guérison, il rend gloire au Dieu d’Israël et est réintégré
à son peuple. En lisant la finale de ce texte, nous comprenons que le salut n’est
pas simplement une idée. Ou une promesse pour demain. Celui qui bénéficie
d’un geste de salut voit son existence concrète transformée. Il en va de même
dans l’Évangile. Les lépreux étaient contraints de vivre en marge de la société.
Guéris par le Christ, ils sont rendus à leur vie antérieure, qu’ils soient Judéens
ou Samaritains. Le salut reçu transforme leur existence, et constitue le signe et
l’annonce d’un salut bien plus grand, d’un salut définitif qui est l’avènement du
Royaume de Dieu.
Nous nous trouvons aujourd’hui dans la même situation que les personnages de
ces récits bibliques. Chacune et chacun d’entre nous a besoins d’être sauvé, mais
comme Élisée dans le livre des Rois, ou comme le Christ dans l’Évangile,
chacune et chacun d’entre nous peut également contribuer concrètement à
l’œuvre de salut voulue par Dieu lui-même et réalisée par le Christ.
Contribuer concrètement à l’œuvre de salut. Le Christ, en effet veut nous
associer à son œuvre de salut. Il nous y associe dans l’Eucharistie, dans laquelle
nous sommes unis à la Passion et à la promesse de la résurrection. Mais il nous y
associe également en nous invitant à un engagement concret vis-à-vis de toutes
celles et de tous ceux qui, au milieu de nous, par leur souffrance, par leur
pauvreté, sont les signes vivants de la passion du Christ. Comment faire ? Tout
d’abord convertir notre regard. Apprendre à voir. Ne pas se détourner. Jésus voit
les lépreux. Il ne se détourne pas. Puis, agir, agir à la mesure de nos moyens,
agir avec un objectif : réintégrer à la communauté humaine ou à la communauté
chrétienne ceux que la vie, ceux que la souffrance en a éloignés. Le fait que nos
communautés chrétiennes demeurent toujours capables d’inclure, d’accueillir les
personnes dans la diversité de leurs itinéraires, est une signe donné du salut, un
signe donné de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Seigneur, tu nous invites à élargir notre regard, à ne pas nous détourner de ceux
qui souffrent, à respecter leur dignité. Donne-nous la claire vision de ce à quoi tu
nous appelles, pour être ou pour devenir des témoins actifs du salut que nous
donnes. Amen.