La cathédrale et son histoire

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Érigée à partir de 1215, l’actuelle église gothique est la quatrième cathédrale édifiée à cet emplacement depuis le Ve siècle

 

 

GPS : 47.797747, 3.572216 (cliquer pour accéder à la carte)

Fondation romaine sur la « Via Agrippa », ce grand axe routier qui reliait Lyon à Boulogne-sur-Mer en passant par Autun, Sens et Paris, la ville d’Auxerre (Autissiodurum) fut christianisée au cours du IIIe siècle ; un premier évêque y est attesté en 346.

Érigée à partir de 1215, l’actuelle église gothique est la quatrième cathédrale édifiée à cet emplacement depuis le Ve siècle. Nommé en 1210 sur le siège auxerrois, le jeune évêque Guillaume de Seignelay découvre une cathédrale romane qu’il juge archaïque car bâtie au début du XIe siècle ; épris de modernité, il décide donc d’édifier à la place une nouvelle église de style dit « français », ce qui signifie issu d’Île-de-France, style qui sera plus tard traité avec mépris de « gothique », c’est-à-dire de « barbare ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les travaux vont bon train ; en effet, lancé en 1215, le chantier du chœur, bâti sur l’ancienne crypte romane qui a été conservée en fondation, est achevé dès 1230. Son élégante élévation « ternaire » (grandes arcades, fausse galerie dite « triforium » et fenêtres hautes) et son exceptionnel « mur de lumière », constitué par l’impressionnante série de vitraux mis en place entre 1230 et 1250 font de ce choeur, très lumineux, l’un des grands chef-d’œuvres gothiques du XIIIe siècle. Guillaume y a investi une grande partie de sa fortune.

Mais si l’entreprise avance si vite, c’est qu’il s’agit d’abord de mettre au plus vite en état de « fonctionnement liturgique » les lieux réservés aux chanoines qui composent le puissant « chapitre cathédral » ; véritable patron du diocèse, celui-ci forme le conseil de l’évêque et assure au chœur, comme dans les monastères, mais sans la contrainte du cloître, les offices au cours desquels se chante la prière quotidienne de l’Église.

C’est de cette époque que datent les trois grandes roses qui ornent la façade et le transept. Destinée à remplacer un ancien oratoire accolé au portail sud, la chapelle Notre-Dame-des-Vertus est édifiée sur le flanc méridional de la cathédrale entre 1550 et 1561. Son nom provient de la statue miraculeuse, (le latin « virtus » signifiant ici la « capacité à faire des miracles ») de la Vierge qu’on y vénérait.

Mais, alors que le chapitre s’apprête à relancer l’édification de la tour sud (de droite), la tempête des « guerres de religion » balaye violemment l’édifice : en 1567, les Protestants s’emparent de la ville et saccagent de fond en comble la cathédrale : bas-reliefs et statues brisés, vitraux fracassés, mobilier brûlé, cloches brisées, tombes profanées, trésor pillé… Il faudra toute l’énergie et les ressources financières de l’évêque Jacques Amyot et de son chapitre pour relever ensuite l’édifice. La dépense est telle que le chapitre abandonne l’idée d’achever la seconde tour.

Ici comme ailleurs, la Révolution transforme la cathédrale en « Temple de la Raison » sans y provoquer de gros dégâts, et l’édifice retrouve sa vocation religieuse en 1802, quand Napoléon rétablit le culte. Mais le nouveau diocèse, composé pour partie des anciens de Sens et d’Auxerre, prend Sens comme cathédrale en titre ; dès lors Saint-Étienne d’Auxerre est réduite au statut d’église paroissiale.

Peu entretenue pendant les années de la tourmente révolutionnaire et de l’Empire, et donc en mauvais état, l’église fait l’objet d’une vaste restauration qui la sauve au cours du XIXe siècle, sous la direction des architectes Viollet-le-Duc pour la crypte romane (1845-1848) et Piéplu Père et Fils (1863-1874) pour l’édifice gothique.

Heureusement épargnée par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, la cathédrale connaît enfin, au tout début du XXIe siècle, une dernière et importante campagne de restauration, qui, de 2001 à 2008, voit en particulier sa mise hors d’eau (réfection de la charpente et de la toiture de la nef) et le nettoyage de sa façade occidentale ; chefs-d’œuvre de la sculpture gothique, les portails, désormais lisibles, retrouvent leur élégance d’origine.

Ainsi, la cathédrale Saint-Étienne, monument de foi souvent malmené par l’Histoire, mais toujours solidement dressé au coeur de la cité, se prépare-t-elle à célébrer dignement son 800 anniversaire (1215 / 2015).


Octobre 2014

Patrice WAHLEN