Homélie 21ème dimanche ordinaire 2026
21 ème Dimanche ordinaire 2026 (A) / JK 21 SO 26
Olivier Artus
Dieu institue des ministres qui ont pour charge de le représenter et de se
mettre au service de son peuple. C’est l’affirmation commune du livre d’Isaïe et
de l’Évangile de Matthieu, que nous venons de lire. Dans les deux cas, des
ministres sont institués au sein d’un peuple.
Dans le livre d’Isaïe, il s’agit du peuple d’Israël, à Jérusalem, peuple dont le roi,
le successeur de David, reçoit l’onction divine, et peuple auprès duquel est
envoyé un ministre, Éliakim, un ministre dont Dieu lui-même attend qu’il soit
un père pour les habitants de Jérusalem. Ici, ce qui qualifie le ministre choisi par
Dieu, ce sont avant tout ses qualités humaines. Et ce ministre a pour mandat de
gouverner la maison royale.
Dans l’Évangile de Matthieu, c’est la figure de Pierre qui est mise en
avant. Ce ne sont pas ses qualités humaines qui sont retenues par l’Évangile,
mais sa capacité à reconnaître en Jésus le Christ, le fils du Dieu vivant, c’est-à-
dire sa capacité à énoncer sa foi de manière juste, et directe.
Pierre se voit alors confier la charge de l’Église, c’est -à-dire la charge du
peuple de Dieu. Le peuple de Dieu n’est pas une réalité politique, comme l’était
jadis le royaume de David. C’est une réalité spirituelle, qui réunit tous les
disciples du Christ. Le choix de Pierre par Jésus nous apparaît aujourd’hui
comme une évidence. Le pape n’est-il pas le successeur de Pierre. Pourtant, si
nous revenons aux débuts de l’Évangile, le choix de cet homme n’a vraiment
rien de banal.
Pierre exerce le métier de pécheur. Ce n’est pas un intellectuel. Il
n’appartient pas aux classes dirigeantes de la société. Qu’est-ce qui le rend
remarquable aux yeux de Jésus ? Tout d’abord sa réponse immédiate à son
appel. Jésus appelle Pierre et André son frère, et, nous dit l’Évangile, « laissant
aussitôt leurs filets, ils le suivirent ». Cette suite de Jésus, cette suite du Christ,
l’Évangile de Matthieu nous en fait la relation pas à pas. Avec les hésitations de
Pierre, lorsque Jésus l’invite à le rejoindre pour marcher sur le lac de Tibériade,
mais aussi sa fidélité qui prend le pas sur ses doutes, jusqu’à cette confession de
foi de Césarée de Philippe. Pierre a compris qui est Jésus, il a reconnu en lui le
fils de Dieu, le fils de Dieu envoyé au monde pour le sauver du mal et de la
mort. Ce n’est plus à un prophète comme Élie ou comme Jean-Baptiste que
Pierre adhère, mais à celui qu’il a reconnu comme son Dieu.
La réponse de Jésus à cette confession de foi de Pierre est encore plus
étonnante : c’est sur lui, sur cette homme qui a des limites, c’est sur Pierre que
Jésus affirme vouloir construire son Église. Jésus donne à Pierre la
responsabilité première du groupe des disciples. À la confiance totale dont
Pierre fait preuve envers Jésus, répond la confiance totale que Jésus, le Christ, le
fils de Dieu place maintenant en Pierre. Jusqu’à lui dire que ses décisions
engagent le Royaume de Dieu, c’est-à-dire engagent Dieu lui-même. Le Christ
confie à un homme, et plus largement à une communauté, à une Église, la
responsabilité de préparer les temps derniers, c’est-à-dire, dans le vocabulaire de
l’Évangile, l’avènement du Royaume de Dieu.
