Homélie de la Divine Miséricorde 2026 — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie de la Divine Miséricorde 2026

Divine Miséricorde 2026 / OZ 02 SO 26

Olivier Artus

Le Dimanche de la Divine miséricorde, au terme de la semaine pascale, a été
institué par le pape Jean-Paul II en l’an 2000. La Miséricorde de Dieu, la
patience de Dieu, la présence discrète, réelle et efficace de Dieu à la vie de
l’humanité tout entière, c’est ce que nous célébrons en ce dimanche, et c’est ce
que les textes de la liturgie viennent illustrer.
La miséricorde et la patience de Jésus ressuscité : nous les mesurons en écoutant
l’Évangile de Jean. Un Évangile qui est centré sur l’Apôtre Thomas, non pas sur
ce que nous pourrions appeler un peu vite les doutes de Thomas, mais davantage
sur ce qui constitue l’attente précise de Thomas. Les autres apôtres lui disent :
« Nous avons vu le Seigneur ». Que demande Thomas ? Il veut s’assurer qu’il y
a une parfaite continuité entre le Ressuscité, entre le Ressuscité et le Jésus qu’il
a connu, lui, Thomas, au cours de son ministère terrestre. Thomas veut s’assurer
que la relation qui a été nouée entre Jésus et Lui, que cette relation-là n’est pas
interrompue, et qu’elle va pouvoir se poursuivre, pour l’éternité.
L’attitude de Thomas est une réponse à toutes celles et tous ceux qui voient dans
le Christianisme une espérance trop facile, un pansement sur les difficultés de la
vie. Une idéologie qui permettrait d’affronter les drames de l’existence.
L’Évangile que nous venons de lire nous montre que le Christianisme est le
contraire même d’une telle idéologie. Le Christianisme est avant tout fondé sur
la relation. La relation que chaque chrétien, comme Thomas, que chaque
chrétien noue avec Jésus lui-même, cette relation au Christ qui est la source et le
modèle de toutes les autres relations.
Qu’en est-il de la relation que nous nouons avec Jésus lui-même : le dialogue
entre Thomas et Jésus nous en fournit le contenu. Jésus accueille Thomas
comme il est, avec ses hésitations, avec ses inquiétudes, et il le conforte dans sa
foi, et dans ce lien qui l’unit au Christ. Patience du Christ, miséricorde du Christ
qui assume les faiblesses de l’être humain.
Cette relation entre Jésus et tous ceux qui acceptent de devenir ses disciples,
cette relation est la mère de toute les relations. « La Paix soit avec vous ». C’est
la salutation de Jésus ressuscité lors de ses deux rencontres avec les Apôtres.
Cette formule exprime ce qui caractérise le lien que Jésus entretient avec les

