Homélie 19ème dimanche ordinaire — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 19ème dimanche ordinaire

19 ème Dimanche Ordinaire 2026 / JK 19 SO 26

Olivier Artus

L’identité spirituelle d’Israël se réfère à deux grandes figures : Moïse, dont le
personnage est lié à la Torah, à la loi d’Israël ; et Élie, Élie qui est le modèle, qui
est l’exemple-type du prophète. Ces deux personnages ont le privilège de
dialoguer directement avec Dieu. Mais la manière dont le livre des Rois nous
parle de la rencontre entre Dieu et Élie marque une évolution, elle marque un
approfondissement dans la manière dont le peuple de l’ancien Israël comprend
qui est Dieu.
Lorsque l’on lit le récit du Deutéronome qui relate la rencontre de Moïse et du
peuple d’Israël avec Dieu à l’Horeb, Dieu est identifié avec les forces de la
nature. Il apparaît sur la montagne au milieu de l’orage, il parle à son peuple du
milieu du feu, des images qui inspirent la crainte, et qui donnent une impression
brute de puissance et de force.
Il en va tout autrement dans la lecture du livre des Rois que nous venons
d’entendre. Élie part à la rencontre de Dieu, sur la même montagne sainte,
l’Horeb, mais Dieu n’est présent dans aucune des forces de la nature. Il n’est pas
dans la tempête, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Le texte hébreu
qui décrit sa présence est difficilement traduisible. La traduction liturgique
propose « le murmure d’une brise légère », mais en réalité, le texte est plus
difficile. Littéralement, il signifie « une voix de fin silence ». Il y eut « une voix
de fin silence », et dans cette voix de fin silence, le prophète Élie reconnaît Dieu
en personne.
Une voix de fin silence : en rhétorique, cela s’appelle un oxymore, c’est-à-dire
l’assemblage de deux termes contradictoires. Tout se passe comme si le texte
biblique voulait nous faire toucher du doigt le fait que l’on ne peut pas
emprisonner Dieu dans des mots, dans le langage. On ne peut pas mettre la main
sur Dieu par le langage. Mais cette expression, « une voix de fin silence », qui
échappe à la logique humaine, cette expression nous fait découvrir un monde
nouveau, le monde divin, qui ne répond pas aux règles habituelles de la vie
humaine, de la nature, de la logique telle que nous les connaissons.
Il y a un déplacement, il y a une rupture par rapport aux attentes humaines. Et
cette rupture, nous allons la retrouver dans l’Évangile de Matthieu. Jésus marche

sur la mer, dit le texte, c’est à-dire sur le lac de Galilée, le lac de Tibériade. La
mer, dans la vision juive du monde, c’est le lieu où habitent les forces de la
mort, les forces du mal. La mer représente aussi une image du chaos originel,
avant la mise en ordre de la création. Bref, le fait que Jésus marche sur la mer
est hautement symbolique. Cette marche sur la mer signifie que Jésus domine
les forces du mal et de la mort. La marche sur la mer anticipe ainsi la
résurrection.
Mais cette marche sur la mer dépasse totalement les capacités de
compréhension et de représentation des disciples. Jésus pose un geste
impossible, incompréhensible, et il met ainsi à l’épreuve la confiance des
disciples. C’est ce qu’illustre l’attitude de Pierre, qui oscille entre défiance —
« si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux » — oui qui oscille
entre défiance et confiance —  « Seigneur, sauve-moi ».
Comme la révélation que Dieu fait de lui-même à Élie, à l’Horeb, la
manifestation de Jésus, fils de Dieu, aux disciples sur le lac, cette manifestation
dépasse l’entendement humain. Il s’agit pour les témoins de ces épisodes
d’accéder à un régime nouveau, un régime qui n’est plus seulement celui de la
raison et de la logique humaines, un régime nouveau qui est le régime de la foi.
La foi vient, d’une certaine manière, elle vient déchirer les évidences, déchirer
l’ordre du monde, tel que nous le connaissons, pour introduire une perspective
nouvelle, une logique nouvelle, qui est la logique de Dieu lui-même.
La logique de Dieu. C’est une logique selon laquelle l’humanité n’est plus livrée
aux forces de la nature, aussi puissantes soient-elles — tremblement de terre,
tempête, feu — oui, une logique selon laquelle l’humanité n’est plus soumise à
une logique naturelle, une logique qui se conclut inévitablement par la mort. La
logique de Dieu nous apparaît assez paradoxale dans ces textes : un Dieu qui se
fait connaître non pas dans la force, mais dans la douceur —une voix de fin
silence — un Dieu qui, en Jésus-Christ se confronte aux défis qui menacent
toute vie humaine, et ultimement la mort, et qui le fait pour entraîner avec lui
l’humanité tout entière vers un avenir nouveau.
Nous le voyons, ces lectures proposées par la liturgie, ces lectures nous
entraînent au cœur de la foi. Elles nous proposent tout d’abord de ne pas
confondre Dieu avec les idoles. Ces idoles sont représentées, dans le livre des
Rois, par la tempête, par le tremblement de terre, le feu, toutes ces forces de la
nature divinisées dans le Proche-Orient ancien. Mais les idoles demeurent bien

