29. Paroisse Saint-François du Vézelien — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 4ème dimanche de Carème

4 ème Dimanche de Carême / FZ 04 SO 25 Olivier Artus Les lectures de ce quatrième dimanche de Carême nous interrogent sur les objets et sur les lieux de notre espérance, en cette année jubilaire, et elles nous invitent également à une réflexion sur le salut. De quoi Dieu nous sauve-t-il, et que nous donne-t-il à espérer ? Le livre de Josué qui a été écrit pendant et après l’exil à Babylone, ce livre nous montre qu’Israël avait des réponses très concrètes à ces questions de l’espérance et du salut : ce que le peuple attend de Dieu avant tout, c’est la sécurité, un pays où il puisse vivre à l’abri de ses ennemis, et où il trouve tous les biens dont il a besoin pour sa vie quotidienne : la célébration de la Pâque, après le passage du Jourdain, dans la région de Jéricho, la célébration de la Pâque est une célébration de la liberté et aussi une liturgie d’action de grâce à Dieu qui a donné les biens de la terre. Pour l’auteur du livre de Josué, l’espérance et le salut sont des réalités assez matérielles : espérer l’abondance des biens et la sécurité pour la vie présente. Avec la seconde lettre de Paul aux Corinthiens, nous changeons totalement de perspective. Le salut n’a plus rien de matériel, le salut, nous dit Paul concerne notre relation avec Dieu. Reconnaître que nous sommes sauvés, c’est, pour Paul, prendre acte d’une transformation profonde de notre vie. « Un nouveau monde est déjà né » écrit-il. Un nouveau monde dans lequel nous sommes libérés de l’entrave du péché, dans lequel nous sommes libérés de l’empreinte du mal dans notre vie. Paul ne se préoccupe pas ici des conditions matérielles de l’existence humaine. Il s’intéresse à son sens profond. Notre existence est marquée par le péché, par le mal qui risque de nous séparer de Dieu. Et c’est en Jésus-Christ que le combat contre le mal est mené à son terme. La vie de Jésus, sa Passion, sa mort sur la Croix et sa Résurrection sont les lieux mêmes par lesquels le Christ permet à l’humanité, nous permet de sortir victorieux de notre combat contre le mal et le péché. Le Christ nous ouvre ainsi le chemin d’une vie nouvelle, si nous acceptons de marcher à sa suite. Il s’agit pour chacune et chacun d’entre nous de prendre librement la résolution de nous libérer du mal et du péché, de les combattre, et en faisant cela, d’être assurés dans la foi que l’Esprit du Christ nous rejoint et nous accompagne dans ce combat. Ayant lu le livre de Josué et la seconde lettre aux Corinthiens, nous sommes maintenant mieux à même de comprendre ce qui est en jeu dans la parabole du fils prodigue, cet Évangile que nous connaissons bien et que nous propose la liturgie en ce quatrième dimanche de Carême. Si nous entrons dans la logique de la parabole, nous comprenons que, chacun à leur manière, les deux fils ont, au départ, une compréhension assez analogue et strictement matérielle de l’espérance. Le fils aîné rêve de festoyer avec ses amis et il reproche à son père de ne pas lui donner les biens nécessaires pour vivre des moments de fête. Le plus jeunes fils exige son héritage, et mène lui aussi, au loin, une vie de fête, une vie désordonnée. Ni l’un, ni l’autre n’ont compris ce en quoi résidait le bien le plus précieux. Dans la parabole, le plus précieux, c’est l’amour de leur père, leur père qui est évidemment la figure de Dieu. C’est dans l’éloignement, c’est dans la distance, que le plus jeune fils comprend petit à petit, qu’au-delà des biens matériels, il lui manque le principal, c’est-à-dire l’amour de son Père. Quant au fils aîné, le récit ne nous dit pas s’il est sensible à l’expression d’amour dont lui témoigne son Père, face à son incompréhension. La parabole contribue en tout cas à déplacer notre regard : le déplacer de la question des biens matériels, qui est celle qui préoccupe au départ les deux fils, qui cherchent d’une manière ou d’une autre à tirer parti de la richesse de leur père. Oui, la parabole déplace notre regard de la question des biens matériels à celle de la relation même que l’un et l’autre fils entretiennent entre eux et avec leur père. Le plus jeune fils n’imaginait pas la capacité de pardon du Père, il n’imaginait pas que, non seulement, son père serait capable de regarder et d’assumer en vérité son existence telle qu’elle est, avec ses manquements, ses trahisons, il n’imaginait pas qu’il était capable de regarder son existence, et de reconstituer le lien qu’il avait, lui, brutalement rompu. Le plus jeune fils redécouvre l’ampleur de l’amour de son père. C’est la qualité de cet amour qui est hors de portée de la compréhension du fils aîné. La conclusion de la parabole nous laisse donc en chemin : la réconciliation a eu lieu entre le père et son plus jeune fils, elle demeure à effectuer entre les deux frères, ainsi qu’entre le frère aîné et son père, et le fils aîné n’a pas encore découvert la force de l’amour de son père. N’en va-t-il pas ainsi de notre propre vie et de notre relation avec Dieu le Père ? Nous aussi, nous sommes en chemin. Une première question nous est posée : c’est celle de l’arbitrage entre la dimension matérielle et la dimension spirituelle de notre vie. Quelle hiérarchie établissons-nous entre ces dimensions ? La dimension matérielle est bien sûr importante : la santé, les conditions de vie, le travail. Mais la parabole du fils prodigue nous alerte sur le fait que ces préoccupations matérielles peuvent en venir à occulter tout le reste. Le risque existe de devenir purement « du monde », purement « mondain ». Le temps du Carême nous est donné pour évaluer, et éventuellement pour restaurer notre relation avec Dieu. Et la parabole du fils prodigue nous rappelle que cette relation spirituelle qui nous unit au Père, cette relation est inséparable de notre relation au prochain. Notre vie ressemble sans doute à la finale de la parabole : notre relation à Dieu est toujours en construction, toujours en évolution. Quant aux relations qui nous unissent à nos prochains, il existe toujours quelque chose à réparer, quelque chose à réconcilier. Que le temps du Carême que nous vivons, que le sacrement de Pénitence et de réconciliation que nous allons sans doute célébrer au cours de ce Carême, que ce temps et ce sacrement nous fassent redécouvrir la joie qu’il y a à se réconcilier avec Dieu et avec notre prochain. C’est dans cette réconciliation que réside vraiment notre libération. Amen.

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