siens : la paix. La paix, c’est le contraire du ressentiment, du reproche, de la
jalousie, de l’impatience, de la volonté de dominer.
Et l’Église hérite de Jésus cette invitation à la Paix, et elle la reprend. C’est le
sens de la lecture du livre des Actes des Apôtres que nous avons entendu en
premier. Une description qui peut sembler quelque peu idéalisée de la première
communauté chrétienne, mais une description qui est en réalité un appel — c’est
une description concrète de ce que peut produire la paix, au sein de cette
communauté. Prière commune, communion fraternelle, mais aussi partage des
biens, joie de la vie communautaire, simplicité de cœur. La Paix rayonne sur
tous les aspects de l’existence, aussi bien la vie spirituelle que la vie sociale,
avec cet appel au partage et à l’entraide fraternelle.
L’Église hérite de Jésus ce double appel à la paix et à la miséricorde. Lorsqu’un
Évêque préside une eucharistie, il reprend, en ouverture de la célébration, la
formule que Jésus a adressée aux apôtres : « La Paix soit avec vous ». « La Paix
soit avec vous », ouverture de la célébration bientôt suivie du temps pénitentiel,
conclu par la formule : « Que Dieu tout puissant vous fasse miséricorde ».
Paix et miséricorde, c’est le don que Jésus-Christ fait à ceux qui se réclament de
lui. La Paix et la miséricorde : elles sont confiées à la communauté chrétienne
pour qu’elle en soit le vecteur, au cœur du monde. C’est ici qu’il faut que
chacune et chacun d’entre nous ait le courage de regarder la réalité en face et de
se poser une question très pratique : À quelles conditions concrètes les Chrétiens
peuvent-ils être et demeurer les porteurs privilégiés de la Bonne nouvelle de la
paix du Christ.
Le signe de paix que nous échangeons à chaque Eucharistie n’y suffit pas. Il
nous faut travailler la qualité des relations à l’intérieur même des communautés
chrétiennes, et, pour le faire, partir de ce que nous vivons lors du rite de
communion, à chaque eucharistie. Le rite de communion, lors duquel nous
partageons un même pain, fait de nous des égaux, et il nous confère une égale
dignité. La communion bâtit la communauté et affirme que les liens qui la
rassemblent dépassent tout ce qui pourrait la fracturer.
Tous les Chrétiens ne sont pas identiques : aujourd’hui comme lors des origines
de l’Église, les communautés chrétiennes sont diverses par les différentes
cultures de leurs membres, par leurs différentes histoires personnelles, par leurs
différentes situations sociales, mais aussi par leur manière même de comprendre
et de vivre la foi chrétienne. Et pourtant, ce sont ces communautés diverses,

parfois marquées par des oppositions, par des divisions, ce sont ces
communautés diverses que veut rassembler le Christ dans la Paix et la
Miséricorde.
Des communautés rassemblées, des communautés accueillantes. Signes de Paix
et de miséricorde, les communautés chrétiennes sont ouvertes sur le monde,
ouvertes à toutes celles et tous ceux qui souhaitent les rejoindre. Il y a eu 20000
baptêmes d’adultes en France à l’occasion de Pâques, 106 dans notre diocèse.
C’est un signe du travail de l’Esprit, de l’Esprit du Christ qui œuvre dans notre
monde. L’Esprit du Christ œuvre à la manière du Christ ressuscité, il œuvre avec
patience et en laissant libre. Les catéchumènes ne font pas de bruit, mais, à
Pâques ils constituent une vraie foule, une foule qui vient rejoindre notre Église,
et qui rappelle ces foules de nouveaux chrétiens dont parle le livre des Actes des
apôtres.
Les temps que nous vivons sont source d’inquiétude pour beaucoup. Mais
l’Esprit du Christ ne nous a pas abandonnés. Comme à chaque période de
l’histoire de l’humanité, l’Esprit du Christ est présent. C’est à lui qu’il nous faut
demander la force et la patience de devenir des témoins crédibles de la Paix et
de la miséricorde du Christ.
Ne cherchons pas les traces de son action dans les grandes choses, dans les
grandes réalisations : l’Esprit du Christ travaille en silence dans notre propre
cœur. Il y suscite la paix et la joie. Et nous nous retrouvons alors dans l’état
d’esprit qui était celui des premiers Chrétiens, tel que le décrit la première lettre
de Pierre : « Vous exultez de joie, même si vous êtes affligés, pour un peu de
temps encore, par toutes sortes d’épreuves ».
Frères et Sœurs, de tous temps, au cours de l’histoire, le monde a été affecté par
des guerres, par des tensions, par des violences. Ne nous laissons pas
décourager. Dans ce contexte, prenons mieux conscience encore de notre
responsabilité de Chrétiens qui consiste, là où nous sommes, à mettre en œuvre
au jour le jour la Paix et la Miséricorde du Christ.
Laissons l’Esprit du ressuscité agir en nous, alors, nous pourrons rendre grâce
comme le fait la lettre de Pierre : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur
Jésus-Christ, dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante
espérance, grâce à la résurrection de Jésus-Christ ». Amen.