2017, année Noëlienne

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En ce cinquantenaire de la mort de Marie Noël, poéte d’Auxerre, la paroisse Saint-Germain d’Auxerre s’associe avec la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne et tous les amoureux de cet immense auteur pour en faire redécouvrir l’œuvre.
La dimension littéraire et spirituelle de celle-ci, bien trop méconnue à Auxerre, a pourtant franchi les frontières puisqu’elle est traduite en tant de langues…

©SSNHYCette commémoration, qui a d’ailleurs été retenue par le ministère de la culture au titre de commémoration nationale, est une formidable occasion pour nous de franchir paisiblement la frontière qui sépare souvent le monde de la culture de celui de la foi. Si cette frontière est contre-nature, puisqu’elle sépare ce qui dans l’histoire des hommes n’a cessé d’être rencontres fécondes, elle n’en est pas moins réelle aujourd’hui, et nous sommes souvent victimes des tentatives d’épuration en tout genre visant à débarrasser la foi de ses oripeaux culturels et la culture de ses “vestiges” religieux.

Avec Marie Noël, nous empruntons une petite sente qui, par bien des aspects, ressemble à la petite voix de sainte Thérèse de Lisieux, un chemin sans prétention qui est fait de chansons, de mots simples, d’émotions abyssales, et pourtant accessibles au Cœur qui fait silence.

Marie Noël est sans aucun doute une mystique, mais une mystique de l’ordinaire, qui a su faire danser, dans ses poèmes comme dans sa prose, les vieilles maisons d’Auxerre, les forêts de Diges, celles du Morvan, et les grandes questions humaines, avec la vie des plus simples gens, celle des roses et des oiseaux.

Nous avons besoin de Marie Noël, parce que notre monde, pas seulement celui des journaux télévisés internationaux et des grandes chroniques historiques, mais celui de chez nous, notre monde qui s’incarne dans notre terre icaunaise sur les pentes de notre petite colline auxerroise, avec tout son petit cortège d’humanités singulières, est souvent désenchanté. Nous le dépouillons de son mystère, de sa profondeur, de sa grande beauté en le comparant au monde des autres, à celui des grandes métropoles tellement plus attractives, à celui des paysages grandioses d’Asie ou d’Amérique alors qu’il ne demande qu’à être aimé avec son petit peuple bringuebalant dans lequel le meilleur, le plus beau, le plus vrai, est décliné de manière unique. À nous de nous en rendre compte avec l’aide de cette âme blessée et lumineuse.

 

Père Arnaud Montoux
paru dans EDY n°1/2017, page 7