Homélie 6ème dimanche ordinaire — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 6ème dimanche ordinaire

JK 06 SO 26
Olivier Artus

Les lectures de ce Sixième dimanche ordinaire nous invitent à examiner notre
relation à Dieu. Elles nous font effectuer un parcours qui débute, dans le livre du
Siracide, qui débute par la description d’une relation assez mécanique avec
Dieu. Mais cette relation est appelée à évoluer et elle devient, dans l’Évangile de
Matthieu, elle devient une relation de gratuité. Regardons ces textes de plus
près. Avec le Siracide tout d’abord, le Siracide, un livre écrit au début du II e
siècle avant notre ère.
« Si tu le veux, tu peux observer les commandements. Le Seigneur a mis devant
toi la vie et la mort. Il n’a donné à personne la permission de pécher ».
Décryptons ce texte. La relation des croyants avec leur Dieu, le Dieu d’Israël, la
relation des croyants avec leur Dieu passe par le Loi, elle passe le respect des
commandements. Et donc, les croyants sont supposés capables de se conformer
à la Loi et aux commandements, sans aucune faille, sans aucun péché. Leur
récompense, c’est la vie. Mais si jamais ils s’éloignaient de Dieu, ils risqueraient
la punition et la mort. C’est ce que l’on appelle la théologie de la rétribution.
Une théologie qui caractérise la plus grande partie des textes de l’Ancien
Testament. Mais nous le voyons bien, cette théologie risque d’être une impasse,
car elle présume des forces des croyants, les croyants qui se retrouvent tous, un
jour ou l’autre, devant l’impasse du péché.
Cette limite de la théologie de la rétribution constitue d’ailleurs l’un des thèmes
principaux de la prédication de Saint-Paul. Si nous nous en tenons à la loi, écrit
Saint-Paul, nous sommes tous des pécheurs. Citons par exemple le chapitre 5 de
la lettre aux Romains, où Paul se fait un peu provocateur : « La loi est
intervenue pour que prolifère la faute, écrit Paul ». Pour l’énoncer autrement,
face à la Loi, nous ne pouvons être que pécheurs.
Mais alors comment faire ? La première lettre aux Corinthiens nous invite à une
compréhension nouvelle des relations qui nous unissent à Dieu. Paul y distingue
deux sagesses. La sagesse du monde, qui prévalait jusqu’à la venue du Christ, et
une sagesse nouvelle, une sagesse inaugurée par le mystère de Jésus Christ. Le
mystère de l’incarnation, le mystère de la passion et de la résurrection du Christ.
Le Christ introduit dans le monde une nouveauté irréductible, une nouveauté qui
invite les croyants à penser d’une manière nouvelle leur relation avec Dieu.

Et c’est cette relation nouvelle que Matthieu s’attache à décrire dans le passage
célèbre de son Évangile que nous venons d’écouter. Ce passage suit
immédiatement les béatitudes, que nous avons écoutées la semaine dernière, et
qui ouvrent le discours sur la montagne.
Il y a deux sections dans le discours de Jésus, que nous venons d’entendre. Tout
d’abord Jésus essaye de préciser le rapport qui existe entre Ancienne alliance et
Nouvelle alliance. Je le cite : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ».
« Pas un iota de la Loi — de la Loi d’Israël, des commandements — pas un iota
de la Loi ne disparaîtra, jusqu’à ce que tout se réalise — c’est-à-dire jusqu’à
l’avènement du Royaume de Dieu.
C’est assez extraordinaire de commenter ce texte à Vézelay, parce qu’il exprime
la même chose que le chapitre 24 de l’Évangile de Luc, l’Évangile des pèlerins
d’Emmaüs, qui est représenté sur le tympan nord du Nartex. Le sens de ces
textes, c’est que Jésus accomplit les Écritures d’Israël, mais en les
accomplissant, il ne les supprime pas. Ces Écritures d’Israël, ces
commandements, ces lois, ces Écritures ont en elle-même une valeur, parce
qu’elles décrivent les chemins, les voies de la justice, dans la vie en société et
dans la vie de la communauté des croyants.
Mais alors, que signifie « accomplir ces Écritures ». C’est ce que cherche à
expliquer la partie suivante du discours de Jésus, que l’on appelle les
« antithèses ». « Vous avez appris », dit Jésus, « Et bien moi je vous dis »,
s’exclame-t-il avant de commenter les commandements d’Israël, les dix
commandements, le décalogue.
Vous avez appris l’interdiction du meurtre, de l’adultère, des faux serments. Ces
règles sont à la portée de tous les croyants, même si les croyants ne les
respectent pas toujours, même s’ils tombent parfois dans la faute et le péché. Les
commandements d’Israël sont des commandements à la portée du tous ceux qui
ont à cœur de promouvoir la justice.
Mais à ces commandements, connus de tous, Jésus ajoute une exhortation à faire
davantage, à aller plus loin. Et Il le fait avec autorité. N’oublions pas que ce
discours, qui fait suite aux béatitudes, est un discours sur la montagne, comme
jadis les commandements d’Israël avaient été révélés au Mont Sinaï. Jésus
s’exprime sur la montagne, sur le mont des béatitudes, avec l’autorité de Dieu.

À quoi Jésus invite-r-il ses auditeurs  ? Il les exhorte à éviter la colère, à éviter
l’insulte envers le prochain, à éviter tout conflit durable, à éviter toute
convoitise, à être fiable dans toutes ses paroles, et à éviter tout mensonge.
Tous ceux qui mettent en œuvre ces règles nouvelles, introduites par Jésus,
entrent dans une relation renouvelée avec leur prochain, une relation qui n’est
plus simplement une relation de justice, mais une relation qui devient une
relation de gratuité.
Mais la mise en œuvre de ces règles nouvelles, de ces règles établies par le
Christ, la mise en œuvre de ces règles est -elle possible ? Réécoutons la liste de
ces exhortations de Jésus : « Éviter la colère, éviter l’insulte envers son
prochain, éviter tout conflit durable, éviter toute convoitise, être fiable dans
toutes ses paroles, éviter tout mensonge ». Il est évident que nul croyant, nul
d’entre nous n’y arrive jusqu’au bout. Et c’est là qu’intervient la révolution
introduite par Jésus dans la manière même de vivre sa foi.
Observer les commandements était à la portée de tous : ne pas tuer, ne pas voler,
etc… Et dès lors, le croyant qui conformait sa vie aux commandements, pouvait
se considérer comme juste. C’est d’ailleurs le propos du livre du Siracide.
Comporte toi bien et tu auras la vie. Tout se passe alors comme si nous pouvions
nous justifier nous-même.
Mais Jésus inaugure une loi nouvelle, une loi de grâce, que nous n’aurons jamais
fini de mettre en œuvre, parce qu’elle nous dépasse.
Jésus nous met en mouvement. « Je ne suis pas venu abolir, je suis venu
accomplir ». Autrement dit, la justice est nécessaire, mais elle n’est pas
suffisante. La justice est requise, mais la communauté chrétienne repose non
seulement sur une loi de justice, mais aussi sur une loi de grâce, une loi de
gratuité.
Et ceci nous invite à relire, à considérer la manière dont nous-mêmes nous nous
engageons dans la vie sociale, et de la vie de la communauté chrétienne.
Mettons-nous en œuvre la justice ? C’est le minimum qui nous est demandé.
Mais au-delà de la justice, sommes-nous capables de gratuité. C’est-à-dire
sommes-nous capables de donner, de donner pour rien, et, sans doute plus
difficile, sommes-nous capables de recevoir, de recevoir sans nous sentir
débiteurs.