Homélie 11ème dimanche ordinaire — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 11ème dimanche ordinaire

11 ème Dimanche Ordinaire / JK 11 SO 26

Olivier Artus

Effata, Ouvre-toi, tel était le thème du pèlerinage des mères de famille qui
s’achève aujourd’hui par cette Eucharistie célébrée à la Basilique de Vézelay.
Ouvrir, libérer, délivrer, c’est précisément la mission que Jésus confie à ses
apôtres. Une mission qu’il leur confie immédiatement après leur appel. Sans
délai. Car il y a urgence  « la moisson est abondante et les ouvriers peu
nombreux ». Et l’on comprend, en écoutant l’Évangile, on comprend que cette
mission comporte deux volets qui sont inséparables. Le premier volet est une
parole : l’annonce du Royaume qui vient — « Proclamez que le royaume des
cieux est tout proche » . le second volet est une action : « Guérissez les malades,
ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons ». Oui une
action, une action de libération du mal sous toutes ses formes. La mission n’est
pas donc seulement un discours sur Dieu, mais c’est dans le même temps un
engagement concret dans le monde tel qu’il est, dans le monde qui est habité par
le mal et par la souffrance.
L’action des disciples, dans l’Église naissante, dans l’Église du premier siècle,
l’action des disciples consiste ainsi à créer une brèche dans un monde où la
souffrance et le mal semblent régner en maîtres. En va-t-il vraiment
différemment aujourd’hui ?
Hier, comme aujourd’hui, il est important pour l’Église de bien comprendre son
rôle dans la société dans laquelle elle habite. Car notre Église n’est mise pas à
part du monde ou de la société. Elle y habite de plain-pied. C’est ce qu’a
exprimé le pape Léon XIV, dans le discours qu’il a tenu aux Cortes, au
parlement espagnol lors de sa toute récente visite.
Le pape a tout d’abord précisé à ses auditeurs la relation qui existe entre le
« politique » et le « religieux ». Je le cite : « L’Église « chemine avec
l’humanité », elles partage ses espoirs et ses blessures, elle écoute les
interrogations de chaque époque et elle se laisse interpeller « par tout ce qui
concerne l’existence des hommes et des femmes d’aujourd’hui ». C’est
pourquoi, lorsqu’elle intervient dans la vie publique, elle le fait en respectant la
mission propre des institutions et la responsabilité légitime de ceux qui ont reçu
le mandat de légiférer ». Autrement dit, l’Église n’a pas pour mission
d’interférer avec la responsabilité propre des élus, mais elle a le devoir de

s’exprimer au nom de sa propre compréhension de l’homme, une
compréhension dont la pertinence dépasse les frontières de la communauté
chrétienne. Ce que l’Église dit de la personne humaine, elle le dit de toute
personne, et pas seulement des baptisés. D’où les propos suivants du pape Léon
XIV : « Toute société véritablement juste se fonde sur la reconnaissance de la
dignité inviolable de la personne humaine. Cette dignité précède toute
concession de l’État et ne peut être subordonnée à des consensus sociaux
changeants ni aux aléas des majorités du moment ». Et plus loin dans le
discours :   « Peut-on qualifier de pleinement juste une communauté qui laisse
dans l’ombre l’enfant à naître, la personne âgée, le malade, celui qui souffre en
silence ou celui qui dépend entièrement des soins d’autrui ? La défense de la vie
humaine n’est ni une question partielle ni un intérêt confessionnel : c’est un
objectif de civilisation ». Fin de citation.
Ce discours, ces formules, constituent une manière contemporaine d’exprimer la
mission de libération, la mission de lutte contre toutes les formes d’aliénation
qui est celle de la communauté chrétienne. C’est une manière contemporaine
d’exprimer le fait que les chrétiens sont envoyés aujourd’hui, comme jadis les
premiers disciples, les chrétiens sont aujourd’hui envoyés pour guérir ceux qui
en ont besoin, pour faire vivre et assurer une vie digne, pour combattre toutes les
formes de mal, de souffrance, d’oppression.
Mais qui est envoyé ? Il me semble que la réponse à cette question figure de
manière claire dans le livre de l’Exode qui était notre première lecture. Israël
arrive au Sinaï et le peuple va y recevoir de Dieu lui-même les lois et les
préceptes qui vont lui permettre de mener une vie droite et juste, une vie sainte.
Et le discours divin utilise une expression assez singulière pour qualifier le
peuple des croyants : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation
sainte ». Royaume de prêtres. Cela signifie que le sacerdoce n’est pas réservé à
quelques-uns mais concerne tous les croyants. Tous les croyants reçoivent une
mission sacerdotale. Une mission qui consiste à rendre un culte à Dieu, non
seulement par la prière et par les liturgies, mais et peut-être surtout par leur vie
tout entière. La vie tout entière est un lieu de sanctification, est lieu de sainteté.
Et tout croyant, tout baptisé reçoit cette mission de sanctification.
Le Concile Vatican II, dans sa Constitution sur l’Église a développé cette
intuition, qui est enracinée dans les traditions d’Israël. Je cite le Concile et la
constitution Lumen Gentium, sur l’Église : « Les baptisés ..  sont consacrés pour
être un sacerdoce saint, pour offrir, par toutes les activités du chrétien, autant de

