Pâques 2025 — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Pâques 2025

Pâques 2025 / Oster 2025
Olivier Artus

Pris par surprise. Les apôtres, et les femmes qui suivaient Jésus sont pris par
surprise par la résurrection. Jésus la leur avait pourtant annoncée, mais
l’événement dépasse tout ce qu’ils pouvaient imaginer et il remet en question
leurs certitudes et leur vision du monde.
Les modalités mêmes de l’annonce de la résurrection défient toutes les règles de
la société du temps de Jésus. Pendant ce temps de Pâques qui s’ouvre
aujourd’hui, la liturgie va nous proposer de relire les différents récits de la
résurrection. Des récits qui bouleversent toutes les hiérarchies sociales. Ce sont
des femmes qui font la découverte du tombeau vide. En particulier, Marie-
Madeleine, qui suit Jésus depuis le début. Des femmes qui, au temps de Jésus
sont reléguées à des rôles secondaires dans la société. Et elles ont pourtant le
privilège d’être les premiers relais de la Bonne nouvelle auprès des apôtres.
Des apôtres qui ont du mal à croire. Particulièrement Pierre, dont plusieurs
Évangiles, dont celui de Luc, que nous avons entendu hier soir, ou celui de Jean
que nous venons d’écouter, soulignent l’incrédulité. Cette note des Évangiles sur
l’incrédulité de Pierre est intéressante. Car Pierre est celui sur lequel le Christ
fonde la toute première communauté chrétienne. Et en même temps, les
Évangiles soulignent les limites, les lenteurs de ce personnage. Le Christ
assume, il prend sur lui les limites de notre humanité, les limites de l’humanité
de ses disciples. Ses disciples qui deviennent, malgré tout, les porteurs de la
Bonne Nouvelle de sa résurrection. L’Église tout entière est à l’image de Pierre,
elle est « terreuse », elle est limitée, et c’est cette réalité bien humaine
— l’Église — que le Christ ressuscité choisit pour y faire demeurer son Esprit.
Croire en la résurrection. C’est finalement ce qui adviendra aux apôtres, et c’est
également ce qui nous est proposé en ce jour de Pâques. Les textes que nous
avons entendus cherchent à nous montrer que la foi ne va pas de soi. Le récit de
l’Évangile qui relate l’épisode du tombeau vide est suivi de différents récits
d’apparition du ressuscité. Car c’est bien d’une rencontre personnelle que
procède la foi au Christ ressuscité. Et il en va de cette rencontre comme de
toutes les rencontres que nous faisons. Il nous faut du temps pour comprendre
qui est l’autre, du temps pour le connaître ou pour l’aimer. 

De la même manière, dans notre vie de foi, il nous faut du temps pour apprendre
à connaître le ressuscité, et pour mesurer ce que change la résurrection dans
notre vie et dans notre monde.
Ce que change la résurrection dans notre vie, c’est notre rapport au mal, au
péché et à la mort. La résurrection du Christ signifie que, contre toute évidence,
le mal et le péché ne sont pas les derniers mots de notre vie. Les épreuves que
nous traversons, le mal que nous faisons parfois, et celui que nous subissons ne
résument pas notre existence. L’itinéraire du Christ — sa vie, sa passion, sa
mort et sa résurrection — l’itinéraire du Christ nous fait comprendre, qu’au-
delà du mal et de la souffrance, Dieu cherche sans relâche à nous redresser, à
nous relever, à nous sauver.
Le Concile Vatican II nous invitait, dans la Constitution pastorale Gaudium et
Spes, le Concile nous invitait à rechercher, dans notre entourage, dans notre vie,
les signes des temps. Les signes des temps, ce sont les signes de la résurrection
du Christ à l’œuvre dans notre vie, comme dans notre monde. Ce sont parfois de
petites choses, un sourire donné ou reçu, un geste d’entraide ou de partage, du
temps donné gratuitement, etc…
L’Église elle-même constitue un signe des temps, parfois discret : c’est cette
équipe d’aumônerie de prison, qui consacre du temps aux prisonniers isolés,
cette équipe d’aumônerie d’hôpital qui est à l’écoute des personnes malades.
L’Église, dont la mission est d’annoncer le Royaume de Dieu qui vient, ce
Royaume inauguré par la résurrection du Christ, oui, l’Église dont la mission est
d’annoncer le royaume de Dieu qui vient. Elle le fait en manifestant, au nom du
Christ, la dignité qui est promise à toute femme, à tout homme, à tout enfant.
Dans un monde en tension, dans un monde où la force et l’égoïsme semblent
l’emporter sur la paix et la justice, il nous faut plus particulièrement être attentifs
aux signes des temps, aux signes, parfois discrets, de la présence de l’Esprit du
Christ ressuscité au milieu de nous : c’est ce bouquet de fleurs lancé dans la mer
par le pape François à Lampedusa, dans une mer où sont morts tant d’hommes
de femmes et d’enfants ; c’est le travail des organisations caritatives, en
particulier en Afrique, dans des pays ravagés par la guerre et la famine…
Nous pouvons avoir l’impression que ces gestes ou ces engagements sont
minuscules, si on les compare à l’ampleur des défis, et pourtant, tous ces gestes
sont le signe de la présence et de la force du Ressuscité parmi nous.

Célébrer Pâques, c’est refuser de baisser les bras, et c’est prendre sur nous cette
responsabilité d’être les témoins de la résurrection parmi les hommes. La
première lettre de Paul aux Corinthiens, que nous venons d’entendre, proclame :
« Ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la
pâte ». C’est cela la mission des Chrétiens : être le levain dans la pâte humaine,
pour que s’y révèlent la force et la joie de la résurrection.
Frères et sœurs, comme les femmes qui vont au tombeau, comme Ma rie-
Madeleine, nous sommes peut-être tristes et découragés, nous nous sentons peut-
être dépassés par les difficultés de notre propre existence, ou encore par le défis
qu’affronte aujourd’hui l’humanité : la violence, la guerre, les défis écologiques.
Comme les femmes qui vont au tombeau, comme Marie-Madeleine au matin de
la résurrection, laissons-nous surprendre par le Christ. Il est ressuscité, et il nous
invite à transmettre cette bonne nouvelle de la résurrection, cette bonne nouvelle
de la victoire de l’amour sur la mort, cette bonne nouvelle qui est promesse du
royaume de Dieu qui vient et qui transforme déjà notre vie et la vie du monde.
Amen.