Homélie 15ème dimanche ordinaire 2026
15 ème Dimanche Ordinaire 2026 / JK 15 SO 26
Olivier Artus
Si nous sommes honnêtes, il nous faut reconnaître que notre vie ressemble à
chacun des sols décrits par l’Évangile de Matthieu. Il nous arrive de ne prêter
aucune attention à la Parole de Dieu, il nous arrive d’être inconstants, et de ne
pas persévérer, il nous arrive d’être pris par les séductions du monde, et de
définir pour notre vie d’autres priorités que l’écoute de la Parole de Dieu, mais il
nous arrive aussi de nous laisser toucher par cette Parole, de la laisser féconder
notre existence, féconder notre vie, c’est-à-dire, la transformer de l’intérieur.
Ces différents états que décrit l’Évangile de Matthieu nous rappellent en tout cas
que notre vie est partagée, et cela quel que soit notre choix de vie. C’est la
condition humaine. Et c’est le point de départ de la réflexion de Saint-Paul, dans
la lettre aux Romains. La condition humaine, c’est de ressentir à la fois, ce que
l’on pourrait appeler la marque du péché, la dimension inachevée de notre
existence, ressentir cette limite douloureuse, et en même temps, aspirer à être
libéré de ce que Paul appelle avec emphase « l’esclavage de la dégradation »,
c’est-à-dire l’ensemble des actions que nous menons, et qui ont pour
conséquence de nous abîmer, ou bien d’abîmer les autres.
C’est précisément cette libération que vient nous apporter le Christ qui, par son
histoire humaine, a lui aussi été confronté au mal, et qui l’a affronté jusqu’au
bout. Paul nous décrit la résurrection du Christ comme le début d’une nouvelle
création. L’humanité, qui semblait prisonnière de ses tourments, de ses passions,
de la violence, l’humanité, en Jésus-Christ, découvre un chemin qui la mène au-
delà de la dégradation, au-delà du mal, au-delà du péché.
Un chemin. Oui, l’humanité est en chemin, car chacune et chacun d’entre nous
est finalement convié à emprunter l’itinéraire que le Christ lui-même a
emprunté. Un itinéraire qui nous confronte au mal, sous toutes ses formes, mais
un itinéraire dans lequel, nous avons toujours la liberté de nous en détourner, de
le refuser.
Quels sont les grands choix auxquels nous sommes tous confrontés :
- C’est essentiellement dans la relation au prochain, le prochain proche ou
le prochain lointain, que se jouent nos choix de vie. Il y a toujours un
combat à mener contre notre propre égoïsme, que ce soit dans la vie
familiale, dans la vie d’une communauté chrétienne, ou dans la vie
sociale. Quelle place faisons-nous aux autres ? Avons-nous le sens du
partage ?
- La relation au prochain peut également être marquée par la violence. C’est
le cas aujourd’hui dans les affaires du monde. Un certain nombre de
dirigeants politiques ont choisi la loi du plus fort, la guerre, pour tenter de
faire prévaloir leurs vues.
- Mais cette violence peut également exister dans nos relations de
proximité. Elle peut être masquée, dissimulée. Il peut s’agit de chercher à
faire prévaloir ses vues par tous les moyens, y compris par une parole qui
porte le discrédit sur les opinions contraires, et sur les personnes qui les
portent. Il y a aussi des formes masquées de violence, qui abîment la vie
quotidienne : ne pas être à l’écoute de son conjoint, de ses enfants, de ses
proches.
Il y aurait bien d’autres exemples, mais ceux-ci nous montrent suffisamment
que tout chrétien, dans sa vie quotidienne, dans sa vie sociale, comme dans sa
vie familiale, tout chrétien doit mener un combat spirituel. Mener un combat
spirituel, cela veut dire, tout d’abord, discerner le lieu ou les lieux de ce combat.
Ils sont éminemment variables et nous ne les choisissons pas. Identifier les lieux
de notre combat spirituel, cela signifie ne pas être dupes de nous-mêmes, et
savoir regarder en face ce qui peut et doit changer en nous, ce qui doit être
converti.
Ce qui doit être converti. J’emploie ici la forme passive du verbe. Car ce combat
spirituel, nous ne le menons pas seuls. Le Christ ressuscité nous a ouvert le
chemin. Sa vie, sa passion, sa Résurrection annoncent la Bonne Nouvelle du
salut qui nous est promis. Mais cette proximité du Christ, dont l’Esprit habite en
nous, comme le dit Saint-Paul, cette proximité du Christ ne nous dispense pas de
mener nous-mêmes le combat contre le mal, de prendre les décisions nécessaires
pour que notre vie soit à la hauteur de notre vocation humaine, et de notre
vocation de chrétiens.
Paul sait bien qu’il s’agit d’un vrai combat, et il l’écrit dans la lettre aux
Romains : « La création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un
enfantement qui dure encore. Nous aussi, nous gémissons ».
Oui, nous sommes promis au salut et à la résurrection, mais tout au long de notre
existence, que nous soyons jeunes ou moins jeunes, il nous faut décider entre
plusieurs possibles, entre plusieurs choix de vie. Nous revenons ici à l’Évangile
de Matthieu, qui, par cette parabole du semeur, nous rappelle que la suite du
Christ, le fait de devenir disciples, oui, la suite du Christ n’est pas automatique.
Devenir disciple, cela requiert notre libre décision.
Cette décision, suivre le Christ, se mettre à l’écoute du Christ, cette décision est
le premier pas. Le Christ nous accompagne ensuite sur la route, si nous le
laissons faire. Il nous accompagne en se rendant présent, à chaque Eucharistie
que nous célébrons, il nous accompagne aussi par sa Parole.
Le Christ est la clef de compréhension de toutes les Écritures, de toute la Bible.
Et c’est en nous mettant à l’écoute de cette Écriture, une Écriture qui devient
Parole vivante dans notre vie, c’est en nous mettant à l’écoute de cette Écriture
que nous rencontrons le Christ. Le livre d’Isaïe, que nous avons écouté en
premier, nous fait une promesse : l’écoute attentive de la Parole de Dieu n’est
jamais stérile. Elle laisse une trace dans notre vie. Elle y a une fécondité.
Lorsque des jeunes ou des moins jeunes rentrent au séminaire, ou lorsque des
fiancés se préparent au mariage, on leur demande souvent quel texte de
l’Écriture Sainte, quelle Parole de Dieu les a plus particulièrement touchés. Et il
est bien rare de ne pas avoir de réponse.
Peut-être, une fois rentrés chez nous après cette messe, nous pourrons nous
demander quel texte de la Parole de Dieu nous a plus particulièrement touchés
au cours de notre vie, quel texte nous a mis en route, quel texte y a porté du
fruit.
« Ma Parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans
avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission ». Amen.