sacrifices spirituels ». Oui, il s’agit de faire de notre vie un sacrifice spirituel, ou
pour le dire avec un vocabulaire plus courant, faire de notre vie une réponse à
Dieu, une réponse au Dieu créateur qui nous l’a donnée. La mission sacerdotale
est la mission de tout baptisé, même si, comme dans l’Église primitive, certains
ministres ont reçu un appel spécifique pour exercer ministère sacerdotal au
service de la communauté et en particulier au service de l’unité de la
communauté.
Mais revenons à cette mission sacerdotale des baptisés. Elle comporte une
dimension liturgique, que nous sommes en train de vivre dans l’Eucharistie, et
elle comporte une dimension d’engagement dans le monde, par le biais des
différentes activités que nous menons. Ce point a également été souligné par le
pape Léon XIV lors de sa visite en Espagne, au cours de la procession du Saint-
Sacrement. Je le cite de nouveau : « Personne ne peut s’agenouiller devant le
Seigneur et mépriser son prochain » Autrement dit, la révérence et l’adoration
que nous avons devant l’hostie consacrée, que nous aurons durant cette
eucharistie, cette adoration nous engage. Elle nous engage envers notre
prochain, quel qu’il soit. L’adoration du Sant-Sacrement appelle l’exercice de la
charité, et l’exercice de la charité s’enracine dans notre fidélité au Christ pasteur
et serviteur.
L’enjeu, l’enjeu pour nous baptisés, l’enjeu pour notre communauté chrétienne,
l’enjeu est de devenir des signes crédibles de ce que nous annonçons. Ce que
nous annonçons, c’est-à-dire le salut. La salut qui n’est pas un terme abstrait. Le
salut qui est la venue du Royaume, dont les signes sont ceux-là même que Jésus
enseigne à ses disciples : « Guérissez les malades, purifiez les lépreux, donnez
gratuitement ». Dès aujourd’hui l’engagement concret dans le service de la
charité donne à voir le Royaume qui vient.
Le salut promis par le Christ est promis à l’humanité tout entière, comme le
rappelle la lettre de Paul aux Romains, mais c’est à la communauté chrétienne
qu’il appartient plus particulièrement de témoigner du salut promis en Jésus-
Christ, d’en témoigner de génération en génération, par le respect de la dignité
de toute vie, par l’attention bienveillante accordée à tout prochain, à tout être
humain qui se trouve sur notre route.
Effata, ouvre-toi, tel était le thème du pèlerinage des mères de famille. En
écoutant ces lectures, nous pouvons comprendre cette expression de multiples
manières. Effata. Nous sommes invités à nous ouvrir aux cris de notre prochain

qui souffre. À nous ouvrir à la Parole de Dieu qui nous envoie en mission. À
nous ouvrir à une juste compréhension de l’eucharistie, l’Eucharistie qui appelle
notre engagement dans le domaine de la charité.
Effata, ouvre toi. Seigneur, donne-nous d’ouvrir nos vies à ta Parole et à ton
Eucharistie. Et fais de nous les authentiques témoins du Royaume que tu
promets. Amen.