Homélie 27ème dimanche ordinaire 2026 — 29. Paroisse Saint-François du Vézelien

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Homélie 27ème dimanche ordinaire 2026

27 ème Dimanche Ordinaire A / JK 27 SO 26

Olivier Artus

L’histoire de la révélation, l’histoire qui est consignée dans l’Ancien puis dans le
Nouveau Testament, c’est l’histoire d’un Dieu qui ne cesse de prendre
l’initiative, qui ne cesse de venir à notre rencontre. Et en même temps, la
compréhension, la connaissance que les croyants ont eu de Dieu, cette
compréhension a évolué, s’est affinée avec le temps.
Le livre d’Isaïe nous décrit un Dieu qui désespère de son peuple. La vigne, c’est
l’ancien Israël, ou plus précisément, à l’époque où le prophète écrit le livre, c’est
le royaume de Juda, dont la capitale est Jérusalem. Mais ce royaume demeure
insensible aux appels de Dieu. Le crime prolifère, et la sanction tombe. Dieu va
se désintéresser de son peuple et va le laisser à son sort. On peut voir dans cette
prophétie d’Isaïe une allusion à la destruction de Jérusalem, qui finit par tomber
aux mains de ses ennemis, au début du 6 ème siècle avant notre ère.
C’est une première étape dans la compréhension de Dieu : un Dieu qui prend
l’initiative, un Dieu qui a une vraie sollicitude envers son peuple, mais un Dieu
qui punit la faute, et qui fait payer l’infidélité.
Cette même image de la vigne est empruntée par la parabole de l’Évangile de
Matthieu. Le texte fait allusion au rejet de Dieu qui a eu lieu dans l’histoire
d’Israël, et qui a lieu maintenant, dans l’histoire récente. Le fils que l’on veut
assassiner, c’est le Christ.
Il est intéressant de regarder la construction de la fin de l’Évangile : Jésus, qui
propose la parabole, demande à ses auditeurs comment ils se comporteraient vis-
à-vis des assassins du fils. Réponse de ses auditeurs : « Ces misérables, il faut
les faire périr misérablement ».
Mais on peut remarquer que Jésus ne relève pas ce propos. Il reprend la parole,
et semble répondre « à côté » : «  La Pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est
devenue la pierre d’angle ». C’est une citation du Psaume 118. Comment la
comprendre ?
Tout d’abord, en citant ce Psaume, Jésus affirme que, même s’il n’est pas
reconnu comme Fils de Dieu par ses détracteurs, il est la pierre d’angle. Il est le
seul sauveur. Les vignerons de la parabole, qui représentent les pharisiens et les

autorités du Temple de Jérusalem, les vignerons ont fait passer leur intérêt du
moment avant l’essentiel : ils ont privilégié leurs intérêts matériels ou politiques,
quitte à condamner un mort un innocent, sur la base de faux témoignages, et ils
n’ont pas reconnu dans cet innocent Dieu lui-même qui venait à eux en Jésus-
Christ.
Deuxième affirmation de la parabole, la Passion du Christ et sa mise à mort
n’annulent pas la promesse du royaume de Dieu, bien au contraire, la passion du
Christ inaugure la venue du royaume de Dieu. Un royaume caractérisé avant
tout par la paix véritable. À la violence des vignerons, à la violence de
l’humanité, obsédée par ses intérêts immédiats, s’oppose la paix de Dieu, dont
nous parle si bien la lettre de Saint-Paul aux Philippiens : « Que la paix de Dieu,
qui surpasse toute intelligence, garde vos cœurs et vos pensées dans le Christ
Jésus ». Au Dieu sévère du livre d’Isaïe succède ici la vision d’un Dieu de paix.
Ces lectures nous permettent de mieux appréhender quelle est notre condition de
Chrétiens. Nous, Chrétiens, il peut nous arriver de nous sentir écartelés entre les
soucis du monde, entre les soucis du monde qui nous accaparent, et la logique
du Royaume de Dieu, qui est une logique de paix, si différente de celle qui
prévaut dans nos sociétés.
Alors comment faire ? Certains font un choix de vie radical, pour ne pas se
laisser distraire du Christ. Ils rendent le service de la prière à l’humanité tout
entière, et à l’Église, en particulier. Je pense ici par exemple aux Chartreux, dont
la vie tout entière est bâtie comme une solitude, une solitude habitée par le
Christ, et peuplée d’une intercession permanente pour l’humanité.
Mais nous, nous sommes plongés dans le monde, et il nous faut gérer cette
tension entre la gestion des affaires du monde, et la préparation de la venue du
royaume, pour reprendre les termes de l’Évangile. Comment faire ? Deux
exemples me viennent à l’esprit, ce sont deux exemples donnés par des prêtres,
mais il me semble que nous pouvons les faire nôtres. Un prêtre du diocèse de
Bordeaux donnait récemment un témoignage dans le journal « la Croix » à
l’occasion de sa nouvelle nomination. Il disait : «  Est-ce que je suis utile à la
société ? Dieu n’a pas la même logique que le monde. Car, aux yeux de la
société, je ne sers pas à grand-chose. Je ne produis aucune richesse et je ne fais
pas beaucoup augmenter le PIB ! J’ai souvent le sentiment d’aller à contre-
courant, mais je crois que telle est la place du prêtre dans notre société
occidentale : prêcher un Évangile dont beaucoup de gens ne veulent pas. Le sens

du courant, c’est le sens de l’ego. La société de consommation se nourrit
entièrement de cette pente mauvaise qui nous centre sur nous-mêmes ».
Autrement dit, la perspective du Royaume de Dieu introduit un coin dans la
logique implacable du monde, qui est une logique de productivité, et non de
gratuité.
Autre témoignage de prêtre, c’est celui du Pape Léon XIV, lorsqu’il est venu en
France. Ce qui était impressionnant dans son attitude, avec tous ses
interlocuteurs, les dirigeants politiques comme les pèlerins, les évêques comme
les catéchumènes, les riches comme les pauvres, les bien portants comme les
malades ou les personnes handicapées, ce qui était impressionnant, c’était la
vérité et le désintéressement de la relation nouée, aussi brève soit-elle. Relation,
car il y avait une vraie attention à chaque personne, désintéressée, car le pape
Léon XIV n’avait d’autre but que de témoigner du Christ, et de rendre compte
de sa Parole.
C’est sans doute cela la paix de Dieu, dont nous parle Saint-Paul. Lorsque nous
arrivons à nous sortir de la gangue de nos soucis du moment, de la gangue de
nos intérêts personnels, de la gangue de nos conflits ou de nos inimitiés, de la
gangue de nos idéologies, lorsque nous arrivons à nous sortir de tout cela pour
prêter une attention vraie à l’autre, une attention désintéressée, alors nous
devenons porteurs de paix, cette paix que Dieu nous confie et nous demande de
porter.
La période que nous vivons, en France et dans le monde, cette période n’est pas
facile. Le ciel s’est couvert de nuages qui ne s’étaient pas accumulés à ce point
depuis des décennies : nuages de la guerre, de la pauvreté qui s’accroit, de
l’intolérance dans les relations sociales. Dans ce contexte, le rôle de l’Église, le
rôle de chaque communauté chrétienne est de manifester, de faire voir la paix de
Dieu.
Frères et sœurs, c’est dans notre foi que nous pouvons puiser les ressources
nécessaires à ce témoignage. Oui, comme Saint-Paul le dit si bien : « Que la
paix de Dieu qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir, garde nos cœurs et nos
pensées dans le Christ Jésus ». Amen.