homélie ascension 26
Ascension 2026 / Himmelfahrt 2026
Olivier Artus
Si nous en restons au récit des Actes des Apôtres, l’Ascension, c’est
d’abord le constat d’une absence : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à
regarder le ciel ? » C’est la question que posent les deux hommes en vêtements
blancs, les deux messagers du ciel, c’est la question qu’ils posent au Apôtres
déconcertés par le départ du Christ.
Pourtant, ce temps qui débute à l’Ascension et s’achève à la Pentecôte, ce
temps est celui d’une transformation fondamentale : les Apôtres, qui n’avaient
pas compris le sens profond de la Passion et de la résurrection de Jésus, les
Apôtres vont, dans la force de l’Esprit qui leur sera donné, les Apôtres vont
s’engager dans la mission confiée à l’Église, une mission d’annonce de la Bonne
nouvelle, et une mission de rassemblement dans la paix de l’humanité tout
entière autour du Christ.
Commençons par ce moment de l’Ascension, tel que le décrivent les
Actes des Apôtres. Comme c’était le cas des pèlerins d’Emmaüs dans la finale
de l’Évangile de Luc, les Apôtres n’ont pas compris le sens de la mission du
Christ ressuscité : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le
royaume pour Israël ? ». Les Apôtres en sont restés à une espérance politique —
le rétablissement du royaume et de l’indépendance d’Israël ; et ils n’ont pas
encore perçu la dimension universelle de la mission du Christ. Pourtant, ils ont
cheminé avec Jésus sur les routes de Galilée et de Judée, et ils ont été les
témoins de la nouveauté qu’il a introduite dans la communauté juive de son
temps.
La mission de Jésus a consisté à ouvrir cette communauté : à l’ouvrir à
toutes les personnes considérées comme impures, impures du fait de leurs
maladies, de leurs péchés, de leur métier, ou simplement parce qu’elles
appartiennent à un autre peuple. Jésus invite la communauté à laquelle il
appartient à s’élargir à une dimension plus universelle, et à faire tomber les
barrières et les frontières que les préjugés, que les règles de pureté, et que la
peur des étrangers ont conduit à édifier.
Le récit des Actes des Apôtres nous montre que, par leurs propres forces,
les disciples de Jésus sont incapables d’effectuer ce passage. Ce passage d’une
vision étroite de leur propre religion, à une vision ouverte et missionnaire, une
vision nouvelle rendue possible par la résurrection du Christ.
Il manque quelque chose aux Apôtres : ce quelque chose c’est le don de
l’Esprit, l’Esprit du Père et du Fils, l’Esprit qui a donné à Jésus la force
d’accomplir sa mission, et dans l’attente duquel se trouvent maintenant les
Apôtres.
La lettre aux Éphésiens décrit avec un vocabulaire très riche tout ce que
rend possible l’Esprit : c’est un Esprit de sagesse. Un Esprit qui ouvre
l’intelligence, et qui permet de comprendre les enjeux de la mort et de la
résurrection du Christ. Le Christ est ressuscité, mais sa résurrection ne le sépare
pas de l’humanité. Bien au contraire, le Christ ressuscité veut attirer à lui
l’humanité tout entière. De la même manière que le Christ a triomphé du mal, du
péché et de la mort, l’humanité tout entière est appelée à triompher à son tour de
ce qui barre, de ce qui obstrue la perspective de toute vie humaine : le mal, le
péché et la mort.
Et comme le dit la lettre aux Éphésiens, c’est la mission de l’Église
d’attirer au Christ, mieux encore, d’agréger au Christ l’humanité. Je cite la lettre
aux Éphésiens : « Le Père a fait du Christ la tête de l’Église qui est son Corps, et
l’Église c’est l’accomplissement total du Christ ».
La mission de l’Église, notre mission, est donc de faire connaître le Christ,
de faire connaître la traversée qu’il a effectuée — la Passion, le Croix, la
résurrection — et de diffuser la bonne nouvelle : la bonne nouvelle qui est la
promesse faite à toute l’humanité d’être associée à la résurrection du Christ.
L’Église a donc une vocation avant tout missionnaire. L’Église n’est pas
une société humaine comme les autres. Elle n’a pour seul objet que l’annonce de
l’Évangile. C’est ce que proclame la finale de l’Évangile selon Saint-Matthieu :
« Allez ! De toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père
et du Fils et du Saint-Esprit. Et moi, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la
fin du monde ».
Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Les Actes des
Apôtres nous parlent de l’absence du Christ qui laisse ses disciples désemparés,
et au contraire, l’Évangile de Matthieu termine par la promesse d’une présence.
Le Christ est présent à son Église. Il est présent dans les signes et dans les
paroles qu’il a lui-même choisi de nous laisser. Les signes, ce sont les
sacrements. Les sacrements dont il a lui-même défini la forme, et
particulièrement l’Eucharistie. Le Christ a choisi de se rendre vraiment présent
dans la fraction du pain. De se faire reconnaître par ses disciples et par son
Église dans la fraction du pain. Les signes, les Paroles. Les Évangiles consignent
les paroles de Jésus, et les gestes qui les ont accompagnées, tout au long de sa
vie terrestre. Les Évangiles nous permettent ainsi de rencontrer Jésus, non pas
tel que nous le rêvons, mais tel qu’il est vraiment. Tel qu’il est vraiment, c’est-à-
dire incarné dans l’histoire, dans le peuple juif, en Galilée et en Judée, dans une
famille précise, au Ier siècle de notre ère. En lisant les Évangiles, nous sommes
invités à rencontrer Jésus, et à nouer avec lui une relation.
Comme les premiers disciples, nous sommes en attente. Nous attendons
de rencontrer pleinement le Christ. Mais ce temps qu’il nous donne, qui est le
temps de l’Église, ce temps qu’il nous donne est l’espace de notre liberté.
Jésus ne nous contraint pas. Sans cesse, il nous propose de le rencontrer,
comme il le fait ce matin, dans cette Eucharistie. D’une certaine manière, Jésus
nous précède, et il attend notre réponse, qui reste libre.
Notre réponse : il s’agit pour nous d’accepter le Christ comme compagnon
de route. Accepter le Christ comme compagnon de route, et nous associer à son
œuvre. Il y a bien des manières de s’associer à l’œuvre du Christ, et bien des
choix de vie sont possibles, au sein de l’Église, mais nous associer à l’œuvre du
Christ implique pour nous de faire nôtres ses choix fondamentaux. Jésus le
Christ a exprimé ces choix, ces orientations fondamentales dans le discours des
béatitudes, dans le discours sur la montagne. Jésus a résolument choisi et vécu la
douceur, la justice, la compassion, la proximité avec les plus pauvres. Et ces
orientations fondamentales définissent la nature même du Royaume de Dieu
qu’il nous a promis.
C’est à l’Église que le Christ a confié la charge d’annoncer ce royaume de
douceur, de justice et de paix, c’est à l’Église qu’il a confié la charge d’être
fidèle à sa parole, et de préparer son retour.
Le Christ est retourné vers le Père. Mais Il ne nous abandonne pas. C’est
le sens de cette Solennité de l’Ascension. Le Christ nous a laissé sa parole et ses
sacrements, les signes de sa présence, dans l’attente de son retour. Amen.