réelles et bien actuelles dans le monde contemporain : il peut s’agir de la
recherche de la puissance, du culte de la force, de la recherche d’une image qui
s’impose aux autres. Oui, il s’agit pour nous, jour après jour, de choisir Dieu,
plutôt que les idoles. Un Dieu capable de nous étonner, comme nous l’enseigne
le livre des Rois.
Et puis, l’Évangile de Matthieu nous propose d’effectuer un pas supplémentaire.
Un pas dans la confiance, un pas dans la foi. En écoutant ce texte, nous
comprenons que ce pas implique que nous renoncions à un certain nombre de
nos appuis habituels. Jésus appelle Pierre à la rejoindre sur les eaux, c’est-à-dire
à renoncer à des sécurités illusoires, pour entrer dans une relation de confiance
qui, seule, peut le sauver.
La liturgie de l’ordination des diacres, en vue du ministère de prêtre, a conservé
un geste qui rappelle celui de Pierre : l’Évêque dit au candidat « Pour manifester
votre résolution, au nom du Seigneur, avancez ». Dans ce cas précis, il s’agit
d’un engagement au célibat définitif, témoignant de la foi du candidat en la
venue du royaume de Dieu.
Mais il me semble que chacune et chacun d’entre nous peut reprendre à son
compte cette belle formule, dans sa propre vie spirituelle : « en signe de ta
résolution, et au nom du Seigneur, avance ! ». Il s’agit, dans les situations de
notre vie quotidienne, de déterminer, de discerner, à quelles attitudes, à quels
choix, nous conduit le saut de la foi.
Trop souvent, les conversations qui portent sur l’Église, les commentaires que
nous entendons à la radio ou que nous lisons dans la presse, trop souvent, tout
cela en reste à des questions de fonctionnement : Qui gouverne ? Qui a le
pouvoir ? Qui va être promu ? Quelle est la place des uns et des autres ? Et l’on
risque alors de s’enliser dans des questions qui, non seulement, ne constituent
pas le cœur de notre vie de foi, mais risquent de nous en éloigner.
Le cœur de notre vie de foi, c’est la relation personnelle qui nous relie au Christ,
et c’est la réponse que nous formulons, jour après jour, lorsque le Christ nous
interpelle, en nous disant de la même manière qu’à Pierre : « Viens ! Pourquoi
as-tu douté ? ».
Seigneur, apprends-nous à te reconnaître, dans des lieux parfois inattendus,
apprends nous à reconnaître ta « voix de fin silence », apprends-nous à
reconnaître ton appel, et fais-nous la grâce d’apprendre à te suivre. Amen.