La traversée de ces textes éclaire évidemment notre compréhension
actuelle de l’Église. Et elle le fait de trois manières que je résumerais ainsi :
Dans l’Église, nul ne s’envoie lui-même, nul ne s’institue lui-même, tous sont
envoyés par le Christ. Première affirmation. Deuxième affirmation, dans l’Église
des ministères sont institués au service du peuple de Dieu et au service de la foi.
Enfin, troisième affirmation, l’Église a pour charge principale de témoigner de la
venue du royaume de Dieu, ce royaume qui met en tension et parfois en procès
les réalités humaines et les logiques humaines.
Je reprends brièvement ces trois affirmations :
Dans l’Église, nul ne s’envoie lui-même, nul ne s’institue lui-même, tous sont
envoyés par le Christ. Dans la première lecture, c’est Dieu lui-même qui institue
Éliakim pour servir le royaume de Juda. Et dans l’Évangile, Jésus institue Pierre,
chef de son Église. Contrairement au monde politique, où l’on se porte candidat,
les missions et les responsabilités, dans l’Église, sont toujours reçues. Cela veut
dire qu’elles n’appartiennent pas à celles et ceux qui les exercent. Celles et
ceux : les évêques, les prêtres, les diacres bien sûr, mais aussi les très nombreux
laïcs, sans lesquels l’Église ne tiendrait pas debout, et qui sont, eux-aussi
envoyés, là où ils sont, pour servir la communauté. Toute responsabilité dans
l’Église est une responsabilité reçue, et acceptée.
Deuxième affirmation, dans l’Église, des ministères sont institués au service du
peuple de Dieu et au service de la foi. L’Évangile de Matthieu, et ce serait la
même chose chez Marc ou chez Luc, l’Évangile de Matthieu s’attarde à
plusieurs reprises sur les limites du personnage de Pierre, sur ses hésitations.
Mais c’est néanmoins lui que Jésus choisit du fait de sa foi sans faille. De la
même manière, dans l’Église, il ne faut pas tout attendre des ministres. Les
Évêques, les prêtres, les diacres, les laïcs en responsabilité. Ils sont humains,
avec leurs limites. Mais leur rôle premier est de témoigner de la foi en Jésus-
Christ, cette foi qui unit le peuple de Dieu et qui est la raison même de son
existence. Les ministres ont pour charge première de témoigner de leur foi.
Troisième affirmation, l’Église a pour charge principale de témoigner de la
venue du royaume de Dieu, ce royaume qui met en tension et parfois en procès
les réalités humaines et les logiques humaines. L’Église est « du monde » et elle
n’est pas du monde. Elle rappelle au monde l’existence d’une réalité qui le
dépasse, et qui, d’une certaine manière, le met en crise : cette réalité, c’est le
Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu, c’est la victoire définitive de tout ce
dont Jésus-Christ s’est fait le porte-parole lors de son ministère terrestre. Jésus a
combattu le mal, le péché, la maladie, sans relâche. Il a également combattu sans
relâche pour la dignité humaine. Il a proposé à tous de vivre selon des règles
d’amour gratuit et de justice. Et ce combat public lui a coûté la vie.
Le royaume de Dieu, c’est la victoire définitive sur les forces du mal, quel que
leur soit leur visage, et nous savons que ces visages sont nombreux, c’est la
victoire définitive de la dignité humaine, de la justice, et d’une logique de don
gratuit. Et effectivement, affirmer cela, c’est mettre en procès un monde dont les
règles et les pratiques sont souvent en contradiction frontale avec la prédication
du Christ.
L’Église est ce lieu où le Royaume de Dieu est en germe : levain dans la pâte,
graine plantée, les images empruntées par les Évangiles sont nombreuses. Mais
c’est à nous, qui appartenons à l’Église, et à nul autre que le Christ a confié la
responsabilité de ce message, la responsabilité de son annonce, même si les
vents dominants nous sont parfois contraires.
« Et vous, que dites-vous, pour vous qui suis-je ». C’est la question que le Christ
pose à chacun de nous. Puissions-nous être heureux, comme Pierre, en
répondant : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ». Amen.